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Dig It! # 29
Reverend Michael Edison    (interview)
 

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Reverend Michael Edison
Ministry of The Salvation Church.
 

    Batteur des  Raunch Hands et des Pleasure Fuckers, leader de  Sharky's Machine et de l'éphémère Blow, membre du GG Allin's Band (batterie d'abord, guitare ensuite), le Révérend Mike "Sharky" Edison possède sans conteste un des CV les plus éclectiques de la "profession". Ajoutez-y les casquettes de rédacteur pour différents mags pornos, de journaliste-testeur pour des revues spécialisées en bière ou en "herbe qui fait rire" (le légendaire High Times), et vous conviendrez que ce gars-là méritait bien quelques pages ici... On ne parlera toutefois pas de sa période avec GG Allin vu qu'il nous a déjà tout raconté là-dessus il y a dix ans, c'était hallucinant et c'est  longuement narré dans Dig It ! n°2 (il en reste quelques-uns...).
 Itinéraire d'un juif new yorkais rocker-bourlingueur qui vient de monter un nouveau groupe qui secoue la Grosse Pomme, Edison Rocket Train, et revient avec franchise sur un parcours peu commun.

 Sharky : Je suis à peu près aussi old school qu'on puisse l'être. J'ai grandi en écoutant ce qui sortait du transistor, le Top 40 tu vois, tout ce qui passait... Elton John était LE gros truc à ce moment-là, ou Three Dogs Night, les Rolling  Stones et bien sûr tout un tas de hits sans lendemains. J'aimais bien la version de "Locomotion" par Grand Funk Railroad. Qui savait alors que c'était un hit de black R'n'B ? Moi j'avais onze ans... Et puis un jour je suis tombé sur "Johnny B. Good" sur une compil de vieilleries. Je l'ai toujours ! C'était aussi l'époque du film American Graffiti et du coup les 50's sont devenues à la mode. Ça a tout changé. Sur le même disque que "Johnny B. Good" y'avait The Big Bopper, Fats Domino, Jerry Lee Lewis et les Diamonds avec "The Stroll" (repris plus tard par les Raunch Hands -nda-). J'ai tout adoré de A à Z. J'ai continué à écouter ce disque au cours de mes années de lycée, mes potes me prenaient pour un taré... Plus tard quand j'ai découvert les Cramps, toutes les pièces du puzzle se sont mises en place d'un coup. J'avais compris...
 Je me souviens avoir vu un documentaire télé sur la Soul un soir. Ike et Tina Turner y faisaient "Proud Mary", c'était le truc le plus excitant que j'avais jamais vu. La Soul Music  serait ma prochaine étape ! Je suis allé chez DiscoMat près du Madison Square Garden à New York, ils avaient un grand bac de disques Soul en soldes. Je suis reparti avec sous le bras le Greatest Hits d'Otis Redding, le Gold d'Aretha Franklin et le Best Of de Sam and Dave. C'était un vrai "processus de recherche", il fallait vraiment fouiner pour trouver ce que tu voulais, surtout un teenager comme moi. C'était marrant et motivant, et quand je tombais sur un mec comme Otis Redding, que je prenais pour un truc obscur, c'était un moment important.
 Un jour je suis entré dans un magasin louche de Newark dans le New Jersey. Un endroit craignos où j'avais déjà bossé comme coursier, un boulot d'été. J'avais même failli prendre un coup de couteau un jour. Je devais avoir quinze ans... Bon, je vais donc dans ce magasin où il y avait un sacré stock d'albums de blues pour pas cher. Je connaissais les noms parce que j'étais à fond dans les Stones et que je lisais pas mal de magazines de musique, mais je n'avais jamais entendu ni même vu ces disques, Howlin' Wolf, Elmore James, John Lee Hooker... Tous ces trucs incroyables sur Kent Rds... Le patron de la boutique s'est approché, il avait dix ans de plus que moi, portait un T-shirt "James Brown Sex Machine" et des tatouages. Je n'avais encore jamais rencontré quelqu'un comme ça. Normal, qu'est-ce qu'un mec comme lui pouvait avoir à faire avec un gamin comme moi ? Il est donc venu vers moi et a embrayé : "Wow ! T'apprécies Howlin' Wolf ?". Je lui ai dit que je ne l'avais jamais entendu mais que si les Stones l'aimaient, c'était ok pour moi. Il connaissait tout sur ces trucs et m'a conseillé les meilleurs albums. Et il m'a ensuite demandé si je savais jouer de la batterie. Hein ??? Je venais justement de commencer cette semaine là !!! Il m'a expliqué qu'ils cherchaient un batteur et que je devais pouvoir faire l'affaire ! Il est venu chez moi et, bizarrement, ma mère m'a laissé y aller, je crois qu'elle avait compris que ça représentait beaucoup pour moi. J'ai donc commencé à jouer avec eux. On était en 1980 et j'adorais le punk, les Sex Pistols, les Ramones et les Dead Kennedys. Les autres mecs dans le groupe, plus âgés que moi, écoutaient les Stooges et le MC5 ou Capt Beefheart mais aussi les Stones, Creedence et les hits "dance" de Tamla Motown. Ils m'ont beaucoup appris. Ils devaient trouver plutôt cool d'avoir à la batterie un gamin qui s'y connaissait en musique. Cela dit, je n'étais pas très bon, mais c'était super, j'étais le p'tit gars de seize ans qui traînait avec des potes de vingt-sept qui dealaient de l'acide au Filmore East ! Ça impressionnait les copains de mon âge qui fumaient de l'herbe en écoutant Jimi Hendrix. Plus tard, quand je suis entré à la fac, j'ai rencontré des mecs qui aimaient en même temps le Punk Rock ET le Rock'n'Roll. J'ai décidé de monter un groupe de Hardcore Punk parce que je voulais jouer pour ce public là, mais un groupe vraiment et uniquement basé sur le Blues et le Rock'n'Roll. High energy music for high energy crowds. J'avais envie de voir des gens sauter des amplis et tout ça. Ce fut Sharky's Machine.

