ARTICLES !!! 


Dig It! # 31
 Lucas Trouble (Interview)
The New Strychnines

Back to menu!


Looking For TROUBLE

 Voilà ce qu'on appelle un cas intéressant... Notre "client du jour" a monté son premier groupe en 1971 et son tout dernier album a vu le jour il y a seulement quelques mois. Entre les deux il y eut des kilos de vinyle (certains aujourd'hui forts cotés sur le marché du collector) et de CD's, des tournées/aventures ou rock'n'roll rimait forcément avec drugs, et surtout un groupe "culte", les Vietnam Veterans, qui récolta plus de lauriers à l'étranger que dans nos ingrates contrées (ils furent le premier groupe signé par le label allemand Music Maniac !). Notre homme a aussi monté son propre studio d'enregistrement, le Kaïser Studio, qui a vu passer bon nombre de combos frenchies énervés, des Beach Bitches aux Cowboys From Outerspace ou autres Holy Curse et Hawaii Samourai (quelques étrangers aussi, tel Simon Chainsaw). Et pour faire bonne mesure, Mr Trouble gère un label, Nova Express, qui en est aujourd'hui à environ quatre-vingt productions.

En 86, le magazine anglais Bucketfull Of Brains écrivait à propos du double album Green Peas des Vietnam Veterans : "le groupe a sans doute vendu son âme au Diable". Force est de constater que si l'affaire s'est faite en viager, Lucifer a été grugé, il attend toujours. Lucas ne semble pas décidé à raccrocher les gants. Pire, avec son vieux copain Mark Enbatta, il s'apprête (après la brève tentative The Late Veterans) à mettre en route un projet qui aura sans doute plus d'un point commun avec les Viet Vets ! Mères de l'hexagone, enfermez vos enfants... Entretien avec un Vétéran du Rock frenchy :

 D.It ! : Tu te souviens du disque qui a tout déclenché pour toi ?
 Lucas Trouble : Il y en a eu plusieurs... Des 45 tours qu'on écoutait avec mes cousins qui étaient un peu plus vieux que moi, vers 67-68 : "Hush" de Billy Joe Royal, "Jumpin' Jack Flash" des Stones, "The Days Of Pearly Spencer" de David Mac Williams, "On The Road Again" de Canned Heat et bien sur "Venus" des Shocking Blue... surtout pour la paire de nichons de la chanteuse !

 D. It ! : Et du premier disque que tu as acheté ?
 LT :  Le Heavy Friends de Screamin' Lord Sutch en 1970, avec Jimmy Page, Noel Redding, etc...  J'ai d'ailleurs, bien plus tard, intitulé mon second album solo Heavy Friends en hommage au Lord...

 D.It ! : Du premier concert auquel tu as assisté ?
 LT : Celui de Pink Floyd à Lyon en 1970, juste après le départ de Syd Barret, hélas ! Mais c'était quand même impressionnant.

D. It ! : Ton premier groupe ?
LT : Damned Soul en 1971, un power trio où j'étais bassiste, c'était mon premier instrument, et on faisait des reprises de Black Sabbath, des Who et de May Blitz. J'ai joué ensuite dans divers combos locaux, Black Stones, Vulcains, qui sombrèrent dans le baluche... C'est à cette époque, 74-75, que je suis devenu disc-jockey dans une boîte à Beaune où je balançais les Doors, les Stooges, le MC5, T. Rex et les Dolls. Puis vint le Punk...
 

TROUBLE / LÜGER

 D.It ! : D'où te vient ton pseudo ?
 LT : Ce n'est pas un pseudo, c'est mon vrai nom... Ciel, mon nez s'allonge ! En fait, ça n'a pas de sens précis sauf que le nom Trouble signifie "trouble" au sens français du terme plutôt que le "trouble" anglo-saxon ("problème"). C'est trouble et même assez troublant finalement. J'en suis tout troublé... J'ai commencé à écrire des trucs en 76-77, complètement décomplexé par la déferlante punk qui prouvait qu'on pouvait faire des morceaux sans avoir des guitares à quatre manches et des batteries à quinze fûts ! Je composais avec une pauvre boîte à rythme d'orgue et je chantais comme une vieille chèvre. Ça n'a d'ailleurs pas beaucoupchangé... Et j'ai formé Tango Lüger en 78 avec les premiers punks-rockers beaunois, les ex-Mechanics Models... Ça me permettait de chanter et jouer de l'orgue avec un vrai groupe, et on partageait les mêmes goûts musicaux douteux...

