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Dig It! # 30
Clone Defects    (Interview)
Les Hellacopters au Brésil    (Interview)
Larsen    (Interview de Denis Larsen)
The Sailors    (Interview)
 

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CLONE DEFECTS

 Sur les traces de notre amie Noëlle Lothamer (remember l’interview des Dirtys), miss Jackie Wilger - alias Jackie-O - a quitté le Michigan pour s’installer un temps à Toulouse afin d’inculquer quelques rudiments d’anglais à nos petits garnements. Copine des Gore Gore Girls et adepte du Detroit sound depuis le berceau, elle n’a pas tardé à squatter les repaires rock’n’roll de la ville rose. Elle a même monté les redoutables Jackie & The Pimps avec trois piliers de la scène locale, un groupe de reprises punks dont le concert au Fantômas valait son pesant de préservatifs usagés !
 De retour au pays, Jackie s’est proposée pour une interview des Clone Defects, les nouveaux trublions de Motor City, sur lesquels elle avait quelques anecdotes bien trash à la Jackass (“Alors là le mec a avalé le contenu du cendrier, et après il a vomi partout sur scène...”). Des cinglés ces clones, mais pas des clowns... Leur musique est un maëlstrom sonique qui mouline sans pitié l’héritage des Dolls, des Flamin’ Groovies, des Saints ou des Pagans. Du punk’n’roll tendu, intense, foutraque et flamboyant, corsé d’une lichée de glam rock débridé à la Mott The Hoople, et d’une bonne rasade de blues et de soul. Un univers unique, planté en trois 45t - dont le premier produit par Jack White - et deux albums, enregistrés chez Jim Diamond. Deux disques magnifiques... et déroutants : un jeu cru, un son bordélique et puissant, des breaks et des giclées de guitare imprévisibles, une utilisation sauvage de la stéréo, des percussions inédites et parfois délirantes... Bref, un cocktail qui secoue, concocté par l’insaisissable Tim Vulgar, guitariste/ chanteur à la voix prenante, artiste un brin torturé (voir les pochettes) et poète allumé, porté sur les psychotropes et les corps célestes. Merci à Jackie-O, qui s’est jetée pour nous dans la gueule des loups. (SC)

***
    Detroit, MI, USA. Ah, les Clone Defects ! Ils aiment le whiskey, les nanas et le rock bargeot, leurs concerts sont d'enfer et toujours spectaculaires... D'ailleurs je suis sûre que si vous lisez Dig It ! vous les connaissez déjà. Après dix mois passés à Toulouse (je suis de retour à Détroit maintenant), je suis moi-même devenue lectrice de Dig It !, et vu que j'habite Détroit, je vais dorénavant et de temps en temps rencontrer pour eux et pour vous des groupes de Détroit, logique... J'ai donc choisi de commencer par les Clone Defects. Cette interview est le résultat compilé de plusieurs entretiens avec eux.

    La première tentative eut lieu au Lager House. Je suis arrivée en avance, Chuck le bassiste et Eddy le batteur étaient là mais ils préféraient attendre Tim, le chanteur/guitariste, avant de commencer l'interview. On en a profité pour prendre quelques verres d'avance. Tim est arrivé en retard, avec Wes l'autre guitariste. Et bien sûr il a voulu voir le groupe de première partie qui démarrait à ce moment-là... On s'est mis d'accord pour l'après-concert, "quand on sera tous bourrés" a-t-il précisé... Je suis restée au bar avec Wes, il m'a offert plusieurs whiskeys et on a bavardé jusqu'au moment où il est parti rejoindre les autres Clone Defects sur scène. Ce fut géant d'entrée et jusqu'au bout, comme à chaque fois... Mieux encore que sur disque, et pourtant... Après le concert j'ai discuté un moment avec Marcie Von Bondies et quand j'ai réagi, il était trop tard. Tim avait disparu...

    Deux semaines plus tard, je reçois un appel d'Eddy. On arrange un rendez-vous dans un bar pour le soir-même. J'y retrouve Eddy, Chuck et Wes. Tim n'est pas là. Ils ont décidé de faire l'interview sans lui (d'habitude c'est Tim qui répond aux questions). On descend quelques bouteilles de bière à $1.50 en fumant et en appréciant les décibels qui sortent du juke-box impressionnant, un des meilleurs de la ville, il déborde de bon rock'n'roll. Mais comme c'est un peu fort, on embarque les bières et on sort discuter. Wes reste au bar, il parlera plus tard…

 Nous voilà donc dans ma caisse, Chuck, Eddy, les bières et moi...

 Dig It ! : Quand avez-vous commencé a jouer ensemble ?
 Eddy : Il y a longtemps déjà…

 D. It ! : A l'époque des Epeleptix, Jim Beam et les Throw Ups ou les Scurvies ?
 Chuck : Tim était dans les Epeleptix et Wes dans un autre groupe.
 E : Chuck jouait dans Hatchet Job et moi avec les Tonsil Boxers. On a formé le groupe en 98.

 D. It ! : Comment avez-vous choisi votre nom ?
 C : On a compilé une longue liste...
 E : Ouais, beaucoup de noms…
 C : Tu veux des exemples ? The Throbbing Brains, Rouge River Rebels…
 E : Et finalement Clone Defects nous a semblé être le meilleur choix. C'était l'époque où ils commençaient à cloner des moutons.

 D. It ! : Vous en êtes à deux albums et la musique reste la même. Comment décririez-vous votre style ?
 E : Sais pas…On n'a pas de style défini, ça sonne comme beaucoup de trucs...
 C : Zarbi...
 E : Depuis le début c'est du rock de malades et ça restera comme ça. Un clonâge raté... Du rock'n'roll électroïde et introspectif. Bargeot...

 D. It ! : D'où sortez-vous les titres de vos albums ? (Blood On Jupiter et Shapes Of Venus)
 E : C'est tout Tim et son brillant cerveau de savant fou schizophrène, ha ha ! Non, tu sais, il a récemment écrit beaucoup de poèmes bizarres et a participé à un concours. Et il a gagné ! Son poème va être édité dans un recueil. Il écrit des trucs terribles.

 D. It ! : C'est sans doute pour ça que vos textes ressemblent à de la poésie étrange avec de la musique par-dessus ?
 E : Vaut mieux lui demander à lui...
 C : C'est un génie !
 E : Il fait aussi des peintures et des oeuvres d'art incroyables.

 D. It ! : Et musicalement, qu'est-ce qui vous inspire ?
 C : Tout le monde...
 E : Guitar Wolf, Teengenerate, Chrome, David Allen Coe, la Motown…
 C : Les Shangri-Las…
 E : Ouais, les Shangri-fucking-Las, les Crystals…
 C : Tout… On n'a pas de son particulier… On n'essaye pas de sonner comme quelqu'un d'autre.

 D. It ! : Qu'est-ce que vous écoutez ces jours-ci ?
 C : Beaucoup de bons groupes de Chicago. Les Tirades, les Slot Machines, les Baseball Furies, beaucoup de groupes rock'n'roll.

 D. It ! : Pourquoi ? Vous allez souvent à Chicago ?
 E : Ouais, c'est cool. J'aimerais habiter là-bas.
 C : Mais c'est trop cher. Il faudrait bosser.
 E : Oui, je ne peux pas partir de Détroit, merde.... Seattle est ok aussi, avec The Hospitals, les Hunches, les Cunts…

D. It ! : Que pensez-vous du buzz à propos de Détroit ces temps-ci ? Tout le monde parle du "son de Détroit", beaucoup de groupes tournent et sont reconnus. Vous-mêmes devez partir pour l'Europe bientôt...
E : C'est cool, on connait tout le monde… On est potes avec tous les groupes garage. Les Piranhas, par exemple, sont comme nos frères. Il y a beaucoup de bons groupes. Mais on n'est pas "garage", on est des putains de rockers malades.
C : Tout le monde pense qu'on va être les nouveaux Dirtbombs ou quelque chose comme ça... Il y a des gens qui viennent à nos concerts juste parce qu'on est un "groupe de Détroit", quelques fois ils partent au milieu du show...
E : Je pense qu'il faudra du temps, parce qu’on n'est finalement qu'un groupe punk.
C : Les quatre premières années ont été difficiles, mais depuis on a enregistré avec Jim Diamond et c'est grâce à lui qu'on a rencontré Larry de In the Red Rds.
E : Tout le monde va voir les concerts avec des groupes de Détroit.

D. It ! : Comment s'est passée la récente tournée US ?
E : Je ne me souviens de rien…
C : Même de cette fois où tu courais à poil dans un casino de Vegas ?
E : Il paraît... Le plus inquiétant c'est que je ne m'en rappelle pas. Mais je crois que Tim avait un caméscope...
C : On a 8 heures de film et on va éditer ça…
E : Ouais, tous ces trucs de tarés…
C : On va en faire un DVD ou quelque chose...

D. It ! : Qu'est-ce qu'on y verra ?
C : Faudra que tu mates la vidéo...
E : Des trucs de tarés j'te dis...
C : On est tous bourrés, on gerbe et on fait les bargeots… Je me souviens à peine de la moitié de ce qui s'est passé sur cette tournée.

D. It ! : Ça promet pour la tournée européenne... Ça tient toujours au fait ?
E : Ben on a eu quelques ennuis avec les flics et du coup on a des problèmes de passeports… On était en train de répéter vers 19h et les flics sont arrivés et nous ont filé une prune. Normalement, on est libre de faire du bruit jusqu'à 21h, mais les voisins sont des connards. Et maintenant on n'a plus de local de répèt'. Pour l'Europe, on ne dira rien avant d'être sûr...
C : On doit y aller pour trois ou quatre semaines.

 D. It ! : Que pensez-vous de la France ?
 E : Aucune idée… J'ai entendu dire qu'ils n'aimaient pas les Americains…

 D. It ! : Ils vous adorent !
 C : Et on m'a dit que la tour Eiffel était en feu… Comment c'est possible qu'un gros morceau de ferraille comme ça commence à flamber ??? Non, aucune idée… J'en sais rien. Ah si, les TV Killers sont cool.
 E : Ouais, on a joué avec eux au Gold Dollar.

 D. It ! : Comment ça se passe avec In The Red, votre label ?
 E : On a donc enregistré avec Jim Diamond, c'est un bon pote de Larry In The Red…
 C : Larry disait qu'il en avait marre du garage, il avait envie de groupes punk…
 E : Donc il nous a signé, tout comme les Piranhas et c'est ok. Il y a beaucoup de bons groupes sur In the Red, Les Hunches, Les Hospitals…
 C : Larry Hardy est cool, un mec très généreux…

 D. It ! : Et le deal avec Mitsubishi (un morceau des Clone Defects a été utilisé dans une pub pour le constructeur de bagnoles) ?
 E : Un coup de chance. Larry a beaucoup de contacts... Les mecs de Mitsubishi ont flashé sur notre musique. Ils nous ont demandé un morceau pour leur pub et on a dit pourquoi pas... On n'avait ni argent ni boulot, donc on l'a fait et on a gagné de la thune. La pub n'est presque pas passée mais on a gagné de quoi acheter de nouveaux instruments.

D. It ! : Quoi d'autre ?
E : De la dope...
C : Non non !
E : Ma batterie était merdique, j'en ai acheté une neuve.
C : Et moi une basse acoustique… Et de la dope. Non, pas de dope...
E : Ça m'a permis de ne pas travailler pendant plusieurs mois.

 D. It ! : Apparemment, vous vous amusez bien ?
 C : Ouais, on dirait... L'alcool et la dope.
 E : On vit dans un grand château, avec des chevaux… Ah ah !
 C : Je crois qu'on devrait refaire cette interview…
 
 D. It ! : Pourquoi ? Je pose des questions tellement nulles ?
 C : Non, c'est les meilleures questions que j'ai jamais entendues...
 E : Il faudrait peut-être plus de bière…

 D. It ! : Ah c'est ça ? Sur votre website, vous dites que vous aimez beaucoup la Pabst Blue Ribbon (une marque de bière)…
 C : On peux en acheter 30 pour 10 dollars ! Elle n'est pas si géniale mais on y est habitué.
 E : Le fameux pack de 30 ! Allons boire plus de bière !
 
    Quelques semaines plus tard, je reçois un e-mail de Sylvain avec quelques questions supplémentaires à poser au groupe... Et comme les Clone Defects jouent au Magic Stick ce soir, je profite de l'occasion. Sur scène c'est toujours aussi dingue, il y a d'autres grou-pes punks au programme. Comme la dernière fois, on se retrouve dehors après le concert, Wes accepte gentiment de répondre à la nouvelle série de questi-ons :

D. It ! : Comment s'est passé l'enregistrement du deuxième album avec Jim Diamond ?
Wes : Ça s'est bien passé, on s'est amusé. On l'a fait en quelques semaines. Rien de spécial.

 D. It ! : Jim a aimé le solo de bouteilles cassées sur "Ain't No New Buzz" ?
 W : Il y a même participé. Tim a décrété que ce serait cool d'exploser quelques bouteilles. Jim a dit que c'était faisable, il a préparé un coin et nous a donné les bouteilles.

 D. It ! : Vous reprenez un morceau de Toxin 3 ("I Rock, I Ran")...
 W : Ce titre figure sur un des albums de la série Killed By Death. Ils viennent de... heu... j'sais plus... Ils l'ont enregistré à la fin des 70's je crois. C'est un bon morceau, il colle bien à notre répertoire.

 D. It ! : Votre deal avec In The Red est convenable ?
 W : C'est un bon contrat, 50/50. Je suis content de Larry, il est très généreux avec nous.

 D. It ! : Alors cette tournée européenne, c'en est où finalement ?
 W : Aucune idée. Probablement bientôt mais qui sait ? Comme en général ce qu'on fait nous prend six mois de plus que prévu, ce sera sans doute au printemps ou en été. On doit partir pour un mois et faire l'Europe de l'Ouest... J'ai vraiment envie d'aller en Espagne. On m'a dit que c'était cool...

 D. It ! : A propos de Clones, tu as entendu parler des Raeliens, la secte qui veut reproduire des êtres humains ? Leur leader est français mais habite chez nous maintenant... Les Clone Defects collaborent-ils avec Rael ?
 W : Ah ah, non, aucun lien. Mais c'est intéressant...