 D.I : Je connais juste "My Sears Catalogue", un titre qui figure sur la compil de Noël (le vol 3) parue sur Midnight Rds en 87...
 Sharky : "My Sears Catalogue" fut notre dernier morceau. En fait c'était la première fois que je jouais de la guitare sur un disque. On n'était plus que deux, le chanteur et moi. J'avais plus ou moins viré tout le monde après quatre ans et quatre disques. Il doit toujours être possible de dénicher l'album Let's Be Friends (sur Shimmy Disc) et le EP A Little Chin Music, une expression argotique de baseball signifiant "balancer la balle dans la gueule de quelqu'un". Ce sont de bons disques, un peu trashy sans doute, mais teintés d'une évidente influence Rolling Stones. Un truc artistico-déglingué en somme... Quatre paumés qui s'étaient rencontrés à l'école et faisaient un beau boucan... C'était mon premier groupe et la première fois que j'écrivais des morceaux. Je piquais des riffs de blues et je les greffais sur des rythmes hardcore. On était influencé à parts égales par Hank Williams et Motorhead... On n'a jamais joué en France mais on a fait une belle tournée dans le nord de l'Europe.

 D.I : Tu te souviens des premiers concerts que t'as vus ?
 S : Ouais, les Dead Kennedys, c'est à cause d'eux que j'ai voulu jouer pour un public hardcore, et John Lee Hooker, lui il m'a complètement chamboulé, c'est à partir de ce concert que j'ai décidé de vouer ma vie au Blues. C'était la première fois que je mettais les pieds dans un night club. On n'avait pas l'âge de boire de l'alcool mais tout le monde s'en foutait à l'époque. Je réussissais à traîner mes potes dans les clubs de Blues, le Tramps ou le Lone Star Café, on y voyait passer tous les grands noms, Buddy Guy et Junior Wells, Albert King, Otis Rush, Muddy Waters et plus tard James Brown et Wilson Picket. Big Joe Turner était mon préféré. On allait aussi aux gros concerts de rock, David Bowie, Dylan, les Stones et même des trucs nazes genre Jethro Tull. C'est comme ça à seize ans, tu vas aux gros concerts et tu fumes un max d'herbe. Tout semblait très excitant !

