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Dig It! # 20
Texas Terri & The Stiff Ones    Concert
Adam West     Interview + Concert

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TEXAS TERRI & THE STIFF ONES
Texas Terri
 

    "Tout nu et tout bronzé, la la la la..." On s'est regardé d'un air consterné en entendant ça sur la sono du Rex Club de Toulouse où on venait d'entrer pour assister au concert de Texas Terri ! On a eu beau essayer de nous expliquer que c'était "conceptuel" et que "plus c'est ringard mieux c'est", rien à faire. Et quand le DJ a enfilé Indochine juste derrière (n'y voyez rien de sexuel, enfin je crois) on a failli sortir les grenades. Faut dire que la soirée est "spéciale", c'était censé être une sorte de mini-festival ska/chanson française/reggae/java/discomobile (on a dû tomber sur la partie "discomobile") à quatre ou cinq groupes, jusqu'à ce que Xavier des TV Killers (tourneur occasionel et efficace, la preuve...) réussisse à caser Texas Terri au programme en dernière minute. Le groupe avait une date libre entre France et Espagne. Du coup voila notre américaine (+ ses Stiff Ones + le groupe de filles qui les accompagne sur la tournée, The Fabulous Disaster) propulsée au rang de grande prêtresse rock chargée d'établir un pont entre garage punkers et ska/java kids toulousains. Va y avoir du spectacle...

     Les quatre filles des Fabulous Disaster (de San Francisco, elles existent depuis deux ans et un album est récemment sorti sur Evil Eye Rds) entament les hostilités pied au plancher (y'a déjà eu trois groupes avant, pas vu), la batteuse est incroyable, d'une puissance rarement observée chez une fille (no offense), la guitariste porte un tee-shirt B-Movie Rats et la chanteuse ressemble à Blackie des Hard-Ons ! C'est violent et coloré (ces cheveux !), à mi chemin entre grunge et punk, c'est mélodique et déterminé, un peu rrriot-girl et hardcore mais pas trop, et on s'accorde vite sur le fait que le résultat final évoque un malin croisement Go-Go's/L7/Lunachicks. Rock'n'Roll anyway...
 "You guys kick ass !", la chanteuse (Laura Litter) a l'air ravie de l'accueil reçu par les premiers morceaux, ça bouge dans la salle et ça crie entre les morceaux, le dj manque en laisser tomber le 45t de Joe Dassin qu'il préparait pour l'entr'acte... La bassiste n'est pas tatouée, c'est bien la seule, elle n'est là que pour la tournée vu que la bassiste habituelle (qui a aussi joué avec Angel Corpus Christi et une tripotée d'autres groupes) n'a pas pû se libérer cette fois. D'ailleurs, les Fabulous Disaster sont normalement cinq (dont trois ex-Pistons), il en manque une (la deuxième guitariste). Derrière moi, j'entends un commentaire épaté : "Putain elle est dopée à l'EPO la batteuse ou quoi ?" J'vous l'avais dit... Elle cogne tellement fort que la cymbale à tendance à vouloir gicler de son support à chaque coup de baguette. Ça finit d'ailleurs par arriver et c'est Lo' Spider qui monte arranger ça avec de grosses bandes de chatterton, à la guerre punk comme à la guerre punk. Après une demi-heure de ce traitement "fast, loud and mélodic" pas désagréable du tout, les Fabulous Disaster tirent leur révérence et annoncent l'attraction de la soirée : "And now, Texas Terri& The Stiff Ones ! And they rock !"