 D. It ! : Sur votre disque, vous remerciez "The Good Lord"...
 W : Oui, Tim a la foi...

 D. It ! : On m'a dit qu'il allait à la messe tous les dimanches ?
 W : Pas que je sache, mais c'est possible. Un jour sa voiture est tombée en panne devant une église et il l'a laissée là, donc il était peut-être à l'église… Je ne sais pas, il croit en beaucoup de choses. Il l'a écrit… Je n'ai pas vraiment d'attirance pour les religions en elles-mêmes, mais il faut bien croire en quelque chose...

 D. It ! : Tu veux bien nous conseiller des disques, des bouquins ou des films ?
 W : Mon écrivain préféré c'est Kurt Vonnegut. Des films... Je ne sais pas... American Movie est très bon. Tu l'as vu ? C'est hyper marrant. Et il y aussi Fubar, c'est fait par un ami à nous qui vient de Montréal... Des "burnout dudes" canadiens... C'est un mock-umentary très marrant. Et en musique les Hunches sont un de mes groupes préférés. J'écoute beaucoup de vieux trucs. Je m'ennuie...

       J'étais au concert lundi soir pour voir Turbonegro. Super bon concert ! En rappel, ils ont fait "I Got Erection" et tout le monde a chanté avec eux. Ils ont dit qu'ils aimaient bien Détroit. On les aime aussi ! Il y avait beaucoup de monde. Je suis tombé sur Timmy Vulgar. Pas vraiment une surprise vu que Turbonegro s'y connaît aussi en rock de bargeots ! Un peu bour-ré, il m'a demandé de téléphoner à Wes. Il voulait que je discute avec lui parce que le groupe avait des problèmes et était (momentanément ?) séparé. Ils ont souvent eu des histoires entre eux, mais cette fois c'est peut-être la fin... Je n'en sais pas plus pour le moment, mais quoiqu'il arrive vous serez les premiers informés.

Jackie O' Wilger
    Epilogue

    Et effectivement, la virée européenne a été annulée et les Clone Defects sont en stand-by. Chuck (basse) et Eddie (batterie) jouent dans les Valentinos, avec des mecs des Piranhas. Tim est en train de former son propre groupe. Quant à Jackie, elle poursuit son trip francophone et sévit dans un “orchestre” dénommé Bisou Bisou ! Ça doit sonner diablement exotique par là-bas ! Plus d’infos sur : http://www.bisoubisou.net (SC)
 
 
 

CLONESGRAPHY
“Bottled Woman” - 7’ - Tom Perkins Rds - 99
Scissor Chop - EP - Italy Rds - ?
Lizard Boy - EP - Italy Rds - 00
Blood On Jupiter - LP/CD - Tom Perkins Rds - 02
Shapes Of Venus - LP/CD - In The Red - 03
“Shapes Of Venus” - 7’ - In The Red - 03
http://www.geocities.com/theclonedefects/
http://www.intheredrecords.com/
 
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LES HELLACOPTERS AU BRESIL
 

    Quand les Hellacopters tournent au Brésil, ils jouent avec Sepultura ou Deep Purple, passent sur MTV et les filles hurlent leurs prénoms. Mais quand notre correspondant à Belo Horizonte, un paradis pour métalleux, titille Nick Royale sur des sujets sensibles comme Entombed ou le fric, le chanteur/guitariste des 'Copters est à deux doigts de se facher tout rouge.

***
    D'accord, peut-être qu'ils n'ont pas plu à tout le monde mais ils étaient quand même assez bons pour assurer la première partie des "superstars" Sepultura et Deep Purple devant 18000 personnes à la dernière édition du Kaiser Music Festival au Brésil. Et s'il y a eu des sifflets, ils ont largement été couverts par les applaudissements. A Belo Horizonte, il faut bien dire qu'ils ont accompli un petit miracle. Les "mineiros" n'avaient sans doute jamais entendu un son meilleur dans le gymnase géant qu'est le Mineirinho. L'acoustique de l'endroit est tout simplement horrible et pourtant les Hellacopters sont arrivés à obtenir le meilleur son possible dans des conditions pareilles. Personne ici n'aurait imaginé qu'un ingénieur du son soit à ce point préparé et professionnel, au point d'arriver à rendre audible environ 60% du set. Avant eux, les groupes qui s'étaient risqués dans ce gymnase ne pouvaient faire entendre que de l'écho, de l'écho, de l'écho, de l'écho...
 Une set-list convaincante nous a donné à voir et entendre un groupe qui ressuscite les racines du rock'n'roll et a fait la preuve qu'on ne peut pas imaginer mieux que les Hellacopters pour ouvrir des festivités qui s'achèvent par... Deep Purple. Ils ont joué les succès du nouvel album, comme "Carry Me Home" et "By The Grace Of God", et des titres plus "vieux" et bien connus comme "Hopeless Case Of A Kid In Denial", "Hey!", "(Gonna Get Some Action) NOW!", "No Song Unheard" ou le justement célèbre "Toys And Flavors". Ils ont conclu par "Search And Destroy".
 
 Pour couronner l'expédition triomphale des Suédois au Brésil, Robert Dahlquist (guitare, alias Strings) est monté sur scène avec Deep Purple pour jouer une version longue de "Smoke On The Water" aux côtés d'Andreas Kisser (Sepultura) et, bien entendu, de Steve Morse (le gratteux de DP -ndt-). Après le concert, on a bavardé quelques instants avec le groupe et posé nos question à Nick Royale, dont le vrai nom, Nicke Andersson doit être familier à votre petit frère amateur de métal. Oui, c'est lui l'ancien batteur d'Entombed, pionniers du death metal qui ont enregistré avec Nick cinq EP's et quatre albums, parmi lesquels les légendaires Left Hand Path (1990) et Wolverine Blues (1993). J'ai évidemment commencé par lui demander comment se passait cette tournée brésilienne.

 Nick Royale : On a encore le trac. Je veux dire, pour nous le Brésil est un pays très lointain et tout à coup nous y voilà... On ne savait pas qu'on avait autant de fans ici. On avait bien remarqué les messages dans le guest-book sur notre site Web, mais on pensait que ça représentait... je ne sais pas, une dizaine de mecs tout au plus. Et là on est plutôt surpris et très heureux évidemment. Aux anges même. J'espère qu'on pourra revenir, ce fut une tournée géniale.

 Dig It ! : à propos du concert au Mineirinho et  des problèmes de son... Comment avez vous vécu ça ? Et l'organisation ?
 N.R : Nous non plus on n'a pas aimé le son. Il est vraiment pourri. Il y a plein d'écho. Pour ce qui est de l'organisation, on n'a pas à se plaindre. On n'a pas eu de problèmes. Elle est efficace et nous avons été très bien accueillis.

 D.I : Vous avez remarqué une différence entre le public sud-américain et celui d'autres continents ou pays ?
 N.R : C'est à chaque fois différent. Je pense qu'ici les choses sont un peu plus folles, un peu plus chaudes. Et c'est très bien. Mais, par exemple, nous aimons beaucoup aussi jouer en Australie où c'est un peu plus calme, mais on s'aperçoit quand même que le public prend du plaisir. J'sais pas comment dire ça, c'est différent, mais ils viennent au concert et ils ont leur manière à eux de passer un bon moment.

 D.I : Et les groupes avec lesquels vous venez de jouer ?
 N.R : Deep Purple et Sepultura ? Eh bien, j'ai un lien très fort avec Sepultura en particulier puisque j'ai longtemps fait partie d'Entombed. J'ai grandi en écoutant Sepultura. Je me rappelle quand j'ai acheté Morbid Visions, j'avais quinze ans... Pour moi, c'est un honneur de jouer à la même affiche qu'eux, c'est génial. Je crois que tout le monde dans les Hellacopters les apprécie beaucoup.

 D.I : Et Deep Purple ?
 N.R : Là c'est un peu différent... ils n'ont plus la même posture... je ne sais pas...

 D.I : Peut-être à cause de Steve Morse ?
 N.R : Je ne sais pas vraiment. Sans doute que c'est ça... Ouais, ça doit être ça. Ce n'est pas Ritchie Blackmore, c'est sûr. Et la guitare n'a pas le même son… Bon, il y a plusieurs trucs...

 D.I : Vous êtes venus jouer au Brésil uniquement, pas dans d'autres pays comme le Chili ou l'Argentine…
 N.R : (il m'interrompt). Je sais ce que tu vas dire, et je sais aussi qu'il y a beaucoup de rivalités ici, mais ne me demande pas pourquoi nous n'avons pas joué dans d'autres pays d'Amérique du Sud. Je ne suis pas responsable du calendrier des concerts. Je n'organise pas les tournées. Il a été question un moment de jouer en Argentine, mais je ne sais pas ce qui s'est passé. Ça m'aurait beaucoup plu de jouer au Chili ou en Argentine, mais ce n'est pas de ma faute, ne me fais pas porter le chapeau.

 D.I : Quand on connaît la scène métal, en particulier "métal extrême", comme tu la connais…
 N.R : (il m'interrompt encore plus vertement) Comme je la CONNAISSAIS !

 D.I : D'accord, comme tu la connaissais... Est-ce que tu t'attendais à des réactions déplaisantes de la part du public ?
 N.R : On a joué avec Sepultura, c'est vrai, mais en même temps les salles étaient pleines de fans de Deep Purple, et donc je ne m'attendais à rien de précis. On ne savait pas quelle serait leur réaction. Peut-être qu'on a trouvé cinq personnes, ou un peu plus, qui se sont mis en colère contre notre son. Mais on a été agréablement surpris par le bon accueil global du public et sa participation.

 D.I : D'autres groupes n'ont pas cette chance…
 N.R : Je sais, mais je ne pense jamais à ces histoires de "scène métal". Je ne pourrais rien faire si les réactions des fans étaient mauvaises. Et malheureusement on trouve encore de telles attitudes dans la scène métal. Donc je préfère ne pas y penser. Il n'y a rien que je puisse faire.

 D.I : Pourquoi as-tu coupé les ponts avec le métal après en avoir joué pendant tant d'années ?
 N.R : Je n'ai pas coupé les ponts avec la scène métal, je ne l'ai pas laissée derrière. J'ai quitté Entombed, c'est tout. J'avais joué avec Entombed pendant dix ans, et je pense que ça fait long. Bien sûr il y avait des choses qui ne me plaisaient pas. Les gens n'arrêtaient pas de nous comparer avec des groupes que je n'aimais pas…

 D.I : Par exemple…? Peut-être des trucs comme Grave ?
 N.R : Non, sûrement pas. Grave est un bon groupe, avec de bons musiciens. Je parle sur un plan strictement technique, de ces groupes "nu" (new) qui apparaissaient soudain et avec lesquels on nous comparait. Je ne me sentais pas à l'aise dans cette ambiance. J'ai toujours considéré Entombed comme un groupe de rock dans son essence, mais jouant du death metal. Nous composions beaucoup de morceaux de la même façon que Chuck Berry écrivait ses chansons. On avait toujours ça à l'esprit. Je sais que par ici ça peut faire bizarre que j'aie joué d'abord dans Entombed puis dans les Hellacopters, mais j'ai grandi en écoutant Kiss, les Ramones, les Sex Pistols. Et j'ai joué dans des groupes de punk avant d'être dans Entombed. Pour moi c'est naturel.

 D.I : Tu en gardes de bons souvenirs ?
 N.R : Oui, sans aucun doute. C'était une très bonne période de ma vie. J'ai des souvenirs merveilleux de cette époque.

 D.I :Tu es toujours en contact avec des membres du groupe ?
 N.R : Ouais. Le guitariste Alex Hellid a réalisé notre dernier clip, "Carry Me Home", et je suis aussi en contact avec les autres membres du groupe. Soit dit en passant, leur dernier album est plutôt bon.

 D.I : Pas encore eu l'occasion de l'écouter...
 N.R : Tu devrais. Il est vraiment bon.

 D.I : Tu ne crois pas que parfois les gens pourraient penser que tu as choisi les Hellacopters pour des raisons extra-musicales ?
 N.R : à quelles raisons penses-tu ?

 D.I : L'argent, peut-être...
 N.R : (Il s'énerve) L'argent ??? Rien à voir !

 D.I : Aujourd'hui par exemple, les clips des Hellacopters passent sur MTV, ce n'était pas le cas avec Entombed.
 N.R : Et comment aurais-je pu m'en douter ? Dis moi, aurais-je pu imaginer que mes clips passeraient sur MTV ? J'ai jamais pensé à ça. Je ne me suis pas vendu.

 D.I : Je n'ai pas dit ça. Mais tu sais qu'il y a des gens qui peuvent le penser, et c'est plus ou moins évident, puisque le son des Hellacopters est accessible à un public plus large… C'est plus courant d'entendre des chansons des Hellacopters à la radio ou à la télé que du Entombed…
 N.R : Mais c'est un son qui me plaît ! J'aime le son du groupe et ce que je joue avec les Hellacopters. Donc, je ne me suis pas vendu, il faut que les gens le comprennent. Quand nous avons commencé avec les 'Copters, j'étais considéré comme un crétin, parce que je gagnais plus d'argent avec Entombed qu'avec les Hellacopters. Mais nous avons grandi depuis....

 D.I : Et maintenant ?
 N.R : Ça a changé. Mais comment pouvais-je savoir que nous en arriverions là ? Ce n'était pas l'objectif de départ. Ce n'était pas planifié de venir au Brésil ou de passer sur MTV. C'est arrivé en prime et on en est bien content.

 D.I : Comment décrirais-tu le son des Hellacopters ?
 N.R : Il y en a qui disent que c'est du métal, mais je ne suis pas d'accord. Je crois que c'est plutôt un son seventies. On ne s'est pas délibérément dit "on va faire un groupe dans le style des années 70", mais il y a vraiment beaucoup de bonnes choses qui nous viennent des 70's. Et d'autres qui sont très mauvaises aussi... Mais nous aimons les Stooges, Kiss, Cheap Trick, les Ramones. Nous apprécions vraiment le son de cette décennie. C'est le son que nous aimons, et nous l'amenons à un autre niveau. Notre premier album est très différent du dernier. Pas le même son. A l'heure actuelle, By The Grace of God, c'est ce qu'on a envie de faire. Je n'ai pas la moindre idée du son qu'aura le prochain album. Peut-être qu'il ressemblera à du Toto ou à du Yes, j'sais pas. Je ne crois pas (il se marre), mais sait-on jamais ?