 D.I : Rock'n'Roll, Drugs... Je dirais bien que ça manque un peu de sexe... Sauf que je sais que tu as aussi bossé pour un tas de magazines pornos...
 S : J'ai sans doute gagné plus de fric dans la pornographie que dans n'importe quoi d'autre ! J'ai travaillé pour tous les gros mags pornos américains de Hustler à Penthouse, comme rédacteur ou rédac' chef. J'ai également fait partie de l'équipe d'un magazine appelé Chéri, en anglais ça sonne vraiment sexy, ha ha ! Je me promenais de ville en ville, d'un go-go club à l'autre, avec un photographe. Mon premier travail sur commande s'appelait "The Girls Of New Orleans". J'avais vingt-quatre ans et j'essayais d'entrer dans le business des magazines. Ils m'ont filé une carte de crédit en me disant "vas-y". Incroyable ! On allait dans les bars de bikers et partout on avait la cote parce qu'on était de ce "gros magazine de New York"... Sex and drugs ! C'était merveilleux.

 
BLOW

 D.I : Je veux bien le croire... Revenons quand même au rock'n'roll avec Blow, ce groupe de fous que tu as monté en 92 et qui fut responsable d'un unique mais mémorable EP ?
 S : Pour obtenir le "résultat" Blow, il a suffit de mettre ensemble quatre mecs qui venaient de rompre avec leur copine et se soignaient à la coke et à l'alcool... On ne dormait jamais. Au cours d'une ces nuits blanches quelqu'un a lancé l'idée de faire un disque. On a loué un studio dès le lendemain et on a fait quelques morceaux. On a appelé Tim Warren du studio : "Hé Tim, on a fait un morceau sur toi qui dit en gros que t'es qu'un vieil aveugle qui ne peut même plus tenir son verre de liqueur, on te l'envoie pour en faire un single, c'est d'accord ?". Il ne nous a pas cru... Pourtant pendant ce temps-là, Cliff Mott, qui avait déjà fait des pochettes pour Crypt, était en train de travailler sur la nôtre. C'est allé très vite. En quelques jours on a eu le EP entre les mains. Je crois qu'on en a fait presser quelques centaines, le minimum obligatoire...

 D.I : Et comment a réagi Tim ? D'autant que le morceau dont tu parles, "I'm Ruined", portait le sous-titre "Tim Warren's Lament"...
 S : Je suis passé le voir peu après à Hambourg, juste avant de commencer une tournée avec les Raunch Hands. Je lui ai demandé pourquoi il n'avait pas le disque dans son magasin. Il m'a répondu qu'il avait dû l'enlever des rayons parce que tout le monde se foutait de sa gueule ! J'aime bien Tim... C'était encore une de ces conneries qui va un peu trop loin.... Mais un bon disque à sa façon.

 
RAUNCH HANDS

 D.I : Comment tu t'es retrouvé dans les Raunch Hands au début des années 90 ?
 S : Je les connaissais depuis plus de dix ans. J'ai rencontré Mariconda à la New York University, on s'envoyait de l'acide en écoutant les albums de Capt. Beefheart. On aimait à peu près les mêmes trucs, le Punk Rock et Ray Charles, tu sais, les trucs qui envoient le feu et qui ont des racines. Comme avec mon nouveau groupe d'ailleurs, Edison Rocket Train. Plusieurs fois les Raunch Hands m'avaient demandé d'entrer dans le groupe mais j'étais toujours occupé ailleurs, avec Sharky's Machine ou un magazine porno. Mais le jour où ils m'ont proposé de partir avec eux au Japon, j'ai quitté mon boulot l'après-midi même.

 D.I : Et je suppose que tu n'as pas regretté ? Surtout qu'il y avait l'Europe dans la foulée...
 S : C'était dingue ! Appelons-çà "du plaisir destructeur". On buvait comme des tarés et on faisait des concerts de deux heures. On était en mission ! Rien de ce que j'ai vécu depuis n'a jamais égalé ça.