 D.It ! : Tu viens de refaire, 25 ans après sa sortie, une version de "El Verolo" (sortie à l'époque sous le nom de Lucas Trouble)...
 LT : Ouais, en 78, j'avais enregistré une petite maquette avec quelques titres et j'étais monté à Paris dans ma vieille Simca 1100 pourrie et toute rouillée pour voir les labels et les canards de l'époque comme Best et Rock & Folk. Chez Flamingo Records, j'ai laissé une K7 à un type qui tenait la boutique de disques du label, Music Box je crois, il m'a dit : "Je vais la donner au responsable du label et il te contactera si ça lui plaît". J'avais bien aperçu un gros moustachu qui fumait le cigare dans un bureau derrière, mais j'ignorais que c'était lui le boss, sinon j'aurais été le voir directement. En fait, c'était Patrick Mathé, et il allait bientôt monter New Rose...Evidemment ce crétin de vendeur ne lui a jamais donné la démo, et des années plus tard, Patrick Mathé m'a confié : "Tu sais, il y a un disque de toi que j'aurais vraiment aimé sortir à l'époque, c'est "El Verolo"...
 
 Sûr que le disque aurait eu beaucoup plus d'impact s'il était sorti chez New Rose, mais on l'a fait chez Bain Total, un label cold-indus qui produisait des trucs déjantés, et je ne le regrette pas. Il a bénéficié d'une aura underground et un peu mythique qui me convient. Et tout dernièrement, ça m'a toqué de le refaire, avec un gros son et des punks de maintenant, en gardant toutefois mon vieux Gégé, compère guitariste de Damned Soul et qui jouait déjà sur le "El Verolo" original. En général je ne supporte pas trop les voix en français, mais bon, je cultive assez bien la contradiction.

 D.It ! : Tango Lüger a existé combien de temps ?
 LT : De 78 à 82. On s'est séparé en s'insultant juste après un concert destroy aux Transmusicales de Rennes où j'étais tellement poudré que je ne voyais plus mes touches d'orgue... Le concert avait été totalement décadent et le public avait bien kiffé, tout comme le directeur de Musidisc qui nous attendait dans les loges avec des contrats. Il a été un peu déconcerté lorsqu'on l'a envoyé chier ! On s'était pris la tronche avec notre nouveau batteur, le furieux D.D. Kafeïne, psychopathe notoire avec qui j'ai commis depuis moultes forfaitures soniques...

 D.It ! : Beaucoup de concerts ?
 LT : On en a fait pas mal pour l'époque, dont les fameuses Transmusicales, et on tournait assez souvent en Suisse. On avait la cote avec les skins... On prenait du speed et on allait foutre le bordel dans leurs squats après les concerts...

 D.It ! : Et comment tu vois ça, le groupe, la scène punk rock de l'époque, avec le recul ?
 LT : Je pense qu'on était un bon groupe. On était meilleurs que tous ces groupes parisiens à deux balles qui représentaient soit-disant le punk français. A part Métal Urbain et peut-être Asphalt Jungle qui sonnaient plutôt vrai, c'était tous des poseurs et des gros coiffeurs.

 D.It ! : Tu as lu Nos Années Punks de Christian Eudeline ?
 LT : Je n'ai pas lu le bouquin d'Eudeline et, comme je l'ai vécue, je n'ai aucune nostalgie pour l'époque punk... Je préfère les années 50 ou 60. Je pense qu'on a toujours plus de nostalgie pour les souvenirs vagues et les époques sur lesquelles on fantasme.

 D.It ! : Tu étais en Bourgogne, il y avait une scène punk là-bas ?
 LT : J'habitais à Beaune où je suis né. En Bourgogne, en 78, il y avait trois groupes : Les Vinyl Junkies à Dijon, qui étaient branchés Clash et Damned, les Snipers, toujours à Dijon, (avec Antoine "Tony Truant", futur Dogs et Angelo Jupp, futur Vietnam Veterans) qui pratiquaient un rock'n'roll 50's mâtiné de garage 70's, et donc à Beaune y'avait Tango Lüger, on était plutôt Stranglers/Wire/ Saints... On était tous très potes et on organisait nous-mêmes des concerts avec les trois groupes.

 D.It ! : Tu écoutais quoi à ce moment-là ?
 LT : A la fin des 70's, j'écoutais tout ce qui était bizarre, nouveau et dérangeant. Ça allait de la no-wave new yorkaise, Teenage Jesus, DNA, Mars, James White, Contorsions, etc..., aux trucs indus' genre Throbbing Gristle, Cabaret Voltaire, Residents, ou plus punk et strange comme Richard Hell, Johnny Moped, Public Image, Pere Ubu... Je commençais à m'intéresser au garage 60's en redécouvrant les Seeds, Electric Prunes, 13th Floor Elevators et les compils garage psyché qui contenaient des trésors obscurs fabuleux.