 D.I  : Tes morceaux préférés des Hellacopters ?
 N.R : Je trouve que "(Gonna Get Some Action) NOW!" sur le premier album est génial. Tout comme "Pride" du dernier.

 D.I : Vous avez une vaste discographie, pas vrai ? Des millions de disques sortis à travers la planète…
 N.R : (il rigole encore) Ce sont surtout des disques vinyle, des singles et EP's, en éditions très limitées. On en a fait quelque chose comme cinq cents ou mille exemplaires à chaque fois. C'est difficile de les dénicher tous. C'est pour ça qu'on a sorti la compil Cream Of The Crap qui reprend beaucoup de ces trucs. Il y a d'ailleurs un volume 2 qui va bientôt sortir.

 D.I : De la batterie d'Entombed à la guitare et au chant dans les Hellacopters, ça a été un changement brusque ou ça a pris du temps ?
 N.R : Je ne sais pas, je crois que ça s'est juste fait comme ça. Je suis batteur. Je joue de la batterie mieux que de la guitare. Bien mieux. Je crois que j'ai essayé de faire quelque chose de différent et voilà le résultat. Si quelqu'un me mettait un pistolet sur la tempe et me demandait de choisir, je prendrais la batterie. Mais personne ne le fera… euh, ne dites jamais "jamais" (rires), mais bon, mon choix serait la batterie, clairement. J'ai joué de la batterie avec les Hydromatics, et l'an prochain je serai batteur d'un autre groupe.

 D.I : Vraiment ? Et ce groupe a un nom ?
 N.R : Pas encore... Mais je peux te dire qu'on fera de la soul des années 60.

 D.I : Eh bien, tu aimes vraiment changer de style !
 N.R : Non, ce n'est pas une question de changement de style. En fait, je ne change pas. J'aime la musique, un point c'est tout. Rien d'autre, rien de plus.

 D.I : En tant que leader d'un groupe célèbre, et pas d'un groupe de death metal- avec des filles qui crient ton nom comme il y en a ici en ce moment-même, quel message voudrais-tu adresser à tes fans ?
 N.R : (rires) Ils crient mon nom ici au moins, c'est pas comme chez moi... Je voudrais dire aux fans des Hellacopters, tout comme aux fans d'Entombed, qu'il est important de ne pas s'enfermer dans son coin. La bonne musique sera toujours de la bonne musique, peu importe que ce soit du death metal, du blues ou de la disco. Y'a pas à tortiller, ce qui est bon est bon. N'accordez pas tant d'importance aux "styles" ou à des trucs de ce genre.

Thiago Pinto Corrêa Sarkis
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LARSEN
    Dans le cadre de notre série sur les labels indépendants, il était évidemment impossible de ne pas se pencher un jour ou l'autre sur le cas Larsen Rds, une solide petite structure (une quarantaine d'albums et à peu près autant de singles) qui fait partie du paysage rock français depuis, pffui... une éternité ! D'autant que Denis Oliveres, alias Benny Gordini ou The Slushy Ruin, le Larsen supremo, a également sorti une vingtaine de numéros de son Larsen 'zine et joue dans plusieurs groupes (dont les Slow Slushy Boys, 7000 albums et 10.000 45t vendus à travers le monde). Le moment nous a donc paru idéal pour faire le point : Denis vient de sortir, en duo avec son fils Axel, un album de rhythm'n'soul boogaloo-groove tout en finesse, rondeurs et feeling alors que vient de tomber un numéro hors-série de Larsen 'zine sous forme de guide qui rassemble quelques héros oubliés de la "musique noire qui fait grimper sur la table".
***
 Dig It ! : Quand as-tu attrapé le virus Rock ?
 Denis : Comme auditeur, en 1972. C'est un correspondant anglais qui m'a fait découvrir un single de Bowie, "Changes", tiré d'Hunky Dory. Mais avant ça, c'était surtout la radio -le pick up familial était exclusivement consacré à la musique classique et à Brassens- et mes meilleurs souvenirs d'enfance sont sans conteste Nino Ferrer et Henri Salvador. Je n'ai finalement pas vraiment évolué puisque ce sont toujours mes Français préférés, du rhythm'n'blues, de la dérision et de l'humour. Après le choc "Changes", tout a été très vite au collège. Au début des 70's on passait beaucoup de temps à écouter du rock et on était avide de tout, enfin de tout ce qu'on pouvait trouver au Prisunic d'Albertville : Stones, Beatles, Pink Floyd, Neil Young, Lou Reed, Huriah Heep, Deep Purple, Status Quo...

 D.I : Et tu te souviens du premier disque que t'as acheté ?
 D : Oui, c'était en 72, Are You Experienced de Jimi Hendrix. Je le réécoute régulièrement. C'est incroyable comme certaines chansons sont proches de ce que peut faire Mick Collins sur Ultraglide In Black !

 D.I : Remontons aux années 80 et à Cargo Culte... C'était ton premier groupe ?
 D : Non, le premier c'était en 1979, avec Michel (Vindicators, Preachers, Slow Slushy Boys, Stompin Harvey, Sweet Things). C'est lui qui m'a emmené acheter une basse et un ampli et m'a fait passer son virus. On a joué ensemble pendant deux ou trois ans, on reprenait Dutronc, Starshooter, Neil Young, Clash, le Velvet, on a fait juste quelques concerts. On a attendu vingt ans pour rejouer ensemble quand il a rejoint les Slow Slushy Boys fin 99. Ensuite jusqu'en 84, je jouais de la basse dans Point Limit Zero, un groupe new wave, genre Roxy/Simple Minds/Taxi Girl. C'est en 85 qu'on a monté Cargo Culte et que je me suis mis au chant. C'était toujours assez new wave, Jesus & Mary Chain, Echo & The Bunnymen -les mauvaises langues diront Cure !- et, côté américain, le Gun Club et Rem. On a sorti un premier single autoproduit en 85 "That's Your Life", puis en 87 on a signé avec un label de Barcelone, Marylin Records, et on a sorti un single et un mini-lp 5 titres.

 D.I : Ce disque a visiblement bénéficié d'une bonne distribution, on le voit encore de temps en temps dans les bacs d'occases d'Armadillo...
 D : C'est un peu loin tout ça, mais ce dont je suis sûr, c'est que c'était vraiment l'arnaque. On ne connaissait absolument rien de ce milieu et on était vraiment content -et surpris- qu'un label s'intéresse à nous. On a fait un premier voyage à Barcelone pour signer les contrats, l'aventure quoi ! Ensuite ça s'est gâté, on nous a emmené dans le pire studio possible, le Studio du Centre, à Bourges avec un soit disant producteur, Patrick Boissel, qui nous faisait enregistrer les instruments les uns après les autres et les voix phrase par phrase. Tu imagines la spontanéité et le groove de l'enregistrement... Il me reste quelques traces de répèt' avant studio et c'est mille fois meilleur, bien plus vivant. Après, ça a traîné des mois avant que ça sorte, avec des promesses de promo et de tournées jamais tenues... Mais enfin, pas de regrets à avoir, c'est en grande partie cette mauvaise expérience qui nous a poussés à monter notre propre label et à prendre en main nos enregistrements.

 D.I : Le "soi-disant producteur" Patrick Boissel, c'est celui qui dirige aujourd'hui Alive Rds en Californie ?
 D : Oui je crois...

 D.I : Il y a d'abord eu les Slow Slushy Boys, on en reparlera plus loin, puis le label, histoire de sortir le premier album du groupe... C'est bien dans cet ordre là ?
 D : C'est bien ça. Après l'expérience Marylin, le groupe a continué a évoluer vers quelque chose de plus rock'n'roll. On organisait pas mal de concerts à Chambéry, et les groupes qu'on faisait passer nous donnaient à chaque fois une leçon ! Les Batmen surtout, ou les Roadrunners et nos amis les Vindicators. En 89, on est allé au studio du Chalet à Bordeaux pour y enregistrer un album. C'est là qu'on a décidé de changer de nom : Cargo Culte se changeait en Slow Slushy Boys, mais après les forfaits de Closer et Stop It Baby Records, plus d'espoir pour nous de trouver un label qui nous plaisait. On a donc monté le nôtre. L'asso Larsen existait déjà depuis 86 puisqu'on organisait des concerts et qu'on sortait un mini-zine gratuit.

 D.I : Tu imaginais être toujours là dix-sept ans plus tard avec une quarantaine d'albums et autant de 45 tours à ton actif ?
 D : Vingt-trois ans plus tard en fait !!! Non, sûrement pas. Je ne pensais même pas sortir un deuxième album, en tout cas pas celui d'un autre groupe. Mais l'expérience avait été réussie, surtout en grande partie grâce à Christophe du Silence de la Rue qui commençait la distribution à ce moment là et qui a vraiment assuré pour notre album. Alors quand nos amis uginois du Flan System nous ont demandé si on voulait sortir leur disque, on s'est lancé. C'est là que le label a vraiment commencé dans ma tête. Après les premières années, ça a été la période albums CD de groupes amis et proches, avec des distributeurs qui changeaient tout le temps. La même histoire à chaque fois, un petit distributeur indépendant qui grossit rapidement et n'arrive plus à assurer un catalogue trop important. C'est incroyable comme les choses n'ont pas du tout changé, des potes à moi ont monté un label techno il y a une paire d'années et sont confrontés exactement au même problème.

 D.I : Larsen a permis de découvrir un nid de groupes de la région tout au long des 90's (Flan System, U. Vagrants, Slow Slushy Boys, Juanitos, Lolipopers, Teen Appeal, Grizzly Family, Mescaleros, Preachers, Godzillas, Stompin' Harvey, etc...). Il y en a d'autres là-bas aujourd'hui que tu aimerais faire connaître ?
 D : Non. Le seul qui m'éclate vraiment n'est pas un groupe mais un trio de cinglés qui font plus dans le happening que dans la musique ou les concerts, ils s'appellent You Fuck My Wife, genre mimes de solos de guitares en playback, soirées casting en live pour choisir un nouveau musicien, etc... Ils ont joué au dernier Chambé T Rock. Ils ne savaient même pas ce qu'était un retour !!! Ils font des parodies des groupes d'ici. Bref, on se marre d'un bout à l'autre de leurs performances. Mais bon, sur vinyle, je ne vois pas l'intérêt. J'ai pourtant bon espoir que de nouveaux groupes émergent à Chambéry dans les prochains mois, il y a quelques jeunes gens qui s'intéressent enfin à nouveau au rock et sont curieux d'entendre ce qui s'est fait avant eux, ils s'échangent des CD-R de Beefheart, des Stooges, du Velvet, des Gories, de Jon Spencer et même de soul et de rythm'n'blues... Ils n'aiment pas les Strokes et toute cette soit-disant "nouvelle vague rock" préfabriquée.

 D.I : Tu arrives à équilibrer les comptes ou tu vends ta maison pierre par pierre pour financer le label et le 'zine ? D'autant que tu sors pas mal de vinyle, ce qui doit plomber la facture...
 D : Pas de problèmes avec le label depuis que je ne fais plus que du vinyle et que je m'occupe de la distribution. Je fais beaucoup d'échanges avec l'étranger, je bosse avec les meilleurs disquaires indépendants français. Je ne passe plus par des distributeurs et ne fais pratiquement plus de dépôts-ventes. Ce qui plombe les finances, c'est le zine. Avec le port et le split EP, il nous coûte plus de 7 euros et on le vend 5,50 pièce. Mais bon, pour l'instant, on ne s'est pas décidé à augmenter le prix de vente, on ne sort qu'un numéro par an et on n'est pas là pour faire du profit !

 D.I : Tu n'as plus de problèmes de financement avec le label depuis que tu ne fais que du vinyle ? Je pensais que le vinyle coûtait plus cher à faire et se vendait moins... T'as un truc ?
 D : Je ne sais plus le prix du CD, mais pour le vinyle, la boîte de pressage tchèque (Gramofonove -nda-) reste encore assez économique et me fait du très bon boulot. Ça n'a pas toujours été le cas, il y a eu quelques erreurs... Voilà quelques chiffres pour comprendre : cinq cents 45t à la fabrication, ça revient à peu près à 700 euros. Quand je vends trois cents exemplaires à 2,50 (c'est le prix dépôt), ça fait déjà plus de 700 euros, c'est amorti. Pour un LP, les cinq cents copies me coûtent 1400 euros, les trois cents vendus (à 6 euros-dépôt) dépassent largement le prix d'achat. La plupart des sorties se vendent au moins à cinq cents exemplaires. Ça nous permet aussi de vendre les disques assez peu cher (l'album à 6 euros pour les magasins et 9 euros port compris en VPC), de filer des disques au groupe avec un peu d'argent. Peut-être que ça se vendrait plus en CD mais ça ne m'intéresse pas. D'ailleurs j'encourage les groupes à trouver un autre label pour sortir la version CD de leur album. C'est ce qui s'est passé avec les Montesas, Kek 66, The Waistcoats et les Slow Slushy Boys.

 D.I : Y a-t'il un label ou plusieurs que tu considères comme des modèles ?
 D : Au départ, Closer, le label du Havre, était vraiment un modèle, avec des superbes groupes français, les meilleurs qu'on ait eus, Fixed Up, Batmen, Kid Pharaon, et les étrangers, Barracudas, Dream Syndicate... Ensuite il y a eu Crypt et Norton. C'est incroyable l'immense boulot qu'ils ont fait, tant pour les rééditions que pour les groupes contemporains, c'est pas un secret pour les lecteurs de Dig It... et les autres le découvriront un jour ! Mon label préféré maintenant que ces deux-là ne sortent quasiment plus de groupes actuels, c'est Voodoo Rhythm, le label de Beatman.
 
 D.I : Les meilleures ventes du label ?
 D : On n'a jamais dépassé mille deux cents copies pour les Rapiers en 45t et les Slow Slushy Boys en albums (Pretty Monster et Boogaloo)
 
 D.I : Les pires ?
 D : Teen Appeal pour les albums, la production était vraiment ratée. Pour les 45 tours, Bees & B-Mice, trop décalés sans doute, mais c'est pour ça que j'aime ce qu'ils font. C'est aussi le rôle d'un label de sortir des disques que les gens n'apprécient pas à priori. Je suis vraiment content d'avoir sorti leurs deux 45t. Mick Collins a d'ailleurs plus qu'apprécié, ce qui est pour moi un gage de qualité ! Il doit me rester deux cents copies de chaque, mais ils sont là, bien au chaud, et leur musique ne va pas vieillir de sitôt.