 D.I : C'est à cette époque qu'on s'est croisé pour la première fois, je me souviens que tu piquais des Bibles dans les hôtels qui en mettaient à disposition...
 S : Comment tu fais pour te souvenir de tout ça ? En fait je ne les piquais pas tout à fait. J'en prenais une dans une chambre et je la laissais dans l'hôtel suivant, et ainsi de suite... Je faisais tourner les Bibles. Une sorte de poésie secrète, de performance artistique personnelle.

 D.I : Et les Raunch Hands se sont séparés. Trois d'entre vous se sont alors installés en Espagne. Comment tu vois cette période avec le recul ?
 S : Les deux meilleurs trucs que j'ai faits dans ma vie c'est : 1) m'installer en Espagne et 2) repartir d'Espagne. J'y suis resté trois ans et c'était fantastique, on a tant vu et tant appris... Les Trois Raunch Hands, devenus "Les Trois Mikes", ont failli monter un groupe mais ça ne c'est pas fait, ou si peu. Et j'ai fini par rejoindre les Pleasure Fuckers.

 
PLEASURE FUCKERS

 D.I : Et là c'était comment ?
 S : Excellent. C'était un grand groupe, à l'exception du chanteur on était tous de bons musiciens avec une bonne attitude. On arrivait et on mettait le feu. Point. Le message était simple. Pour le style de vie, disons que c'était la suite logique de la débauche entamée avec les Raunch Hands.

 D.I : Et pourtant tu as quitté les Pleasure Fuckers et l'Espagne assez rapidement ?
 S : Ouais, y'a pas de secret... Kike... Les autres étaient tous super et bossaient vraiment... Ils avaient du talent. Mais le gros... (s'ensuivent quelques insultes/règlements de compte qu'à l'unanimité le staff a décidé de ne pas imprimer pour ménager le coeur fragile de Mr Turmix... Comment ? Une petite quand même ? Hé, on n'est pas chez "Voici" les gars ! Doucement... Bon allez une petite alors, et n'y revenez plus... -nda-). Un soir de concert à Malaga, ils nous a arnaqué sur les tickets de boissons dûs au groupe, tu le crois ? (pas aussi croustillant que vous le pensiez hein ? -nda-). Ce fut la goutte qui a fait déborder le vase. Trois ans comme ça... J'en ai eu assez. Sur la route du retour il a mis une cassette des Beatles dans le lecteur. Je ne supporte pas les Beatles. J'ai vu rouge, j'ai éjecté la cassette et je l'ai balancé sur l'autoroute. Il était temps de repartir... J'avais accompli tout ce pour quoi j'étais venu en Espagne, appris la langue, la culture et joué dans un bon groupe de rock... Je respecte et j'admire Mike, Norah et Barnaby, les autres Pleasure Fuckers. De vrais rock'n'rollers.

 
BACK IN THE USA

 D.I : Quand tu es rentré à New York, on a appris que tu bossais pour une revue spécialisée en... bière ! C'était quoi ce boulot miraculeux ? Il paraît que tu te promenais à travers le monde juste pour faire des reportages sur la bière et en tester le plus possible ?
 S : C'est vrai ! J'étais rédacteur en chef d'un magazine international sur la bière, j'allais à Amsterdam ou à Dublin pour goûter la Heineken et la Guiness. C'était un truc assez sérieux mais je passais trop de temps en avion entre l'Europe et les Etats-Unis... Et après ça j'ai aussi bossé pour High Times, le fameux mag sur la marijuana. D'une certaine façon, je me suis débrouillé pour que mon style de vie devienne aussi mon gagne-pain !

 D.I : Les Raunch Hands se sont reformés il y a deux ans, ont joué à New York et au Vegas Shakedown 2000 (cf Dig It ! 21), enregistré un album live et fait une tournée espagnole l'an dernier. L'aventure continue ?
 S : Les Raunch Hands ne se sont jamais vraiment séparés. On est toujours "frères d'armes". Ça faisait environ six ans qu'on n'avait pas joué puisqu'on n'habitait plus tous dans la même ville. Et on a reçu une offre pour jouer à Las Vegas... Une bonne occasion de reformer le groupe comme disaient les Blues Brothers... L'album live (Got Hate If You Want It, sur Crypt Rds) a été enregistré à un des fameux festivals Cavestomp de New York. Quant à la tournée espagnole de l'an dernier, ce fut un chouette moment. On projetait ça depuis quelque temps. Le groupe n'a pas vraiment changé, je crois même qu'on est meilleur maintenant. Plus vieux et plus malin... On joue mieux. On a appris un peu plus. Qui sait quand nous rejouerons ensemble ? J'ai quand même le sentiment qu'on n'en a pas tout à fait fini avec le groupe...