     Et effectivement ! Dès le deuxième morceau (une cover mordante du "Shake Appeal" des Stooges) Terri balance son tee-shirt aux orties et se retrouve torse nu, avec les habituelles bandes de scotch sur les tétons. Les ska kids semblent apprécier. Au troisième morceau ("Cave Woman") elle saute dans le public et provoque une belle agitation dans les premiers rangs. Elle aussi arbore de magnifiques tattoos dont une toile d'araignée qui lui enveloppe totalement le sein gauche. Elle saute partout, secoue ses cheveux rouges dans tous les sens et esquisse des poses à la Iggy, d'ailleurs tout dans son personnage évoque l'Iguane early 70's et il y aura carrément trois covers des Stooges pendant le concert. Terri enchaine sur "Situation", aidée aux chœurs par un Lo' Spider déchainé au premier rang, roule une pelle au hasard à un mec du public, se vide une bouteille d'eau sur la tête et devient quasiment effrayante quand le maquillage se mélange à la flotte qui dégouline. A la fin du morceau un membre du staff du Rex vient glisser quelque chose à l'oreille de Terri. A qui ça ne plait que modérement : "What ? 10 minutes ? Qui fait les règles ici ? 10 minutes !!!" Faut dire que le concert a démarré il y a moins d'une demi-heure et que Terri a bien l'air décidée à rester sur scène encore un moment. Finalement ils feront vingt minutes de plus. Le groupe propulse d'abord violemment "Down On The Street", le guitariste fait glisser sa bouteille de bière sur les cordes en un long solo puis s'accroupit, Terri en profite pour s'asseoir  sur ses genoux en continuant à chanter, l'ambiance est déchirée de vibrations électriques et le dj finit de casser sa collection de singles dégottés à La Foir'fouille. Le morceau s'achève, le batteur a l'air épuisé, le public est en transes et le groupe quitte la scène. Faut qu'ils reviennent sinon c'est l'émeute ! Ils reviendront et la soirée se terminera par un "Your Pretty Face Is Going To Hell" (toujours les Stooges) allumé, spectaculaire et coloré qui verra Terri baisser deux ou trois fois son pantalon histoire de nous laisser entrevoir son irréprochable plastique fessière. Et ressurgit cette impression de voir une des célèbres photos d'Iggy en 72 s'animer et prendre vie sous nos yeux bluffés. Impressionant de mimétisme. Le temps de remercier le public et d'annoncer qu'Adam West joue au Show B trois jours plus tard et Terri rejoint les backstages. Mâtin ! Bonjour l'ouragan ! On en a des étoiles plein les yeux et les oreilles qui bourdonnent. On laisse sur place un espion chargé d'infiltrer les réjouissances d'après-concert et de poser quelques questions à la Cave Woman et à ses troupes. Ça s'est terminé tard...

Gildas
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ADAM WEST  Interview + concert
ADAM WEST

Adam West  european tour 2000
    Bon sang, quelques jours après la tornade Texas Terri, voilà que débarquait en ville une bande de brutes, présentées par Manny le Belge comme des outlaws allumés et paillards. Un gang de Washington DC, qui bien qu’ayant pêché son nom dans une série télé culte des années soixante, maniait le punk tendance gros riffs et headbanging. Ajoutez au tableau un screamer à gros poumons et forte personnalité, qui racontait tranquillement dans une interview qu’il aimait bien de temps en temps sortir ses disques préférés de leur pochette, et leur chier dessus. Gasp ! Et on devait loger une partie du groupe ! Après avoir envisagé des mesures de protection, on se décidait à voir venir et à gérer dignement tout accès de GGAllinisme.
 Eh, eh, rassurez-vous, nos quatre lascars bien qu’ayant l’air déterminés et capables de tout, se comportèrent comme de parfaits gentlemen, ce que la carrure imposante du chanteur et le look Hell’s Angels du bassiste ne laissaient pas forcément présager. Légèrement altérés par quelques excès lors des premiers concerts de la tournée, on les retrouvait en train de pioncer dans le van, avant de les guider vers la terrasse du Show B, procéder au ravitaillement, et s’installer pour une interview d’avant concert, joyeusement bordélique.
...
 

WASHINGTON

 D.I : Washington est célèbre pour sa scène hard-core, vous avez des relations avec cette scène ?
 Jake : Non, nous sommes totalement et absolument éloignés de la scène Dischord. Ils ne nous aiment pas beaucoup, ils n’aiment pas le rock’n’roll, le rock’n’roll est "uncool" à Washington DC.
 Steve : On est des parias...
 Jake : On fait tache à Washington...
 Steve : Et on aime ça !
 Jake : Ce sont des gens qui n’admettent pas qu’on ait un disque de Black Sabbath...
 Tom : Ils en ont eux-mêmes !
 Jake : ...qui n’admettent pas qu’on puisse aimer Jimi Hendrix, parce que c’est tellement "uncool", tu vois, et ils peuvent tous aller se faire foutre !
 Steve : Yeah...

 D.I : Vous avez bien quelques bons groupes, quelques potes à recommander ?
 Jake : Quelques uns... J’en ai sorti un ou deux sur mon label Fandango. Un groupe appelé BST Payback, c’est un peu Jesus Lizard meets The Stooges, une grande énergie, je les adore. Il y a un autre groupe, The Meat Joy, un presque girl band, qui sonne comme Blondie ou X-Ray Spex, je les aime beaucoup, très cool. Mais ces groupes sont nos amis, et on est tous exclus. Un groupe comme les Make-Up est très populaire à Washington.  Personnellement je pense qu’ils sont nuls. Ils font de bons shows, mais je pense que leur musique n’est que de la merde.
 Steve : Il ne se passe rien...
 Jake : Non, pour nous en tout cas.