 D.I : L'évolution du tirage moyen ?
 D : Le tirage habituel c'est cinq cents copies et je m'y tiens, sauf si les cinq cents partent à toute vitesse. Ce n'est pas une histoire de "collectors", c'est juste que je ne peux pas assurer la distribution d'un catalogue important. Le mieux pour moi est de passer à un autre disque quand le précédent est vendu. Je préfère sortir des nouveautés. Un tirage de cinq cents copies me semble être la quantité que je suis capable de distribuer tout seul.

 D.I : Le disque que t'aurais aimé sortir mais... ?
 D : J'ai un jour branché un gars qui connaissait King Coleman à Miami pour sortir une compilation, bien avant que j'apprenne que Norton le fasse, mais c'était trop compliqué. Je ne comprends absolument rien à toutes ces histoires de droits (d'éditions -nda-). Mais bon, pas de regrets, le principal, c'est que le disque existe et qu'on puisse le faire tourner sur nos platines !

 D.I : Les trois disques Larsen dont tu es le plus fier ?
 D : Le single de Mucus 2, un des meilleurs groupes de ces dernières années pour moi, capable de mêler le meilleur du punk, du blues et de la soul ! Un groupe "moderne" avec pourtant une vraie culture musicale ! En plus, ils avaient réussi le pari quasi-impossible de faire bien sonner la langue française avec "Je N'Suis Pas Désolé". J'étais vraiment excité et fier de sortir ça. En second, le Tribute To Arthur Alexander évidemment, puisque y sont réunis presque tous mes groupes favoris du moment et un de mes chanteurs préférés qui est aussi un des plus grands faiseurs de chansons de tous les temps. Pour le troisième, ça dépend des jours.... Aujourd'hui ce sera le second single des B-Mice, le disque le plus décalé du catalogue.

 D.I : Un groupe avec lequel tu ne travaillerais plus ?
 D : Hormis avec Teen Appeal, où tout le monde était déçu, côté label comme côté groupe et où on s'est bien pris la tête, ça s'est toujours bien passé. Avec la majeure partie des groupes qui viennent sur Larsen, on s'est rencontré avant, je les ai vus sur scène, et en général ils connaissent ce que j'ai déjà sorti. Ils n'ont pas de plan de carrière, donc ca se passe toujours de la manière la plus cool possible. Le seul avec qui je m'étais promis de plus rien faire, c'est Juan des Juanitos, mais bon, c'était il y a déjà longtemps et beaucoup de mousse a coulé sous les ponts depuis...

 D.I : Il y a des critères de sélection pour les groupes que tu "signes" ?
 D : Qu'ils ne se prennent pas pour des futures stars et qu'ils fassent de la musique avec sincérité. Côté style, je sais qu'on est étiqueté "garage et sixties", mais je ne pense pas que ce soit suffisant. Je crois plutôt que le label représente bien ce que j'aime, surtout depuis que je ne fais que du vinyle : garage, punk, english beat, trash blues, rhythm'n'blues... Manque un peu de soul et de ska, mais ça vient avec notre nouveau label B-Soul... Et puis j'aime bien connaître les gens avant et sentir un peu comment ils sont, comme ça a été le cas très souvent, que ce soit avec les Rapiers, Dr Explosion, les Thanes ou les Hentchmen par exemple...

 D.I : C'est quoi l'idée derrière ton nouveau label B-Soul Rds ?
 D : Renouer avec la tradition R'n'B et Soul, sortir des singles -c'est pour moi le meilleur format pour la musique de danse- avec toujours la même pochette (genre jukebox -nda-). Côté musique, je voudrais que ce soient vraiment des hommages à la musique black, qu'il s'agisse de doo wop, de funk ou de rock steady, pourvu que ça ait une âme. J'espère avoir bientôt les Boogaloo Investigators, les Diplomats of Sound et Pama International. On devrait aussi enregistrer deux titres avec les Slow.

 D.I : "B"-Soul comme dans "B"-Movie ?
 D : EXACTEMENT !!!

 D.I : à quoi ressemble un contrat type, s'il y en a un, chez Larsen ?
 D : Il n'y en a pas. Un groupe qui veut un contrat ira le chercher ailleurs et je ne lui en voudrai pas, j'espère avoir d'autres relations avec les groupes qui viennent sur Larsen. On ne signe rien. Je propose au groupes 10% des disques et un peu de cash pour aider à l'enregistrement, suivant l'état des finances.

 D.I : Tu as dis un jour que les Swingin' Neckbreakers étaient l'exemple même de ce que tu détestais chez un groupe. Leur côté "grosses têtes" sans doute ?
 D : C'est bien ça. Les deux dernières fois que je les ai vus sur scène -plus une autre fois où j'étais absent mais c'est confirmé par mes meilleurs potes- le chanteur était infect avec le public, prétentieux, et leur musique tournait même au lourdaud ! Cela dit, leur premier LP et le premier concert que j'ai vu, ça a été la grande claque !!! C'est peut-être aussi pour ça que je suis dur avec eux...

 D.I : Derniers disques achetés ?
 D : J'ai surtout passé ces derniers mois à compléter ma  discothèque de singles R'n'B, boogaloo et soul des sixties. Le dernier reçu est une tuerie de Betty Harris, "There's A Break In The Road", écrit et produit par Allen Toussaint et accompagné par les Meters. Côté groupes actuels les trois derniers qui squattent ma platine sont les 45t des Nederbietels sur Tear It Up et des Flakes sur Hate Rds, et un fantastique album funky soul d'une New Yorkaise, Sharon Jones (Dap Dippin with...).
 
 D.I : Tes groupes favoris de tous les temps ?
 D : Rex Garvin & the Crawlers, le Velvet, les Remains, les Gories, Nathaniel Mayer, les Maytals, Ken Boothe, les Milkshakes, les Five Du-Tones, King Coleman, les Contours, les Lyres, les Sonics, The Fall, les Outsiders et les Monks. J'en oublie sûrement...

 D.I : Et ces jours-ci ?
 D : Les Boogaloo Investigators de Glasgow (un de leurs deux singles a été choisi par Puma pour une pub télé !), ils ont sorti deux singles et une superbe démo. Et aussi un groupe ska londonien, Pama International (excellent single sur le label de Maz !). J'écoute aussi le dernier album des Dirtbombs et j'attends fébrilement le prochain. Et côté sixties, je viens de découvrir Pigmeat Markham, un acteur comique black né dans les années 10 qui a sorti trois singles funky incroyables sur Checker à la fin des années soixante .
 
 D.I : Tu joues dans combien de groupes aujourd'hui ?
 D : Je joue de la guitare avec Stompin Harvey & the Fast Wreckers. On (St. Harvey) joue aussi derrière les Godzillas dans The Sweet Things. Et il y a donc bien sûr les Slow Slushy Boys quand Tello est par là. Enfin on a monté un duo studio avec Teen Axel, ça s'appelle Benny Gordini with The Teen Axel Soul Arkestra.

 D.I : Prochaines sorties Larsen ?
 D : Un single de reprises de Gainsbourg par les Come Ons. C'est Deanne qui a proposé ça à mon pote Yannick de Wiped Out, et comme ça collait complètement au concept des singles French Connection de Larsen, il m'a refilé le bébé. Et donc l'album de Benny Gordini With The Teen Axel Soul Arkestra. On a enregistré treize titres dans notre studio avec notre chef du son, Djan. Axel a enregistré tous les instruments, batterie, basse, guitare, orgue et aussi du piano, du vibraphone et des percus. Je me suis contenté de faire les voix... Faut bien faire bosser les jeunes.
 
 D.I : La musique est visiblement une histoire de famille chez vous ?
 D : Oui, Teen Axel est mon fiston, et ma chère et tendre épouse joue dans les Godzillas. Pour le reste de la bande Larsen/Wiped Out, on est vraiment proches et souvent fourrés ensemble. Mais je crois que vous connaissez ça aussi à Dig It...

 D.I : Comment se passe le travail père & fils ?
 D : Rapidement ! Avec Axel il faut que ça dépote ! De son côté il a fait trois chansons, dont deux instrus, qu'il a enregistrées jusqu'au bout sans qu'on intervienne. Pour les miennes, on bosse d'abord à la maison avec le piano et on parle des arrangements ensemble. Avant  d'enregistrer, on a fait deux ou trois répétitions batterie/voix, surtout pour les tempos. Ensuite au studio, il n'y a que lui qui bosse, jusqu'aux voix. L'idée c'était aussi qu'il prenne davantage les choses en main au mixage. Avec le groupe (SSB), c'est différent, on fait ça tous ensemble. Là à deux, ça va bien plus vite, même pas besoin de concessions, on a la même idée de la musique qu'on veut faire ensemble.

 D.I : C'est toi qui as fait son "éducation musicale" je suppose ?
 D : Il y a toujours de la musique à la maison, les Lyres, le Velvet et les Creeps sont ses plus anciens souvenirs, mais on ne peut pas dire que ce soit moi qui l'aie éduqué. Les premiers trucs qui l'ont emballé, c'est les musiques de films et de séries sixties, pas des truc que j'écoute beaucoup. Les amis qui passent ici ont tous des choses à nous faire écouter et à découvrir. C'est comme ça qu'il s'est mis au funk, avec Fab des B-Mice, ou au reggae avec Tello. C'est maintenant lui qui me fait découvrir des génies du rock steady comme Stranger Cole ou des trucs de Beefheart que je ne connaissais pas.

 D.I  : Il ne passe pas trop pour un Martien parmi ses potes de classe ?
 D : Ouais, il doit sûrement passer pour un Martien... comme tout ceux qui ne sont pas dans un moule préfabriqué. Mais finalement, ils sont tout de même un petit nombre à être d'une autre planète et ils se sont trouvés semble-t-il. Axel écoute pas mal de choses différentes et il a monté un groupe avec deux potes, plutôt rhythm'n'punk, il y joue de la batterie et pour le peu que j'ai entendu c'est assez prometteur mais il manque encore un chanteur.

 D.I : Vous organisez toujours des concerts ?
 D : Depuis 86, on demande une salle adaptée aux petits concerts ici, et ca n'a jamais été fait. Enfin, la mairie vient d'ouvrir une petite salle, super bien adaptée, avec sono, mais bon, interdite d'alcool et clopes... Inutile d'en rajouter. On joue de temps en temps dans un bar sympa, mais pas moyen d'y faire jouer des groupes d'ailleurs parce qu'il ne paye pas. On fait toujours notre festival début juillet, le Chambé T Rock, mais l'ambiance kermesse commence à me fatiguer. Chambéry n'a d'ailleurs jamais été une ville à concerts, c'est un truc qu'on n'a pas réussi. Ça s'est toujours davantage passé à Ugine.

 D.I : C'est quoi exactement le Chambé T Rock ?
 D : C'est le festival rock annuel de Chambéry. Pas du tout le genre grosse organisation, c'est gratuit, en plein air et ça attire en général plein de monde, de tous âges. Ça a commencé à la fin des années 80, on aidait juste, puis on l'a organisé seuls à partir de 91 je crois. Ça fait donc pas mal d'éditions... Les plus mémorables pour moi furent celles avec Beat Man, avec Mucus 2, avec les Thanes et celui avec les Kartoons/Imposibles/ Waistcoats. J'y fais jouer pas mal de groupes qui sont sortis sur le label ou dont on parle dans le fanzine. C'est la mairie  qui finance ça à hauteur de 15000 F qui servent à payer les groupes, la bouffe, les affiches, etc... C'est donc vraiment un petit budget, mais bon, les groupes sont en général contents de venir ! C'est bien de pouvoir faire passer les groupes qu'on a envie de voir sur scène, mais les conditions ne me plaisent pas trop, j'ai de plus en plus horreur des grandes scènes, des éclairages et surtout de ces sonos pourries !

 D.I : Il y a forcément moins de concerts dans la région depuis que le mythique Perroquet d'Ugine est fermé...
 D : Lou, un sax du Flan System a repris un bar à Ugine. L'ambiance est toujours la même, on y joue aussi de temps en temps, mais c'est minuscule et il ne veut pas en organiser régulièrement. Il y a aussi une asso, Les Bunkers, qui organise des concerts à Ugine, punk, ska-punk, et punk hardcore. Il y a encore et toujours un public pour ça à Ugine. Ils ont fait plus de six cents entrées et ont refusé plein de monde pour les Wampas la semaine dernière. Mais il n'y a malheureusement plus de concerts réguliers comme au temps du Perroquet.

 D.I : Il y a de solides relations entre Wiped Out Records et Larsen non ?
 D : Yannick et Stompin Harvey' ont monté le label pour sortir un 45 tours des Maybes. Ils étaient déjà des nôtres depuis quelques années, et on a tout de suite fonctionné ensemble pour le zine, les envois promos, les collages de pochettes et toutes les "basses besognes". On ne fait donc aucune différence entre les deux labels. La seule qu'il y ait réellement, c'est qu'ils choisissent ce qui sort sur Wiped Out et moi sur Larsen. Yannick est un grand fan de girl groups actuels et de la scène de Détroit. Et plus encore que moi, il privilégie les rapports humains entre les groupes et le label avant tout.

LE 'ZINE

 D.I : Depuis combien de temps existe le Larsen 'zine ?
 D : J'avais commencé un 'zine de quatre pages photocopiées au début de l'asso Larsen en 86. On annonçait les concerts du coin avec quelques chroniques de disques et de 'zines. Puis il s'est épaissi au fil des ans jusqu'à atteindre une trentaine de pages. La photocopie commençait à avoir ses limites et il fallait passer à l'imprimerie. C'était en 91 ou 92, on a pris deux objecteurs dans l'asso, des graphistes, leur boîte s'appelle Le 188 et ces derniers temps ils font pas mal de pochettes techno pour les labels Rodeo Gay et Good Life, la pochette de Pretty Monster c'était l'un d'eux, Pierre Jean, également batteur des SSB le temps de quelques concerts. C'est grâce à eux qu'on s'est lancé dans un tel boulot. Avant ça, je ne connaissais  rien à l'informatique.