 D.It ! : Tu as joué aussi avec Magnétique Bleu, c'était quoi exactement ?
 LT : C'était le groupe de DZ Lectric, alias Christian Dezert. J'ai participé à plusieurs enregistrements avec ce garçon. Je joue même du violon (!) sur sa reprise de "Venus In Furs" qui figure sur la compile Garage 66-70 sortie chez New Rose en 84. Un peu plus tard, nous avons formé Les Maudits avec Christian, D.D. Kafeïne, et Michel, le clavier de Norma Loy. Ça sonnait plutôt pas mal, comme l'Iguane chantant avec le Velvet... en mieux évidemment, ha ha !

 D.It ! : Les disques de Tango Lüger ou DZ Lectric doivent être de sacrés collectors aujourd'hui ?
 LT : Très certainement, mais c'est le genre de truc qui me laisse complétement indifférent...
 

VIETNAM VETERANS
 
 D.It ! : Comment tu décrirais la musique des Vietnam Vets à quelqu'un qui ne la connaît pas ?
 LT : Des textes dylaniens sur lesquels planaient les ombres de Johnny Cash, Sky Saxon, Eric Burdon, Rocky Erickson tardif,  une grosse dose de Black Sabbath laminant un Pink Floyd parkinsonien... et ouné zeste de Rika Zaraï !

 D.It ! : Zaraï de coke sans doute ?... Comment a démarré le groupe ?
 LT : J'ai rencontré Mark Enbatta, le leader et créateur du groupe, en 1982. Il m'avait contacté afin que nous jouions avec Tango Lüger pour l'inauguration de son magasin de disques, Sneackers à Chalon sur Saône, un des rares magasins indés qui existent toujours. A l'affiche ce soir là, il y avait également les Bopcats, groupe de rockabilly dans lequel sévissait mon futur compère Charly Markarian (Dazzlers, Snappin' Boys) qui joue toujours avec moi dans The Mediums.
 Après le concert, Mark m'a proposé de rejoindre les Vietnam Veterans, le groupe qu'il était en train de monter avec à la basse Angelo Jupp, mon pote "rocker à banane" qui jouait en 78 avec les Snipers, Geg à la rythmique, et plusieurs batteurs temporaires qui se relayèrent jusqu'à ce que nous trouvions le martyr définitif, Martin Joyce le bien nommé, en 1984.

 D.It ! : Comment s'est fait le deal avec FGL/Lolita Rds pour le premier album ?
 LT : Nous avions réalisé une cassette que Mark avait envoyé chez FGL. Ils sortaient alors des compils garage 60' et ils nous ont signés tout de suite. Ils avaient sans doute flairé le revival Garage/Psyché qui s'annonçait... On a fait deux albums chez eux.

 D.It ! : Vous vous retrouvez ensuite sur un label allemand...
 LT : Ouais, chez Hans Kesteloo qui était à l'époque un des plus importants collectionneurs de vinyles garage, il fournissait les originaux pour les compils qui fleurissaient à l'époque. Il nous a vus en concert à Paris et nous à proposé d'être la première signature du label qu'il montait, Music Maniac Rds. Il allait par la suite signer les Fuzztones, Dead Moon, etc... Nous avons enregistré quatre albums pour Music Maniac, dont un double live. On en a vendu entre 5000 et 10.000 de chaque... A l'époque, lorsque tu vendais moins de 5000 disques, c'était la honte, maintenant, quand tu en vends 500, c'est super... Sur l'ensemble des albums, seul le dernier, The Days of Pearly Spencer, est sorti en CD.

 D.It ! : Ça marchait comment en France ?
 LT : Au début, la presse française croyait qu'on était Américains. Donc, on avait la côte. Quand ils ont appris que nous n'étions que Français, ils nous ont ignorés... Alors qu'en Allemagne ou ailleurs, le public et les médias se foutaient royalement de notre nationalité... C'est sans doute pour ça qu'on tournait surtout à l'étranger, notamment en Allemagne où nous étions des "stars"... On a fait la dernière tournée en avion s'il vous plaît ! On a tourné aussi en Europe du Nord.

 D.It ! : Vous passiez pour une sacrée bandes d'allumés lysergiques... Les looks, la musique...
 LT : Les produits lysergiques n'avaient de secrets ni pour Mark, qui jouait au rugby sous acide, ni pour moi qui ai pris mes premiers trips à l'armée... Les autres étaient plus straight ... En fait, ils étaient abrutis naturellement, ha ha !

 D.It : Dis-nous en plus sur Mark.
 LT : Il est originaire du pays basque. Il avait une collection de disques terribles et  il m'a fait découvrir des trucs incroyables. Nous partagions la même culture 60' et les mêmes goûts douteux pour des tas de trucs... comme l'adoption de petites Vietnamiennes de 17 ans par exemple... ou mettre des laxatifs dans la boîte à sucrettes de notre batteur. C'est le plus mauvais guitariste du monde mais en même temps un des meilleurs song-writers. Il ne connaît qu'un accord et c'est bien suffisant ! Tu veux un scoop ? On refait un groupe ensemble en ce moment... Quant aux autres membres des Vietnam Veterans, ils sont tous morts du sida... Ha ha !!!