 
EDISON ROCKET TRAIN

 D.I : En écoutant  le premier CD de Edison Rocket Train (Yes ! Yes !! Yes !!!), j'ai cru entendre quelque chose comme un "Lost Album" des Raunch Hands !
 S : C'est un beau compliment ! Bien sûr que je suis influencé par les Raunch Hands après avoir joué tout ce temps avec eux ! Et ce que j'ai apporté aux Raunch Hands, je l'apporte aussi à Edison Rocket Train... L'énergie, les racines et le rythme, l'attitude "rentre-dedans", la volonté d'être les meilleurs dans ce qu'on fait...

 D.I : Il n'y a pas de bassiste dans le groupe...
 S : Notre son est suffisamment "gros" sans basse. On n'utilise pas de cymbales non plus, du coup le rythme forgé par la caisse claire et le tom basse est plus épais. Les maracas remplissent le reste. Pour ma guitare, j'utilise des cordes "super heavy" et je joue FORT sur un rythme dur et rapide. Une basse ferait double emploi.
 
 D.I : Il y a sur ce disque deux morceaux que les Raunch Hands ont eux aussi enregistrés jadis (des reprises)...
 S : Exact. Deux de mes morceaux favoris de tous les temps, "Storm Warning" et "What's The Matter Now". C'était un point de départ logique pour le Ed. Rocket Train. C'est bien que les fans des Raunch Hands remarquent ça, ils savent ainsi que je reviens à mes vieux démons...

 D.I : Tu connais sûrement la reprise de "What's The Matter Now" par les Oblivians ?
 S : Cet album (The Oblivians Play 9 Songs With Mr Quintron) est fantastique du début à la fin ! Et de toutes façons, "What's The Matter Now" est un morceau torride à la base. Quand je l'ai entendu (l'original, un traditionnel) la première fois, j'ai tout de suite senti que les Raunch Hands DEVAIENT le reprendre. C'est Chandler qui me l'a fait découvrir, on était en vacances à Montpellier, juste avant de partir enregistrer l'album Fuck Me Stupid. La version des Oblivians est sortie plus tard. Et quand ensuite est venu mon tour de chanter (avec Edison Rocket Train), c'est le premier truc que j'ai souhaité faire. Il n'existe pas d'autres morceaux si intenses. D'ailleurs quand on a cherché un truc aussi explosif à reprendre pour le prochain album on n'a rien trouvé et j'ai fini par devoir l'écrire moi-même !

 D.I : Tu es crédité à la guitare, au chant, aux percus et au... "Diddley bow"... Kézaco ?
 S : Le Diddley bow est une gratte à une corde. J'en joue surtout façon slide. C'est un  instrument vraiment primitif issu des débuts du blues, des vraies racines africaines du genre. Les premiers bluesmen les fabriquaient avec un bout de bois et quelques clous. Parfois ils se contentaient de planter deux clous dans la porte d'une grange et tiraient un fil de fer entre les deux. Ça a un son dingue. Je m'en suis fabriqué un à deux cordes, ça sonne comme du John Lee Hooker mentalement attardé. Vraiment sauvage.

 D.I : On connait déjà ton saxophoniste Pete Linzell, mais pas Omar (maracas) et Joey Valentine (batterie) ?
 S : Ce fut un casse-tête incroyable de monter le groupe et aujourd'hui ils sont partis ! Ils sont vraiment bons pourtant tu ne trouves pas ? La nouvelle formation comprend Ron Salvo qui a joué de la batterie avec Andy G des Devil Dogs, et la jolie copine de Ron, Miss Carrie aux maracas. C'est une batteuse également, du coup on se retrouve à trois batteurs de formation à jouer ensemble. Ça donne un beat méchamment solide.