 D.I : Le côté "luxueux", couv' couleurs épaisses et glacées, c'est un truc auquel tu tenais d'entrée ?
 D : Pas vraiment d'entrée puisqu'on a donc fait quelques années de photocopies, mais quand il a fallu changer, j'avais envie de faire un truc du genre Combo (la référence pour moi, avec Nineteen !) qui était lui aussi assez luxueux. La seule idée originale que j'ai eue c'est de faire un format CD plutot qu'un format livre de poche.
 
 D.I : On trouve de "grands noms" sur les CD's ou EP's offerts avec Larsen (Lyres, Milkshakes, Woggles, Fleshtones, etc...), y'a dû y avoir des deals mémorables non ? Comment ça c'est passé avec les Lyres par exemple ?
 D : Ils ont dormi chez moi quand on les a fait jouer à Chambéry. Et quand Monoman a vu les numéros de Larsen qui étaient déjà sortis (c'était le format CD avec un mini CD en prime) il a tout de suite demandé s'il pouvait être dans le prochain. Il est allé illico chercher une cassette dans le van et me l'a tendue. Je peux te dire que je n'étais pas sûr du tout d'avoir bien compris, vu mon anglais, et que je ne pouvais pas y croire jusqu'à ce qu'on écoute cette cassette avec leur chanson "Baby It's You"... Quelques semaines plus tard, Childish me donnait le feu vert pour utiliser un des premiers titres des Milkshakes. Je me retrouvais avec mes deux groupes favoris sur le même mini-CD. T'imagines le bonheur !

 D.I : Comment ça se passe avec ces groupes en général, tu leur demandes un morceau et ça marche ?
 D : En général, ils disent tous oui après avoir vu le 'zine. Ensuite le plus dur c'est d'avoir les morceaux, j'attends souvent longtemps, certains ne sont même jamais arrivés comme celui que les Swingin' Neckbreakers m'avaient proposé. Pour le label, ça arrive aussi, Childish m'a contacté par deux fois pour un single et ça ne s'est jamais fait. J'attends aussi des bandes des Rapiers depuis longtemps, et c'est pareil pour un single en français avec les Dirtbombs... Mais bon, je sais que c'est comme ça, j'attends patiemment. Si ça se fait tant mieux. Pour les Fleshtones, ça a été long mais ils ont vraiment assuré. Le premier titre qu'ils m'avaient envoyé ne leur plaisait pas et ils sont retournés en studio en enregistrer un autre. Comme avec les Woggles, on parle depuis un moment avec Manfred d'un album ensemble et ça se fera bien un jour.

 D.I : Tu dois crouler sous les sollicitations...
 D : Hé bien pas trop, étonnamment, contrairement au label ou au festival pour lesquels je reçois des tas de disques et démos de groupes français.

 D.I : Pourquoi ce changement de format il y a quelques années ?
 D : Comme pour le label, j'en avais marre de sortir du CD, et puis dans le fanzine on n'arrêtait pas de clamer haut et fort qu'il fallait acheter du vinyle. Le passage a été naturel, surtout que la couverture allait être plus classe en format 45t (The Next Big Thing, le zine écossais, le faisait déjà).

 D.I : L'équipe a l'air réduite ? Tu t'occupes de toute l'organisation...
 D : Après les deux premiers objecteurs avec qui on a commencé, on en a eu d'autres, et pas des moindres, Tello (Bees & Bmice, Slow Slushy Boys... ), Stompin Harvey himself et Fab (Preachers, Bees & Bmice...). Après ça il a bien fallu que je me mette à la mise en page. Je ne suis pas un as en informatique et j'ai pas mal d'autres choses à faire (le boulot, le label, les groupes, la VPC) donc ça n'avance pas vite. Et puis il faut du temps pour réunir tous les articles. Du coup j'arrive à peine à sortir un numéro par an. Enfin cette année, avec le numéro spécial B-Soul, ça va faire deux numéros !

 D.I : Tirage moyen ?
 D : C'est toujours 750/800 exemplaires.

 D.I : Combien d'abonnés ?
 D : De moins en moins. On ne sort pas le 'zine assez régulièrement... On était à trois cents il y a quelques années, maintenant c'est cent cinquante. Mais bon, le 'zine se vend autant. Les huit cents copies partent quand même.

 D.I : Il y a assez peu d'articles longs. C'est un choix ?
 D : Non, il n'y a que des fainéants dans l'équipe de rédaction !!! Le peu d'articles longs parus, je les ai passés en plusieurs fois...

 D.I : Le nombre de pages des derniers numéros (ceux au nouveau format) oscille entre 88  et 108, c'est selon l'inspiration et le nombre d'articles proposés par les différents contributeurs ?
 D : 108 pages c'était une grave erreur. Le nombre de pages ne doit pas excéder 100 à cause du poids et du timbrage. Il faut pas que ça dépasse 250 g avec le split EP. Sinon, ça coûte le double en frais de port. A cause de ça, je dois moduler, la plupart du temps avec le nombre de chroniques de disques.

 D.I : Les couvertures sont faites par une personne différente à chaque fois ?
 D : Pierre-Jean a dû en faire trois. C'est lui qui s'est occupé longtemps de réunir tout ce qui était graphisme et BD pour le fanzine. Pour les autres on change à chaque fois. La dernière avec les Cramps a été faite par Cyril le chanteur des Torso Twisters et pour la prochaine, c'est Marcel Bontempi des Montesas qui s'y colle.

 D.I : On l'a vu plus haut, tu perds donc 1,50 euros par numéro. Peut-on dire que tu entretiens Larsen 'zine comme d'autres entretenaient jadis des danseuses ? Pour le plaisir... Ça sonne éminemment sympathique.
 D : Oui tant qu'on aura envie de parler de groupes actuels on continuera, et c'est vraiment grâce au 'zine plus qu'au label que les gens nous connaissent un peu partout ; mais jusqu'à quel point peut-on perdre de l'argent ? Il ne faut pas que ça empêche le label de sortir des disques. C'est pour ça que pour nous donner un peu d'air, il n'y a que les abonnés qui auront un 45t offert avec le nouveau numéro spécial B-Soul, histoire d'économiser un peu et de nous permettre de repartir normalement avec le n°21 (les Booboos, Swine Fever et Delta Bombs sont déjà prévus pour le split EP).

 D.I : Meilleur souvenir d'interviews ?
 D : Celle que Cédric, le spécialiste 50's de Larsen, a fait avec les Gories quand ils ont joué ici, dans un petit bar de campagne. C'est aussi un de mes meilleurs souvenirs de concert d'ailleurs !

 D.I : Le pire ?
 D : Celle au Perroquet avec Chris Wilson ! Pas à cause de lui, mais des Vindicators qui étaient alors dans leur période "pétards à mèche" et qui nous l'ont mis en colère et rendu à moitié sourd !

 D.I : Le dernier numéro est donc un hors-série consacré à la "B-Soul", une sorte d'encyclopédie du genre basée entr'autres sur ta discothèque perso... C'est un beau pavé. Tu dois y travailler depuis un moment ?
 D : L'idée est venue de la frustration que je ressentais avec toutes les compil soul, rhythm'n'blues ou funk de ma discothèque. On n'y trouvait jamais aucune info sur les groupes ou les morceaux. Même Crypt qui fait un super boulot pour ses compil garage punk ne donne jamais aucune info sur ses albums soul boogaloo. Bref, j'ai commencé à faire des recherches pour moi, sur mes compil puis sur les singles que j'achetais. En même temps, j'ai commencé à mettre sur ordi mes 45t préférés et à compiler ça sur CD-R avec douze titres à chaque fois et des infos sur chaque morceau. Vingt-cinq volumes (trois cents chansons) sont déjà sur CD. L'idée aurait pu être de sortir ça en vinyle comme beaucoup le font, mais j'avais pas envie de tomber dans le plan pirate ou de courir après les ayants droit. J'ai finalement opté pour une diffusion plus réduite et gratuite. Il suffit de m'envoyer des CD-R que je grave. Pour revenir au guide B-Soul, j'ai donc répertorié mes quatre cents singles, avec label, année, compositeurs et petit historique. Pour une vingtaine de groupes et chanteurs, j'ai fait un article complet avec discographie (certaines d'ailleurs étaient déjà parues dans des Larsen et ont été complétées). J'espère que ca pourra étre utile aux amateurs. a ce propos, dis à Lo Spider qui recherchait la discographie de Rex Garvin dans le dernier Dig It ! (l'interview de Martin Savage) qu'il la trouvera dans le guide B-Soul...

 D.I : C'est fait, merci pour lui ! Il doit y avoir des disques partout chez toi ?
 D : Oui, d'autant que je n'aime pas trop vendre mes disques, même ceux que je n'écoute plus. J'en ai vendus quelques-uns et je l'ai toujours regretté à un moment ou un autre. Enfin, c'est pas pareil pour les CD, je n'en garde pratiquement aucun. Même les promos que je reçois... Si le disque me plaît je l'achète en vinyle s'il existe, ou alors je le grave.

 D.I : Ton avis sur la "presse rock" du pays, mags et fanzines confondus ?
 D : Je n'achète pas la presse rock mais je reçois pratiquement toute la panoplie Freeway, Rocksound, Punk Rock, X-Rock... La quête du journaliste, c'est d'être à l'écoute des nouveautés, mais en même temps de continuer à faire découvrir le passé. C'est ça qui va aider un lecteur à apprécier pleinement un disque ou un groupe. Ce n'est malheureusement jamais le cas. C'est hallucinant ce que tu peux lire dans les magazines nationaux, comme cette chronique du nouvel album des Dirtbombs où le Grateful Dead est cité comme une référence en matière de pop... D'un autre côté, il y a les plus anciens qui continuent de faire semblant de croire que Bowie et Jagger ont encore des choses à dire et à chanter. Et tous de continuer, chacun dans leur créneau, à tout faire pour vendre du papier et engraisser les grosses maisons de disques. La grande différence avec le fanzine, c'est cette relation à l'argent et au profit. C'est pour ça que j'appelle tout ceux qui s'intéressent au rock, au garage, au punk à boycotter cette presse et à se jeter sur Dig It !

 D.I : Merci, je te paye un coup au Fantomas quand tu veux.... Est-ce que le fameux supposé "retour du rock'n'roll" a eu un quelconque impact sur les prod Larsen ?
 D : Je ne suis pas très sûr de savoir de quoi tu parles. S'il s'agit de ces nouveaux groupes qui vendent des millions de disques, on peut dire qu'ils ne m'ont pas aidé à vendre un seul album de plus. Concernant les White Stripes, espèce de symbole de ce renouveau, j'ai vraiment aimé le premier album. Et Jack White avait déjà fait un mini-album avec les Hentchmen et un 45t avec Andre Williams. Eux sortent vraiment d'un milieu musical qui bouillonne depuis pas mal d'années (rappelez-vous les Gories) et ne sont pas arrivés là montés de toutes pièces. Mais pas vraiment de renouveau pour moi, juste un excellent concept duo minimaliste guitare/voix, un truc que j'aime depuis longtemps. Mais bon, dès le second, j'ai trouvé ça déjà moins intéressant. C'est toujours amusant de voir que ce genre de musique peut être monté en hype, mais à mon avis ils ont fait comme tant d'autres une grosse erreur en signant sur un gros label... Mais le pire c'est surtout les groupes qui sortent un peu partout, se réclamant de ça et même plagiant sans vergogne, comme les Yeah Yeah Yeahs. Pour l'autre groupe en vogue, les Strokes, c'est carrément le vide sidéral, mis à part le tube du premier album, il n'y a rien qui m'excite, du vent ! Enfin si tout ça permet à des groupes sincères et originaux de se former, et à quelques autres de s'intéresser à du rock plus underground, c'est super. Mais je crains qu'il y ait un gros tri à faire. Enfin, ne faisons pas la fine bouche, j'aime bien trois ou quatre titres de Radio 4, j'adore le maxi de LCD Sound System (Losing My Edge), et surtout un trio de Californie avec une incroyable batteuse chanteuse, The Numbers, je cherche en vain un album entendu chez un pote. C'est le genre de chose qu'il me plairait bien de sortir aussi.

SLOW SLUSHY BOYS

 D.I : Il y a eu une évolution permanente dans votre musique, du garage des débuts au R'n'B'n'Soul d'aujourd'hui en passant par de l'instrumental. Exercices de styles ? Progression logique ?
 D : L'évolution s'est faite tout seule, disons que notre musique a glissé de plus en plus vers les racines black du rock'nroll, et du coup vers la
soul. L'idée depuis le départ avec les Slow, c'était de jouer la musique qu'on aurait aimé entendre. Elle a donc évolué tout naturellement et tout doucement. Peut-être même qu'elle s'est plutôt précisée, laissant petit à petit de côté ce qu'on ne sentait plus trop, comme les tendances country du début ou les gimmicks garage ensuite. Mais au niveau style, il ne me semble pas qu'il y ait de grands écarts entre les différentes formations ou albums. Tu prends "Mrs X" sur le premier ou "Pretty Monster" sur le second, c'est déjà soul. Ou le dernier album fait avec The Blob et Dan Electro, 10 Fab Hits, c'est bel et bien le brouillon de ce qui allait suivre, avec du rhythm'n'blues, deux covers des Shirelles, des cuivres... Et sur Boogaloo, on a replongé dans le sixties pop avec "Smoking Cigarette", ce qu'on n'avait pas fait depuis des années. On ne s'est jamais laissé enfermer dans un carcan musical. L'idéal étant que ça groove, que ça soit mélodique et qu'il y ait de l'émotion.
 