WEST

 D.I : On sait que "Adam West" est le nom d’un acteur de la série télé Batman, mais lequel ?
 Jake : Oh, c’est celui qui joue Batman.
(A noter les citations quasi-subliminales du "Batman Theme" dans leur dernier album)

 D.I : Alors, est-ce qu’Adam West est un fan d’Adam West ?
 Jake : Hein ?
 Steve : Ah, il est au courant en tout cas...
 Jake : Ah oui, il nous connaît. On avait un ami qui bossait pour une émission de radio - on devait exister depuis un an environ - et ils ont organisé un "Batman Reunion Show" et Adam West était là. Alors notre ami est allé le voir et lui a dit "Eh, tu sais, des potes à moi de Washington DC ont appelé leur groupe Adam West !" et il a répondu "Wow, c’est un super nom !". Il nous a souhaité bonne chance, il a été cool sur ce coup là, au lieu de demander un truc du genre "Quel est le nom de leur avocat ?".

 D.I : Tu sais s’il vous a déjà entendus ?
 Jake : Oh, je sais qu’il est allé sur notre website, ça j’en suis sûr.
 Steve : Sa fille vit à Washington.
 Jake : Et son vrai nom n’est pas Adam West, c’est un pseudo. En 1994, il a sorti son auto-biographie, ça s’ap-pelait Back To The Batcave, et il devait faire une tournée de signatures. Il devait passer à New York, Philadelphie et Wa-shington. Le Washington Post, qui est le grand journal de la ville, m’a appelé et ils m’ont dit : "Adam West vient signer son bouquin au Hard Rock Café, est-ce que vous voulez jouer ?". Et on était tous là : "Ouaih ! Fucking cool ! Bien sûr qu’on va jouer !!!". Mais en fait, il n’est allé qu’à New-York et il a annulé les autres dates.

 D.I : Et James West alors ?
 Jake : James de Wild Wild West ? Ah, on m’a déjà demandé ça dans une interview à Nancy. On m’a aussi interrogé sur Mae West, j’ai répondu qu’elle avait une superbe poitrine ; sur Wild Wild West... Et je crois qu’il y avait un autre West, je me rappelle plus... (Leslie je parie)
...

MTV

 D.I : On a une question rituelle pour les groupes qui ont ce genre d’influences, quelle est pour vous l’explication de ce revival du hard-rock seventies ?
 Steve : Je pense que l’explication c’est que les gens en ont eu marre d’écouter de la merde.
 Jake : On nous a déjà posé ce genre de question. En fait, depuis le tout début du rock dans les fifties, certains ont toujours affirmé que le rock’n’roll était mort, que le rock’n’roll ne durerait jamais, bla bla bla, et je pense que même si le hard rock n’a pas été populaire pendant quelques années, il finit toujours par revenir, parce que les gens finissent par être dégoûté de la pop merdique, ils finissent par être dégoûté de Britney Spears, de Whitney Houston et toute cette merde...

 D.I : Il y a en plus le fait que vous avez grandi en écoutant du hard...
 Steve : On finit toujours par revenir aux racines...
 Jake : Mais aux Etats-Unis, le rock’n’roll n’a pas encore fait son grand retour en force. Tu vois, des groupes comme Iron Maiden jouent des shows gigantesques ici en Europe, mais aux Etats-Unis ils se retrouvent devant cent cinquante personnes.
 Steve : S’ils ont de la chance...
 Tom : C’est le marketing des grosses compagnies qui bloque tout, MTV, et les labels de disques... Tout tourne autour de l’argent. Ils veulent que les jeunes teenagers filles et garçons achètent leurs CD. Et ils ont tous ces groupes pour teenagers... ça remplit sûrement un vide mais ce n’est sûrement pas du rock’n’roll, tout se passe underground.
 Steve : Dans l’industrie de la musique, on en arrive toujours à un point, comme dans les années quatre-vingt, où la musique devient vrai-ment mauvaise... c’en était même louche, c’était si horrible, d’accord ? mais pourtant populaire... et soudain, au début des nineties, le grunge est devenu énorme, avec la musique alternative. Ça a été comme une grande claque dans la gueule pour cette industrie. Et c’est redevenu tellement mauvais que dans une paire d’an-nées le rock’n’roll sera de retour. Espérons...
 Jake : Ce qui me fait chier en Amérique, c’est que MTV accorde de l'importance à des groupes comme Korn, Limp Bizkit, Blink 182, Kid Rock... Ils considèrent que c’est du rock’n’roll, tu vois ? Alors que c’est des conneries, c’est franchement pas rock’n’roll...
 Steve : Ouais, mais il faut dire que c’est encore meilleur que beaucoup de merdes qui passent à la radio...
 Jake : Ouais, j’aime autant entendre Kid Rock ou les Backstreet Boys, mais je préférerais Monster Magnet ou Nashville Pussy... Il y a aussi des groupes rock sur des majors que nous aimons, mais tu ne les vois jamais sur MTV, tu ne les entends jamais à la radio.
 Tom : Il n’y a plus de musique du tout sur MTV... Bullshit !
 Jake : OK, What’s next ?
...