 D.I : Quel est ton rôle exact aux percussions ? Ça sonne typiquement "Sharky Beat".
 S : Il a fallu que je m'entende avec Joey pour obtenir ce "Sharky Beat" style New Orleans. C'est spécial de jouer sans cymbales, et j'ai une idée assez précise du résultat escompté. Je suis plutôt exigeant en ce qui concerne la batterie mais je dois dire que ces mecs-là sont d'excellents musiciens. Là où ils assurent le plus, c'est quand je grimpe sur les tables pendant un concert, je peux me lancer dans n'importe quel délire et je sais que que je peux compter sur eux pour garder un rythme costaud et brûlant. Sur le disque, je joue beaucoup de maracas et de tambourin et je fais la "drum explosion" tout à la fin.

 D.I : Tu te sens plus chanteur/guitariste que batteur aujourd'hui ?
 S : C'est ce que je fais ces temps-ci en tout cas. J'adore chanter... la voix, les morceaux, le message... C'est l'idée que je me fais de la façon dont doivent sonner le Blues et le Rock'n'Roll... Que ça tienne la route ou pas, je sais que c'est mon truc et je fonce. Et j'aime bien être devant... Le chanteur doit être une sorte de super héros comme Elvis, Iggy, James Brown, MICK JAGGER ou Lux Interior... Pourtant la semaine dernière j'ai joué de la batterie avec un groupe de pochetrons Country et j'ai remarqué que ça me manquait... Si quelqu'un cherche un batteur...

 D.I : A part la country, tu te sens influencé par quoi ?
 S : Le Gospel qui remue genre "What's The Matter Now" bien sûr et le R&B de La Nouvelle Orleans, le beat des grandes rues, le Delta Blues, le Punk Rock, le Rock'n'Roll 50's. Bo Diddley est géant... D'ailleurs qui d'autre que lui trimbalait un joueur de maracas partout ? C'est de là que m'est venue cette idée. Les Stones sont des génies des maracas mais Bo en avait sur TOUS ses morceaux. J'aime aussi Captain Beefheart, que ce soit pour sa voix ou la guitar slide rythmique. Sur le prochain album on reprendra les Staple Singers et Lee Dorsey. Jon Spencer le produira et je dois avouer que ses disques et ses prestations scèniques sont une autre de mes influences. Ses albums sont mes disques préférés de ces dix dernières années.

 D.I : C'est pour ça qu'il apparaît sur le premier album et qu'il produit le prochain ?
 S : Ouais. On se connait depuis des années, c'est un mec bien, et comme je viens de le dire, je suis un grand fan. En bossant sur Yes ! Yes !! Yes !!!, j'ai commencé à envisager d'ajouter quelques bruitages spatiaux, des sons de fusées et du thérémin. Sur un passage en particulier... J'ai appelé Jon et il est venu nous faire ça. Je ne pouvais pas décemment le faire moi-même, j'aurais eu l'impression de copier son truc ! Alors je suis remonté directement à la source, Jon... C'est aussi un vieux pote de Wharton Thiers qui a produit Yes ! Yes !! Yes !!! avec moi, alors ça s'est fait naturellement, amicalement. Quant au prochain album, je ne voulais pas le produire moi-même, il me fallait un point de vue extérieur, quelqu'un qui puisse faire avancer le truc vers une direction à laquelle je n'aurais pas forcément pensé. C'est génial de travailler avec lui, en collaboration avec Matt Verta-Ray de Speedball Baby (qui apparait aussi sur le dernier Andre Williams -nda-). Matt et Jon ont d'ailleurs un autre groupe en commun... On enregistre en ce moment et c'est comme un rêve, impossible de trouver mieux comme partenaires. Jon joue aussi quelques parties de guitare sur ce disque.

 D.I : Sur scène et sur la pochette de Yes ! Yes !!, Yes !!! tu portes une cape et un fez. C'est histoire de perpétuer la bonne vieille tradition Rythm'n'Blues ?
 S : Bien sûr ! Comme Sam The Sham ou le grand bluesman JB Hutto, Chuck Willis, Screaming Jay Hawkins et Sun Ra... Elvis et James Brown portaient aussi des capes. Je saupoudre de quelques paillettes glitter un show Rock'n'Roll très primitif.