 D.I : Il y a eu pas mal de line-up différents depuis les débuts ?
 D : Oui pas mal de départs, The Blob se consacre maintenant entièrement aux Juanitos et Dan Electro fait lui de l'excellente techno depuis
2000. Il a sorti deux maxis et prépare un album. C'est un des rares trucs dans ce style qui s'inspire largement de la soul, du gospel, enfin de toute la musique black, et donc un des rares que je peux écouter avec plaisir. Il y a eu d'autres changements mais celui-là est le seul qui se soit fait dans la douleur. Enfin, pour moi... J'ai mis quelques mois à m'en remettre et c'est Teen Axel qui m'a remis sur les rails et m'a redonné confiance en moi. On a bossé tous les deux mes nouveaux morceaux pour l'album Boogaloo, à la maison sur le piano, avant de recontacter Lester et de brancher Michel Fast Wrecker pour nous rejoindre. Tello lui, était fin prêt pour remettre ça et revenir de Londres pour jouer. C'est même lui qui a proposé de prendre la basse pour laisser l'orgue à Teen Axel.

 D.I : Ta formation préférée ?
 D : Sans hésiter, la formation actuelle, surtout en concert ! Le groupe est vraiment soudé musicalement. C'est d'ailleurs avec cette formation qu'on a réussi, pour l'album Boogaloo, à enregistrer enfin complètement live, même la voix. C'était un truc qu'on essayait de faire depuis des années. Liam Watson, qui pourtant enregistre quasiment toujours live, n'avait jamais vu ce principe poussé aussi loin. Ça reste mon album préféré.

 D.I : Combien d'albums, 10" et 7" à votre actif ?
 D : On a sorti sept albums, dont trois 30cm, deux 25cm, et deux CD. Le second CD est une compilation sortie aux USA qui couvre la période 1995-2001. C'est le seul album qui ne soit pas sorti sur Larsen. Mais ça ne veut pas dire que le prochain ne sera pas sur un autre label. J'ai des propositions en Espagne et aux Usa. Pour les 45t, en comptant les splits comme ceux avec les Kravin A's ou les Thanes, on en a fait dix-sept. C'est définitivement mon format préféré, en tout cas celui qui correspond le mieux à la musique qu'on fait. Mais les temps sont durs et le 45t se vend moins qu'il y a deux/trois ans, c'est plus facile d'équilibrer financièrement un album.

 D.I : Vous avez été édités dans combien de pays au total, tous formats confondus ?
 D : Pour les 45t, beaucoup en France, Italie et Espagne, mais aussi Allemagne et Autriche. Et comme je l'ai dit, les albums sont sortis chez nous, sauf la compil au Texas. Et avec les compilations, plus d'une trentaine, on peut ajouter le Canada et l'Australie.

 D.I : Tu as calculé le nombre de disques que vous avez ainsi vendus à travers le monde ?
 D : Ça fait à peu près sept mille albums et dix mille 45 tours.
 
 D.I : Et après ça tu n'as pas un peu l'impression d'avoir tout fait ?
 D : Je ne pense pas que j'arrêterai un jour. L'envie d'écrire des chansons, le plaisir de chanter de nouvelles covers avec mes potes, d'explorer des nouveaux terrains musicaux comme le rock steady ou la funk... il y a encore de quoi faire.

 D.I : La seule fois où vous êtes passés à Toulouse, c'était il y a presque quinze ans...
 D : Mémorable pour nous ! On y avait fait l'après-midi un set quasi acoustique au sous-sol d'Armadillo, je crois bien que c'est le seul qui y ait eu lieu. C'était en 91 je crois...

 D.I : Vous ne tournez pas beaucoup ou vous choisissez soigneusement vos dates ?
 D : On a passé quelques années à beaucoup tourner dans les 90's, occupant quasiment tous les week-ends et nos vacances, mais ça use... surtout celui qui s'occupe de trouver des dates. On l'a toujours fait nous-mêmes, un peu chacun à notre tour, et il faut dire que ça a toujours été dur pour
nous de jouer en France, pas assez punk, pas assez rock... Là depuis 2000, on attend simplement qu'on nous demande. Et puis les emplois du temps de chacun sont assez compliqués, avec des gosses, des boulots. Ce qui fait que depuis 2000 on ne joue quasiment qu'à l'étranger où on nous demande régulièrement pour des festivals, et chez nos potes à Ugine et Bourges.

 D.I : Quel effet ça t'as fait quand t'as remarqué que Slow Slushy Boys pouvait aussi s'écrire "SS Boys" !?!
 D : On a ri jaune, tu penses bien. On était pourtant assez fier de ce nom imprononçable, mais on n'avait pas pensé une seconde que les gens allaient trouver une solution pour contourner la difficulté.

 D.I : Tu flippes quand t'as pas un truc sur le feu ? Un disque où tu joues, ou d'autres que tu sors...
 D : Non parce que ça n'arrive jamais, il y en a toujours un en attente. Ce qui me fait flipper, c'est de ne jamais trouver du temps pour écrire de nouvelles chansons.

BENNY GORDINI & TEEN AXEL

 D.I : L'album de Benny Gordini with The Teen Axel Soul Arkestra (Ring-A-Dang Doo) m'évoque une sorte d'aboutissement du chemin parcouru par les SSB. Comme si Axel avait pigé le truc tout de suite, tu sais, genre "C'est ça que tu veux ? Ok pas de problèmes"...
 D : Il y a de ça ! Et en plus il le fait vite. Sa première longue expérience en studio, avec Liam au Toe Rag, lui a beaucoup appris. La plupart des
prises, il ne les a faites qu'une fois. Il ne s'attache pas aux petits détails comme de nombreux jeunes musiciens (et moins jeunes) mais à l'ensemble de la chanson. Plusieurs idées étaient au départ de ce projet d'album, d'abord Axel voulait enregistrer du piano acoustique depuis longtemps et on ne l'avait jamais fait. De mon côté j'avais envie de partager cette nouvelle expérience de studio avec lui. Faire un truc à deux, père et fils, dans lequel on s'éclate, c'est pas tous les jours. La troisième idée, c'était que contrairement aux enregistrements live habituels des Slow, on pouvait prendre plus de liberté, sortir du schéma batterie-basse-guitare-orgue, comme par exemple ne pas mettre de guitare sur un titre, sous-mixer la batterie sur un autre, mettre plus de percus, ou du vibraphone. Pour les chansons, tu as raison, ça pourrait être du SSB, on en reprend d'ailleurs deux ou trois sur scène.

 D.I : Quel est le message de "Inox City" ? Assez de grosses guitares, retour aux racines Blues et Soul ?
 D : Ugine (Inox City, capitale de l'acier inoxydable) est une ville unique par ici, avec une vraie culture punk depuis les mid-seventies, comme si elle n'était pas perdue au fond d'une vallée au milieu des Alpes. Il y a des concerts là-bas depuis trente ans et toujours un public punk. Et bien qu'on n'ait jamais été punk on a toujours été accueilli comme des frères là-bas. On joue régulièrement dans le bar de Lou, sax du Flan System, et c'est toujours une super fête où tout le monde danse. "Inox City" c'est surtout un hommage à ces potes qui savent toujours que la musique est juste affaire d'amusement, de danse et d'amitié...  Enfin pour les grosses guitares, je suis assez d'accord, mais ça dépend surtout de la musique qui est jouée avec... Un Marshall n'a jamais fait de mal à personne quand c'est joué avec classe. J'en ai surtout assez des ces groupes bourrins qui font du punk un style musical. Les Gories sont pour moi mille fois plus punk. Il y en a même qui refont des solos de guitare, c'est assommant. On croyait en être débarrassé et voilà que ça recommence.

 D.I : Un petit grain de folie à la Dirtbombs ne m'aurait toutefois pas effrayé, éruptions de grattes fuzz déglinguées, etc...
 D : Moi non plus. C'est pas dit que ça n'arrive pas un des ces quatre d'ailleurs. Mais bon on ne se force pas. Ça doit venir tout seul. Je préfère laisser venir les choses. La seule fois où on a tenté de forcer notre nature c'était pour l'album Pretty Monster, on a essayé d'être plus punk qu'on ne l'était et je n'aime pas trop le résultat... Mais Teen Ax progresse à la guitare et il écoute les Dirtbombs, Jon Spencer, Green Hornet et pas mal de vieux groupes punk. C'est bien possible que ca s'entende sur les prochains enregistrements...

 D.I : Pourquoi "Benny Gordini" ?
 D : "Benny" c'est mon surnom depuis mon arrivée à Chambéry en 79. C'est Djan, président de Larsen avec ses potes d'alors qui m'en avaient affublé. Depuis quelque temps déjà, Prof K's Burn, président du PET (Pogo Extra Torride, l'asso du Flan System qui organisait les concerts au Perroquet) y a rajouté "Gordy" (comme Berry Gordy, le boss de Motown -nda-). Benny Gordy, ça me faisait déjà bien marrer, mais c'est Pierre Jean qui a eu le dernier mot en le changeant en Benny Gordini. Je l'ai donc gardé tel quel pour notre duo avec Teen Axel. Et "Arkestra" c'est en hommage à Sun Râ dont on est fans tous les deux.

 D.I : Plutôt R8 ou R10 ?
 D : Plutot R12 ! Je ne suis pas du tout fan de voitures, ça ne m'intéresse pas, mais j'ai passé mon enfance à la campagne et là, les R8 Gordini, c'était vraiment le top ! Mais je serais plutôt R12, elle a une forme tout à fait originale, ne ressemble à rien d'autre... L'idée de la pochette, c'était d'ajouter un nouveau volume à ces séries de compilations sur Atlantic parues dans les seventies, avec tous ces tubes Soul et R'n'B des années soixante, Formidable R'n'B, Terrible R'n'B, sauf qu'on a mis une Gordini à la place d'une caisse américaine.

STOMPIN ' HARVEY & His Fast Wreckers

 D : C'est un trio (2 guitares/batterie) qu'on a commencé il y a déjà quelques années, vers fin 99, avec Harvey (Wiped Out Rds) et Michel (SSB, Preachers, Vindicators). Un groupe à géométrie variable, on chante tous les trois, Michel joue parfois de l'orgue, du banjo... On fait un mix de R'n'B à la Allen Toussaint, de cajun, de garage punk, de country déjantée. Michel en est le principal moteur puisqu'il nous amène souvent de nouveaux titres. On a d'ailleurs un plein carton de chansons à enregistrer. Un album est plus ou moins en prévision pour nos amis de Pau, La Torche et Jean-Noël. Pour l'instant, on vient de finir "Watermelon Man" pour un tribut au Gun Club.

THE SWEET THINGS
 
 D.I : D'autres disques en prévision ?
 D : D'autres disques on ne sait pas. Sans doute, si la formule Stompin' / Godzillas continue à nous amuser. Pour l'instant c'est vraiment cool à
faire. Il y a plein de gens de tous bords qui adorent nos concerts et ce mélange girl group et R'n'B de New Orleans. On va donc continuer à étoffer notre set puisqu'on nous demande en concert. On va aussi mettre en place un set avec juste Christine des Godzillas au chant, cette fois axé Country Teasers, DM Bob, Bassholes... Et puis sans doute un autre avec un pote, Carol. L'idée de Michel c'est les Stompin' qui jouent, avec plein de chanteurs qui se relaient, comme dans les sound systems. Encore un prétexte pour faire la fête !

 *Benny Gordini & The Teen Axel Soul Arkestra : The Ring-Dang-Doo. LP. Larsen Rds 2003
 *B-Soul Guide. Larsen 'zine hors-série.

Larsen Rdz : 116 Route du Crey, 73230
St Alban Leysse. <www.larsen.asso.fr>

Gildas Cospérec
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THE SAILORS
 

 On les a d’abord pris pour des branleurs marrants et obsédés. Logique, avec un premier album titré Violent Masturbation Blues, une tête de chimpanzé, clope au bec et calot de marin vissé sur le crâne en guise de logo, et des textes porno gay trash entre Turbonegro et GG Allin (“Je cogne ton cul avec le poing de ma bite...”, désolé pour les âmes sensibles). Le tout sur du garage punk R&B rugueux à la Oblivians, parsemé de country, d’un chant de marins et autres pochades éthyliques. Et déjà un goût pour les choeurs de castrats, les breaks batterie/vocaux, les lignes de guitare furieusement entremêlées, et les accalmies qui précèdent les déluges sonores. Un bon moment de rigolade en tout cas, mais pas forcément de quoi chambouler la scène de Melbourne.
    Hector (Daniel Dempster, batterie/vocaux), Viktor (Dave Archdall, guitare/ vocaux) et Vernon (guitare/ vocaux), devenus les pro-tégés de Rich, le bassiste des ONYAS et grand manitou du label Dropkick, prouvaient avec l’album suivant, Turn The Other Cheek, qu’ils tenaient bon la barre. Un tube d’entrée : “YCMA”, aux textes à faire rougir les Village People (voir encadré), puis une enfilade de perles R&B tendues, du groove bizarroïde, une adaptation crétine et poilante de la “Cucaracha”, un coup de country, et une novelty song épique pour conclure. Un joyeux bordel, pas seulement drôle, mais aussi intense et prenant. Un meilleur son et l’ajout de l’organiste Geronimo (Matt Heydon, ex-Cow Penalty) élargissaient leurs horizons.
 
   Le mini album Failure Depression Suicide déboulait dans la foulée comme une confirmation. Huit titres éclectiques et bario-lés : “Abattoir Blues”, sorte de croisement Velvet/Died Pretty, “Girls That Look like Boys They Are The Shit”, vibrant hommage groove à Moe Tucker et toutes les filles androgynes, “Good Karma’s Coming My Way”, un trip hypnotique et saisissant, “Slut For The Booze”, du bon vieux rock’n’roll débraillé à la Stones/Faces, ou encore une cover de “Pop Corn” ! Celui de Hot Butter en 72, l’année de gloire du synthétiseur Moog... Tu du du du du du du... L’archétype de la scie lénifiante et obsédante, magnifiée par un orgue sautillant, des harpèges délicats, des giclées de guitare, sur un beat limite électro. Wow ! De quoi les porter au pinacle ou les enterrer définitivement. Des malins finalement, des provocateurs qui aiment prendre des risques et créent un univers iconoclaste qui trouve sa cohérence dans l’ironie agressive des textes outrancièrement gays ou carrément trash. Gimmick ou militantisme débridé ? Des phénomènes en tout cas... Là-bas on les a surnommés “The Screaming Queens of Gigolo” !