WASHINGTON (2)

 D.I : Une question chiante... est-ce que vous avez un boulot ?
 Jake : Oui, on a tous un boulot, c’est très dur d’être une rock star aux Etats-Unis ! En Suède, tous mes potes, mê-me dans des grands groupes, vivent tous des allocs, mais ils ont un bon système social en Suède, ils peuvent survivre, ils peuvent boire un coup tous les soirs, prendre des drogues et jouer du rock sans bosser. Aux Etats-Unis, tu dois bosser, ou tu vis comme un clodo.

 D.I : C’est comment de vivre à Washington DC ?
 Jake : C’est une ville très bizarre. C’est aussi très cher, les loyers augmentent sans cesse, c’est au niveau de New York et de San Francisco maintenant, et ça continue à monter. C’est une ville très étrange parce qu’elle est très animée la journée, mais à partir de cinq heures, la machine gouvernementale s’arrête et tout le monde file vers les banlieues. Beaucoup de gens dépensent leur fric dans la journée mais...
 Steve : Ils veulent rentrer tôt à la maison.

 D.I : Les rues ne sont pas sûres la nuit ?
 Jake : Il y a quatre grands arrondissements dans la ville, et il n’y en a qu’un qui soit vraiment tranquille. Il y a des zones très risquées. 75% de Washington ne sont pas sûrs pour une promenade à pied.
 Tom : Et c’est la capitale de Etats-Unis !

 D.I : C’est tranquille autour de la Maison Blanche ?
 Jake : Hmmm, pas vraiment.
 Tom : Et les meilleurs clubs de la ville sont dans un des coins les plus craignos.
 Jake : Hey, quelle heure il est ? Is it time to rock !?
...
 

 Adam West au Show B
        Lo’ Spider rechausse alors ses lunettes noires et va se planter derrière la sono minimaliste mais efficace qu’il mène de main de maître. Nos quatre héros investissent la scène d’un Show B honnêtement rempli pour une fin de mois de juin et se lancent dans un set bouillonnant, explosif et musclé. Dès le deuxième morceau, Jake se jette dans le public, vient hurler à la tronche des premiers rangs, et poursuit son rodéo dans tout le troquet. Une bête de scène, pas de doute ! Il finira même par assurer le spectacle pour les gens qui laissaient passer l’orage à l’extérieur, se déhanchant comme un dératé sur le trottoir devant un drapeau américain en flammes, dont il se parait ironiquement quelques minutes plus tôt, et qu’un spectateur a décidé d’immoler aux Dieux de la bière.
 Les trois autres ne s’en laissent pas conter, la rythmique est plombée mais groove comme il faut et le guitar hero s’en sort avec les honneurs. Il frôle même l’électrocution lorsque Jake se met en tête de transformer son micro en médiator. "Yeah ! J’ai fait jaillir la foudre ce soir !" pavoisera ce dernier un peu plus tard. Ils concluent par les trois reprises promises, et se retirent sous les acclamations d’un public en sueur. Une bonne claque à la sauce punk metal rock’n’roll...
 Quelques bières et mégots plus tard, en pleine discussion, Steve finit par croquer un verre, heureusement en plastique. Ils nous racontent le diffficile passage de la frontière autrichienne (un pays que Jake connaît bien puisqu’il y a été étudiant), et la connerie des douaniers locaux. On évoque aussi l’excellent et très informatif site web du groupe (http://fandangorecs.com/adamwest/), tenu par Jake himself. Celui-ci nous balance quelques histoires salées sur ses potes les sauvages Candy Snatchers (il leur a créé un site web, et hésite quelque peu à venir les materner sur une éventuelle tournée européenne), ou encore sur la scène scandinave (baston récente dans un bar norvégien entre Happy Tom et Cpt Poon, les fans s’y reconnaîtront).
 Encore plus tard, Gildas téléphone, et la voix tremblante d’émotion me prie de les féliciter chaudement pour leur version du “Vehicle” de The Idle Race, un des tubes qui ont rythmé ses exploits en auto-tampon, et qu’il vient de découvrir sur un 45t de 1993, à l’é-poque où Jake ressemblait à Jim Dandy. Le lendemain, quelque peu hagards, on les regarde plier leur matos en un éclair, nous balancer quelques claques chaleureuses dans le dos et filer tels Batman aux trousses d’un malfrat vers de nouvelles aventures en Espagne.

Sylvain Coulon
 
 digitfanzine@chez.com
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