 D.I :  Vous tournez beaucoup ?
 S : On joue souvent et les shows se passent super bien. On veut jouer partout et tout le temps. C'est un groupe de bosseurs ! On est en contact avec des tourneurs européens, j'adorerais jouer là-bas à nouveau.

 D.I : Yes ! Yes !! Yes !!! est paru sur Steel Cage Rds. Quel genre de label est-ce ?
 S : Un bon vieux label Punk Rock mené par des motherfuckers qui bossent dur et s'impliquent à fond. C'est aussi eux qui éditent le magazine Carbon 14.

 D.I : En temps que grand fan de Blues, que penses-tu de ces duos "Heavy-Blues" comme les Immortal Lee County Killers, Black Keys et autres ?
 S : Excellents ! Ce sont de meilleurs groupes de Blues que tous les vieux ringards qui se prennent pour des "Blues bands"... Tu vois ? (trop bien -nda-). Les filles de Mr Airplane Man sont venues chanter sur le nouvel album d'Edison Rocket Train. On devrait arracher les yeux et enfoncer une pastèque dans le cul de tous ceux qui osent dire que Mr Airplane Man n'est pas un vrai groupe de Blues !

 D.I : Et ce fameux "retour du Rock'n'Roll", tu y crois ?
 S : J'vais te dire, j'ai 38 ans, je fais ça depuis longtemps et je me sens meilleur musicien et meillleur showman que je l'ai jamais été. Je fous le feu avec cent fois plus d'intensité que n'importe quel branleur de 20 ans parce que je suis tombé dans la marmite il y a longtemps. J'en ai vu se pointer, je les ai vu dégager, et moi je suis toujours là à faire mon truc. Tous les jours je m'entraîne à être meilleur musicien et meilleur performer. Je n'arrêterais jamais. Le Rock'n'Roll EST ma vie. Cela dit, certains de ces nouveaux groupes sont très bons, les Hives par exemple, ils sonnent comme un groupe typiquement Crypt Records. J'espère qu'ils sont là pour un moment.
 Mais la plupart du temps je ne vois que des mecs trop bien lookés qui recyclent les 70's. Et les fans vont où le vent les porte... Cette semaine c'est le Rock'n'Roll, la semaine prochaine ce sera le néo-glamour où une connerie dans le genre. Les fans de vrai Rock'n'Roll seront toujours là, mais pour le grand public ça restera une "mode de la semaine". Le Rock'n'Roll c'est un état d'esprit, pas une quelconque soupe à la mode.

 D.I : Tu n'as jamais pensé écrire un bouquin ?
 S : Hé hé, je suis justement en train de bosser sur un livre en collaboration avec Handsome Dick Manitoba. Ce sera un bouquin sur les meilleurs endroits où manger à New York. Ouais, j'suis débordé en ce moment... Plus une minute à moi, je vais devenir dingue... ou alors je vais venir m'installer en France et faire le folk singer... Arrrrggghhh!!!

 
 
Discographie sélective

 *Sharky's Machine : Let's Be Friends. LP (Shimmy Disc Rds) 1987
 *Sharky's Machine : A Little Chin Music. EP  (LSD Rds/Berlin) 1988.
 *GG Allin : You Give Love a Bad Name. LP/CD  (Matador Rds) 1988.
 *GG Allin : Res-Erected. CD (ROIR Rds) 1998.
 *Raunch Hands : Million Dollar Movie. CD  (Crypt, 1+2 Rds, Barn Homes/Japan) 1990.
 *Raunch Hands : Fuck Me Stupid LP/CD  (Crypt, 1+2 Rds, Barn Homes/Japan) 1992.
 *Raunch Hands : Got Hate If You Want It/Live at Cavestomp CD  (Crypt Rds) 2002.
 *Pleasure Fuckers : Ripped To The Tits  (Roto Rds/Espagne, Sympathy for the Record Industry) 1993.
 *Edison Rocket Train  w/Handsome Dick Manitoba : "I Like to Hurt People" (sur 7"EP avec Carbon 14 Mag) 2002.
 *Edison Rocket Train : Yes ! Yes !! Yes !!! CD (Steel Cage) 2003.

 
Gildas Cospérec
 
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