     D’où nos mines réjouies en apprenant qu’ils débarquaient en ville au Ramier en compagnie des Bellrays et de nos héros locaux, le Jerry Spider Gang. En déboulant dans le dancing rétro qui se transforme à l’occasion en club rock, je croise Tony Fate des Bellrays. Il s’esclaffe devant les statues kitsh et l’énorme boule disco qui pend au plafond, d’autant qu’ils sont arrivés l’après-midi alors que le balloche battait son plein. Il se marre derechef quand je l’interroge sur les Sailors. “Hier soir, ils ont ouvert le concert avec “Pop Corn”, tu le crois ?!!”. Jostone, le fidèle driver et soundman des Californiens, attaque les réglages de la sono en envoyant du mambo à tout va. Visiblement le DJ du thé dansant de l’après-midi n’a pas viré son matos. Les Sailors descendent de leur van l’air hagard peu de temps après. Ils reprennent vie et s’agitent sur les exotiques chansonnettes que déverse la sono. Hector et Viktor se dévouent pour l’interview. On cherche un coin à l’abri des vociférations de Lisa Kekaula, la chanteuse des Bellrays, qui vient de démarrer la balance avec une belle détermination. Finalement, on se réfugie à l’extérieur, et on commence à évoquer la tournée en cours, leur première hors d’Australie.

 Hector : On a d’abord passé cinq semaines aux Etats-Unis, ensuite on a débarqué en Europe, une semaine en Espagne, une en Allemagne, aux Pays-Bas, et maintenant la France.

 D.I : Cinq semaines, c’était une grosse tournée US...
 Viktor : Ouais, vingt-sept shows... Pratiquement tous les soirs. Ça s’est super bien passé...
 H. : C’était bizarre parce que certains soirs on jouait devant vingt personnes et le lendemain devant deux cents. C’était pas très régulier. Mais même quand ils n’étaient que vingt, ils se donnaient à fond... L’hospitalité... On a rencontré des gens très généreux. Je pensais que ce serait plus dur.
 V. : Ouais, cette idée que là-bas quelqu’un trouverait toujours le moyen de nous arnaquer, c’est ce que je pensais en entendant des groupes plus gros que nous en parler. Mais à notre niveau, les gens ont été très généreux et incroyablement accueillants, et si heureux pour nous d’être dans leur pays. Ils nous l’ont montré de bien des façons.

CATS, NOT PUSSIES

 D.I : Votre première impression sur la vieille Europe ?
 H. : Bonne bouffe, des gens bien... Les filles sont horribles toutefois... Il n’y a pas de filles attirantes ici...

 D.I : Nulle part ???
 H. (hilare) : Non !
 
 D.I : Vous êtes sûrs que vous avez bien ouvert les yeux ?
 V. : Et je pense que tous les mecs en Europe sont des tantes. Il se dégage une force étrange ici...
 H. : Ne t’inquiète pas, on est du genre sarcastique. Non, tout va bien, tout le monde est accueillant, on s’occupe de nous. Un peu trop parfois, il faut faire gaffe...

 D.I : Ah bon, et ça se passe bien avec les Bellrays ?
 H. : On a joué cinq dates avec eux. C’est une chance de tourner avec les Bellrays, ils sont super et ça nous donne l’occasion de jouer dans des grandes salles devant pas mal de monde... On a un peu la trouille que les gens ne viennent que pour les voir.
 V. : J’ai surtout la trouille qu’on soit si bon que la prochaine fois ils soient obligés de faire notre première partie, et que ça les rende furieux. Ce sont de chouettes personnes, on n’a pas envie de les foutre en boule.
 H. : Pour l’instant c’est super, le public est super, ils achètent du merchandising et on a du fric pour se payer un petit déjeuner le matin, donc tout va bien.

 D.I : Comment est né le groupe ? On a lu que certains Sailors avaient joué avec des mecs de Rocket Science avant...
 V. : Oui, on a eu un groupe appelé The Martians avec Roman de Rocket Science pendant environ cinq ans à Melbourne. C’était un trio (un single, “We Three Assholes” et un CD - Dislocate My Hip sur Dr Jim’s/Shock en 96/97 -nda-). On a ensuite rencontré Vernon, on s’appelait les Creeps à l’époque (Hector et Viktor ont aussi sévi en duo sous le nom de Slaves Of The Avaricious ou The Romans -nda-). On jouait de temps en temps ensemble, et on écrivait les chansons les plus choquantes auxquelles on pouvait penser. Pour emmerder les gens. Et ça a eu l’effet opposé, tout le monde adorait. On a arrêté les Martians et on est devenu les Sailors.
 H. : On était arrivé au bout. On ne se voyait plus qu’aux concerts. Enfin Dave et moi, on traînait toujours ensemble, on est demi-frères donc on se voyait de toute façon. On ne s’est pas caché le fait que notre amitié n’était plus aussi forte avec Ramon. Ce n’était plus qu’une histoire de musique, de business presque. On a splitté, on a formé les Sailors et Ramon a fondé Rocket Science. Et bien sûr on a un incroyable succès, alors que Rocket Science lutte misérablement pour survivre.

 D.I : Sur le premier album vous aviez un line-up "deux guitares/batterie", tous les trois aux vocaux... Des influences black... On a tout de suite pensé aux Oblivians...
 V. : On ne les avait jamais vraiment écoutés à ce moment-là. Pareil pour Turbonegro. On n’en avait jamais entendu parler à l’époque du premier single. Les gens nous disaient tout le temps qu’on devait vachement écouter Turbonegro. Et on se disait c’est quoi ce groupe ? Quand on les a découverts on s’est dit merde ! C’était une totale coïncidence pour nous...

 D.I : Turbonegro, c’est plutôt pour les paroles...
 V. : Oui, oui, bien sûr. Quant aux Oblivians, on a été souvent comparés à eux, et pour nous c’est un compliment.
 H. : Sur la tournée, on a souvent vu sur les affiches des Sailors des références aux Oblivians, c’est un grand honneur pour nous. C’est un groupe sur lequel on est tous d’accord, incroyablement bon. On a eu la chance de les rencontrer sur la tournée aux States, on a fait la bringue avec eux, on a dormi chez Jack.
 V. : Je lui ai sifflé sa réserve de vodka.
 H. : Mais c’est tous des tantes...
 V. : Ouais, on s’est mis trois couches de sous-vêtements...
 H. : On avait un peu peur que Jack nous viole.

 D.I : Décidément, les “tantes” c’est une obsession !
 V. : Aah ? Non, non... Pas du tout...
 H. : D’où tires-tu une idée pareille ?
 V. : Je suis obsédé par la bière en vérité. Qu’est-ce qui t’obsède Hector ?
 H. : Beaucoup de choses. Trop pour toutes les mentionner. En premier lieu, probablement les chats. J’adore les chats.
 V. : Mais pas les chattes, mumh ?
 H. : Non, les chats.

 D.I : Vous aviez des influences précises au début ?
 H. : Non, on a joué et c’est ce qui est sorti. On écrit des morceaux tous les trois. Vernon et David en composent une grande partie mais j’en écris aussi quelques-uns. On arrive en répét’ avec nos chansons. Quand on picole ensemble tous les trois ou quand on fait la fête, il se passe toujours des choses marrantes, l’un de nous s’en rappelle et déboule avec un morceau la répétition d’après. Et on est là : “Hein ? Mais de quoi tu parles ?!” On ne se retrouve pas en répét’ en se disant qu’on doit écrire des nouveaux morceaux, et ensuite on s’assoit et on écrit. Ça ne se passe pas comme ça.
 V. : Et je pense que le truc le plus controversé concernant le groupe c'est notre sens de l’absurdité et de la folie, le fait de transcender les normes, de les inverser, et d’y parvenir par l’absurde et la folie... on essaie de faire ça. Et certains peuvent lire nos paroles au premier degré et dire qu'on est raciste, homophobe et sexiste. Mais si tu piges ce qui est derrière, tu réalises que c’est une tentative pour passer par dessus tout ça et démontrer combien ces concepts sont stupides, et combien ceux qui y adhèrent sont bornés. On s’amuse vraiment et je pense que ce que l’on fait est salutaire.
 H. : Et deux d’entre nous sont gays.

 D.I : Ça vous exonère au moins des accusations d’homophobie... Mais vous avez eu des problèmes à cause de vos paroles ?
 V. : Non, non pas vraiment. Les radios associatives à Melbourne ont été super. Ce sont des “organisations gauchistes”, tu vois... Beaucoup de gays et de lesbiennes sont fans, toute sorte de gens, beaucoup de filles viennent voir nos shows. Les seuls problèmes qu’on ait eus viennent des hommes homophobes, et ça n’arrive que rarement.
 H. : Et je n’ai pas envie que ces mecs-là achètent nos disques de toute façon.
 V. : Ils ne peuvent pas ! Il y a des photos de ces mecs dans les magasins de disques.
 
 D.I : Pardon ?
 V. : Il existe une grosse base de données sur les homophobes. Leurs photos apparaissent quand ils scannent le code barre des CDs et ils ne sont pas autorisés à les acheter... (Renseignements pris, il existe bien une base de données qui recense les agressions homophobes, apparemment nombreuses au pays de Crocodile Dundee, mais je doute que ses applications pratiques soient aussi spectaculaires ! -nda-)

 D.I : Et vos morceaux passent sur les radios nationales ?
 V. : Il y a un réseau national appelé ABC, l’équivalent de la BBC anglaise, qui dépend d’un département gouvernemental, et ils ont une sorte de chaîne pour les jeunes, Triple J... Un ou deux des DJ's aiment vraiment ce qu’on fait, ils bossent aussi à la radio, mais ils ne passent pas notre musique, leur boss ne le permettrait pas. Ils nous interviewent, ils parlent de nous mais...
 H. : Parfois ils passent un ou deux morceaux, les plus inoffensifs. On ne peut pas appeler ça de la censure, mais... ce serait bien qu’ils passent les plus trash, mais on ne peut pas y faire grand-chose. On ne changera pas pour autant. That’s Rock’n’Roll !
 V. : Les Martians n’ont jamais été aussi connus que les Sailors, on avait une petite notoriété mais... Quand on joue depuis si longtemps, c’est dur de retourner sa veste, on reste sur notre route. Pour moi c’est une question d’expression avant tout.
 

YCMA
YCMA 

I'm scared of pussy, 
And I'm scared of ass, 
But I got a solution, 
Your Cocks My Ass! 

I got a big boner, 
But I'm afraid of it, 
So why don't we use yours, 
In the place I shit! 

lyrics copyright D.Archdall/Sailors

 

 D.I : Vos trois disques sont sur Dropkick...
 V. : Oui, Rich est un vieil ami...
 D.I : Il nous a dit que vous étiez son groupe préféré du moment...
 V. : Il ne nous l’a pas dit à nous...
 H. : Il ne peut pas, il perdrait son “cool” !
 V. : Il sait qu’on deviendrait incontrôlable et qu’on l’utiliserait contre lui tout le temps !
 H. : Ah ouais, on est ton groupe préféré ? Fais tomber la thune alors !

 D.I : Les ONYAS jouent toujours ?
 V. : Oh, occasionnellement, très rarement...
 H. : Vraiment pas très souvent... Ils jouent tous dans d’autres groupes plus actifs. Rich a été malade et il a plus ou moins arrêté la musique ces derniers temps.
 V. : Il a ralenti sur la musique et il a décidé de consacrer plus de temps au label. Et c’est un sacré boulot. C’est très noble et honorable de sa part en tant que musicien de laisser ça de côté et de travailler pour notre groupe autant qu’il aurait pu le faire pour le sien. étant juste un musicien qui veut exprimer son propre truc, je me sens honoré qu’il ait fait ça.

 D.I : Votre son a évolué depuis le premier album, comment vous voyez ça ?
 V. : Oui, le sens de l’absurdité et de la folie dont on parlait tout à l’heure est toujours là. En choisissant de reprendre "Pop Corn" par exemple. On essaie de cultiver le même sens de l’humour... Pour ce qui est de l’évolution du son, c’est quelque chose que tu ne peux éviter...
 H. : Si tu joues souvent ensemble, et on joue beaucoup en Australie, tu deviens plus carré, tu améliores ta musique que tu le veuilles ou non. C’est comme ça, et c’est plutôt une bonne chose. Je ne veux pas sortir trois albums qui sonnent exactement pareil, ce serait gonflant pour nous.
 V. : Et on avait décidé de voir ce que ça donnerait de sortir un disque bien léché. Et le troisième, le mini-album Failure Depression Suicide est probablement aussi bien léché qu’on puisse l’être.
 H. : On veut probablement aller encore plus loin. Mais je suppose que ce sera encore différent. Mais ça n’a pas vraiment été une décision délibérée de faire des morceaux plus léchés si tu veux, ou différents. On arrive en répétition, j’ai écrit ce morceau, tu as écrit ce morceau, ouais cool, on va les jouer...
 V. : Pour le deuxième album, j’étais parti vivre à l’étranger, je suis revenu et on a commencé à enregistrer. C’était la première fois que je jouais “Russian Oil Tanker Blues”, c’était la première fois que je jouais “Secret Men’s Business”, c’était la première fois que les gars entendaient “Your Cocks My Ass”. On a juste mis le truc en place, et ces enregistrements c’est nous en train de découvrir les morceaux en essayant de se montrer les uns les autres comment les jouer. Quand l’enregistrement s’est achevé, j’ai regardé ça et je me suis dit c’est un paquet schizophrénique de chansons qui n’ont aucun sens global ni aucune sorte de relation, ça part dans tous les sens ! Et avec le séquençage, ça tient debout et ça raconte une histoire d’une certaine façon, je ne sais pas comment c’est arrivé, c’est de la chance je suppose ! C’est assez difficile à décrire.

 D.I : Vous enregistrez live en studio ?
 H. : Oui, et on rajoute les vocaux, et quelques solos par-ci par-là. On ne peut tout simplement pas enregistrer séparément. On enregistre toujours dans des petites pièces, on est proche les uns des autres.  Quand on est séparé, et qu’on ne voit pas les autres jouer, on n’y arrive pas, c’est trop dur...
V. : C’est aussi trop dur d’avoir du fun en répétant exactement la même partie de guitare...
H. : Ça ne paraît sans doute pas très professionnel, mais on est comme ça, on a toujours fait comme ça.

COP PORN

D.I : Pour en revenir à “Pop Corn”, c’est peut-être une manifestation de votre sens de l’absurde, mais vous en faites une version incroyable et, euh... intense...
V. : Ouais, quelque part on en a fait un morceau garage rock aussi. C’est plutôt étrange qu’une telle chose se soit passée...
H. : Oui, on essaie de toujours y mettre toutes nos tripes, c’est comme ça qu’on le sent, on est suffisamment passionnés pour ça. Particulièrement en concert... parce que tu ne peux pas être grandiose tous les soirs, quelqu’un peut être trop bourré, ou fatigué, ou ça ne tourne pas rond... Mais, c’est ma vie, tu vois, on joue comme si notre vie en dépendait chaque soir. Si je vais voir un groupe et que je paye pour ça, et que j’aime ce groupe, j’ai envie d’être impressionné, j’ai envie de me perdre dans la musique... J’espère qu’on produit cet effet pour certaines personnes dans le public.

D.I : C’était une idée de votre organiste cette reprise ?
V. : Non, c’était une idée de Vernon et moi. On était tous les deux obsédés séparément par cette chanson depuis très longtemps. Et quand Matt est arrivé -Géronimo, l’organiste- on pouvait lui demander n’importe quoi... Hey, ce morceau là... Il y réfléchissait deux minutes et il commençait à le jouer. C’était l’occasion de reprendre “Pop Corn”, j’aurais été incapable de jouer ça à la guitare. C’est un incroyable musicien, vraiment brillant.

D.I : Vous avez déjà entendu la version du groupe français Anarchic System ?
H. : Quelqu’un nous a montré le disque hier soir.
V. : Oui, quelqu’un m’a donné le 45 tours hier soir, je l’écouterai dès que je reviendrai en Australie.

D.I : La face B est une version chantée...
V. : Oui, y’a pas “ta bite dans mon cul” (en français dans le texte -nda-) ou quelque chose comme ça dans les paroles ?

 D.I : Euh... Je me souviens de quelque chose comme “J’ai du popcorn dans les oreilles” ! J’ai tellement écouté le disque quand j’étais petit que le vinyle s’est fendu en deux ! (Chacun ses perversions ! -nda-)
 H. : Wow ! Tu as dû être surpris en entendant notre version !
 
 D.I : J’ai ressenti une grande émotion...
 (hilarité genérale)

MELBOURNE BLUES

 D.I : Bon, vous avez eu quelques invités sur votre deuxième album... Spencer P. Jones notamment...
 V. : C’est vrai, on est tous de grands fans des Beasts Of Bourbon, et de ses trucs en solo. Depuis il a fait des shows incroyables avec tout un tas de différents line-ups. Dans son dernier groupe il a un quatuor de cuivres, et deux claviers, dont Geronimo. The Last Gap. On allait les voir religieusement. Il y a eu des changements de line-ups mais Matt a toujours été avec lui. Dès qu’on a enregistré on a fait passer une cassette à Spencer. Il a adoré le groupe et il était plus que ravi de venir nous aider. Que Spencer Jones veuille jouer avec nous, c’était un grand privilège, et pour rembourser notre dette, on lui a piqué son organiste !
 H. : Tu oublies toujours de mentionner que j’ai joué dans le groupe de Spencer P. Jones pendant deux mois...
 V. : Oh, désolé...
 H. : Oui, en fait Matt et Spencer venaient parfois jouer avec nous live. Puis ils ont enregistré avec nous. Et Matt a joué avec nous de plus en plus, et au lieu d’être une sorte de musicien de sessions, il a dit qu’il voulait être dans le groupe. Il a quitté le groupe de Spencer pour être dans les Sailors. Pas très malin en terme d’orientation de carrière !

 D.I : Comment est la vie à Melbourne ?
 H. : Melbourne est un peu la capitale musicale de l’Australie. C’est là que tout se passe, c’est une ville super, beaucoup de groupes, beaucoup de bons groupes, beaucoup de groupes merdiques...
 V. : Mais surtout beaucoup de groupes.
 H. : Beaucoup de groupes, tu peux sortir tous les soirs, et il y aura cinq concerts différents.

 D.I : Des jolies filles ? Pas trop de tantes ?
 H. : Ah, ah ! Y'en a, y'en a... Juste le chouette mélange, un bon équilibre.
 V. : Il y a suffisamment de gays pour qu’on ait beaucoup de filles à Melbourne, mais il n’y en a pas assez pour qu’on se sente à l’aise en se promenant dans les rues. Tu n’es pas toujours en sécurité.

 D.I : Des nouveaux groupes australiens à recommander ?
 V. : Il y a un DJ hardcore du nom de Tokada (?). Il est bon, il est marrant, il a un grand sens de l’humour, il mixe différents styles de musique.
 H. : Il travaille sur des remix de quelques morceaux à nous en ce moment.
 V. : Il est très contestataire avec un grand sens de l’humour absurde, il est vraiment drôle.
 H. : Il y a un groupe de filles, The Spazzies, vous en avez peut-être entendu parler, tout le monde essaie de les signer en ce moment. Des filles jeunes, un très bon groupe.
 V. : Tree Tops, ils jouent une sorte de pop à la Byrds, Big Star. Complètement différent de notre musique. De grands musiciens... C’est toujours pareil, si le groupe est bon, peu importe le style. Ils jouent dans un style qui d’habitude ne me branche pas trop, mais ils le font si bien... C’est si réel...
 H. : On ne manque jamais de bons groupes à voir...

FUCK NEW ROCK !

 D.I : Qu’est-ce que vous écoutez dans le van sur cette tournée ?
 V. : Notre van a été forcé à Amsterdam, on a perdu nos CD et le lecteur. Mais on écoute souvent le Velvet Underground, c’est agréable pour conduire... Les Beatles... On écoutait les Oblivians avant ce problème, de la musique country...
 H. : Parfois, la dernière chose que tu as envie de faire quand tu rentres dans le bus, c’est d’écouter du rock’n’roll. Tu préfères autre chose...
 V. : L’album des Reigning Sounds, il est fantastique, on est de grands fans...
 H. : Alors on discute, ou on dort...
 V. : Dans le van, tu es souvent si épuisé que c’est ta seule chance de dormir. C’est un joli tableau de nous voir dans un état d’épuisement total essayant de dormir.

 D.I : Et le “New Rock”, qu’est-ce que ça a donné en Australie ?
 V. : On a juste été ignoré, j’en ai rien à foutre, fuck it ! C’est juste une question de mode, les groupes ont des bonnes gueules, des kids avec des jolies fringues, il ne s’agit pas forcément de musique...
 H. : Il s’agit d’avoir un look cool. Mais si une major arrivait pour nous signer, on leur prendrait le pognon avant de s’enfuir.

 D.I : Il y a quelques bons groupes dans le lot...
 V. : Les White Stripes bien sûr...
 H. : En fait on a eu un day-off à Chicago, on a été invités à un concert des Kings Of Leon et j’ai bien aimé, c’était un bon show. Ils ne font que rejouer leurs disques, mais bon...
 V. : Et c’est bien que des groupes comme Turbonegro vendent beaucoup de disques, ils abattent des barrières et rendent notre job plus facile. Mais de façon générale, c’est juste une histoire de mode.

 D.I : Vous avez entendu la version de “Fuck The World” de Turbonegro sans les “fuck” du refrain ?
 H. : Oh, ils ont fait ça ? Pour la radio ? C’est un peu décevant... Remarque c’est probablement un gag, on ne sait jamais avec ces mecs-là. Mais je suis sûr que si quelqu’un nous offrait suffisamment d’argent, on se vendrait sur le champ...
 V. : On ferait ça ?
 
 D.I : Il n’y aura plus beaucoup de vocaux dans vos morceaux si vous supprimez tous les gros mots !
 H. : Yeah ! Ce ne serait pas très excitant !

 D.I : Qu’est-ce que vous faites d’autre à part la musique ?
 V. : Je parle le chinois. Je lis, j’écris et je parle chinois. J’ai habité à Taïwan, je ne m’en sortais pas trop bien, j’étais trop occupé à picoler...
 H. : Je peins, mais j’ai du mal à trouver le temps pour ça. Je suis aussi dans une troupe de breakdance. On ne tourne que de temps en temps, on est tous très occupés. Parfois je fais des concerts breakdance, c’est marrant, complètement différent...

 D.I : Tu nous fait une démonstration ce soir ?
 H. : Hé, hé, peut-être, si vous avez de la chance !

JAHOOBIES AND KATANGAS

 D.I : Les projets du groupe ?
 H. : On doit rentrer à la maison et enregistrer dans la foulée. On a chopé un ou deux deals pour des singles, sur la route pendant la tournée. Un label de New York nous a proposé de faire un disque, peut-être un contrat, on va voir.
 V. : On va aussi enregistrer une chanson pour un tribut aux Hoodoo Gurus qui va sortir en Australie. Et on veut faire un nouvel album dès que possible. On a aussi enregistré pas mal de concerts, on va plonger dans les cassettes et voir s’il y a assez de bons morceaux pour un live.

 D.I : Au fait ce morceau live, “Jahoobies And Katangas”...
 H. : Oui, sur la compilation des ONYAS...
 
 D.I (très Inspecteur Columbo) : Je me demandais, c’est quoi les jahoobies et les katangas ?
 H. : “Jahoobies” ça veut dire nichons, et “Katangas” c’est les couilles.
 
 D.I : D’accord, de la pure poésie donc !
 H. : Hé, hé, de la poésie oui. On a mis très longtemps à l’écrire celle-là.

 D.I : Question rituelle : un livre, un disque, un film à recommander ?
 V. : Oh, il y en a trop. Je dirais Flow My Tears The Policeman Said de Philip K. Dick.
 H. : En ce moment je lis In Cold Blood de Truman Capote.
 V. : Geronimo est en train de lire Prawwst, Remembrance of Things Past... (il insiste devant mon air ahuri) Proowst ? Praawwwst ? P.R.O.U.S.T ?

 D.I : Houla, Proust, d’accord... A La Recherche Du Temps Perdu...
 V. : On lit beaucoup de Science Fiction, beaucoup de trucs...
 
 D.I : Et les films ?
 H. (l’air amusé) : Revenge Of The Nerds, classique du film noir, américain, années 80.
 V. (l’air très sérieux) : Tomb Raider.

 D.I : Dernier disque acheté ?
 H. : Des démos de Minor Threat. J’ai acheté ça sur la route.
 V. : Le dernier très bon disque que j’ai acheté était dû à Pita, sur le label Migo, ça vient de quelque part en Europe et c’est de la musique électronique. Le troisième morceau est une des pièces de musique les plus incroyables que j’aie entendues depuis longtemps. C’est un sommet de distorsion digitale.

 D.I : On sent un peu cette influence électro sur “Pop Corn” par exemple, le beat de batterie...
 H. : C’est vrai.
 V. : On aime bien certains groupes électroniques. En les écoutant on ressent la même chose qu’en écoutant le Velvet Underground dans leurs moments les plus noisy. Ou John Coltrane jouant “Ascension”. C’est le même genre d’idée, la folie par la saturation des sens... Les mecs qui font ça en électro, ça me tue chaque fois que je les entends...
 
 D.I : Le côté hypnotique...
 V. : Oui, incroyablement hypnotique, c’est comme du My Bloody Valentine en électro...

 D.I : Un dernier mot pour vos fans ? Vous devez en avoir quelques-uns en Europe...
 V. : Oui, on a été très étonné. En Amérique, il y avait à la plupart des concerts deux ou trois personnes qui avaient acheté nos disques en import. Mais en Europe on dirait qu’il y en a beaucoup plus, ils sont très enthousiastes, on est très bien reçu... Je crois que je vais venir habiter ici.
 H. : Oui, merci à tous en tout cas, on passe du bon temps ici en France, on espère vous revoir l’année prochaine.

    Ce soir-là, ils ouvrent le bal avec “Abattoir Blues”, puis alternent les brulôts R&B (“Trim The Bush”, “Turkey Slap Blues”, “Dr Creep”, “Bawdy House Blues” où les trois chanteurs s’égosillent de concert dans un final tétanisant), et les titres hypnotiques et intenses comme “Good Karma...” ou “Penis Colada” (“Notre boisson préférée”). Hector est du genre survolté sur scène, il cogne comme un furieux et crache ses textes avec une rage impressionnante. Vernon a un sourire inquiétant de maniaque imbibé. Il se lance dans des duels de guitare saignants avec Viktor qui se dandine et ondule en roulant les mécaniques. Imprévisible, ce dernier pique des sprints soudains, manque se casser la gueule, et balance une canette à moitié pleine dans le public au ras des têtes dès le troisième morceau. Elle s’écrase sur mon tee-shirt Bellrays. Après avoir songé à la lui renvoyer gentiment dans la tronche, je la finis, histoire de me dédommager et de garder un semblant de dignité. Geronimo, lui, est aussi impassible que son homonyme le chef indien. Il quitte son orgue de temps en temps pour arpenter la scène en agitant un tambourin d’un air absent.
    Quand l’intro de “Pop Corn” retentit, quelques cris moqueurs s’élèvent dans un public qui semble osciller entre amusement et stupeur. Hector abandonne l’idée d’une démonstration de breakdance, mais échange son instrument avec Vernon, histoire de parfaire la similitude avec les Oblivians. Ils terminent par une belle version de “For The Love Of Ivy” du Gun Club et “YCMA”, introduit en français par un tonitruant “Vos bites mon cul !” et repris en choeur par une poignée de supporters aux anges. Un dernier clin d’oeil avec le riff final de “Roadrunner” des Modern Lovers en guise de salut, et ils laissent la place au Jerry Spider Gang, en terrain conquis et en grande forme, puis aux Bellrays qui eux alterneront leurs irrésistibles hymnes punk’n’soul avec des délires free jazz, une caractéristique de leur son qu’on n’apprécie qu’à petites doses.
    Le show terminé, les rock’n’roll addicts de la ville font la fine bouche devant la prestation des Australiens : des branleurs, des frimeurs, trop éclectiques, trop mous (gasp !). Peu de monde pour relever l’humour mordant des gugusses, ou la rare intensité de leur mur du son quand ils se lâchent. Conclusion, c’est pas gagné pour les Sailors par chez nous. Pourtant on a confiance. Les voies des dieux rock’n’roll sont impénétrables, mais ce n’est pas ça qui va les arrêter.

Sylvain Coulon

 digitfanzine@chez.com
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