 D.It ! : Tes impressions sur le groupe vu d'aujourd'hui ? Des regrets ?
 LT : Dès qu'on parle du groupe avec Mark, on se marre comme des bossus ! Tout ce qui reste comme souvenirs, ce sont des grosses parties de déconnades juvéniles, alors qu'on n'était déjà plus tout jeunes, et des délires plus alcoolisés que lysergiques. Mes seuls regrets viennent du fait que la carrière du groupe a toujours été freinée par certains membres qui ne voulaient pas lâcher leur boulot, alors que le batteur et moi ne vivions que de la musique et pour le rock'n'roll... Et notamment pour le groupe qui avait la possibilité de tourner aux USA et un peu partout dans le monde.

 D.It ! : Meilleurs souvenirs sur scène avec les Vets ?
 LT : Les meilleurs souvenirs sont souvent les pires et inversement... Il y avait toujours les deux en même temps... A chaque concert, quelquefois même au début, j'explosais mon clavier et les touches volaient partout.... Doumé, notre bon roadie, les récupérait après chaque set. Je les recollais à la super-glue quand c'était possible... Fallait voir la gueule du clavier ! Au cours d'une tournée avec les Fuzztones, leur organiste m'a gentiment prêté son pied de clavier, le mien était mort depuis longtemps. Je l'ai explosé au bout de trois minutes en sautant dessus à pieds joints... Tout s'est pété la gueule, alors j'ai joué couché par terre, et pour ne pas me laisser seul, Mark s'est couché aussi, puis il s'est mis à quatre pattes avec sa gratte autour du cou et il m'a servi de support humain pour le reste du concert, et ce pendant que je le sodomisais avec entrain... Ha ha ha !!! C'était le dernier concert d'un festival international itinérant en 87 ou 88 où il y avait outre les Fuzztones, les Sting Rays (UK), The Last Drive (Grèce), Sick Rose (Italie), Stomach Mouths (Suède) et Daisy Chain (Allemagne).
 
 La veille, avec les Viet Vets, nous nous étions retrouvés à Berlin, du côté Est, c'était avant la réunification et au milieu des dernières salves de la guerre froide,  derrière le mur, au fameux Check Point Charlie, côté russe... On s'était planté sur l'autobahn en venant de Hambourg tellement on était pété, et on a atterri à Berlin-Est avec de la came planquée derrière le cendrier. Les Vopos n'avaient pas spécialement le sens de l'humour et étaient d'humeur taquine, leurs Kalachnikofs nous ont braqués pendant les trois heures de fouille, tout ce qu'on avait est  passé aux rayons x et aux miroirs à roulettes sous le camion, au cas où on aurait essayé d'exfiltrer des gens vers l'Ouest... Du vrai James Bond quoi ! On s'attendait, s'ils trouvaient la dope, à passer une bonne quarantaine d'années dans une mine de gruyère en Sibérie... Heureusement pour le rock'n'roll, ils n'ont rien trouvé et nous ont relâchés en nous traitant comme des rebuts décadents de l'impérialisme occidental, ce que nous étions sans doute... Après avoir slalomé doucement  sous l'oeil vigilant d'une mitrailleuse entre les miradors et les barbelés du no man's land séparant les deux Berlin, on a aperçu enfin les drapeaux américains, anglais et français qui flottaient nonchalamment. Et à peine arrivés dans Berlin Ouest, le cul nu d'une pute s'est offert à nos regards humides d'émotion... Nous avions retrouvé les bienfaits de la civilisation, ouf !
 
 On a appris par la suite que plusieurs personnes étaient passées à l'Ouest le jour précédent en se cachant sous un drap blanc et en rampant sous la neige ! C'est  pour ça qu'ils étaient aussi énervés ! Mais pas autant que moi ce soir là... J'étais tellement excité que j'ai destroyé la batterie à grands coups de lattes à la fin du concert... Il avait fallu finir notre encombrante réserve avant de repasser la frontière le lendemain...

 D.It ! : Vous avez sorti un album en collaboration étroite avec les Allemands Daisy Chain, ça s'appelait The Vietnam Chain... Comment ça c'est fait ?
 LT : On a rencontré les Daisy Chain une première fois en 86 lors d'un concert à Hambourg. On a ensuite tourné avec eux sur le Psycho Festival évoqué plus haut, et comme on s'entendait bien et que la chanteuse pesait au moins son quintal, Mark a convaincu Hans de produire un album commun enregistré par mes soins. Ils ont débarqué un jour au futur Kaiser Studio et nous avons enregistré l'album Susmoala Beat -les Teutons n'ont jamais saisi la finesse du titre- sous le nom de Vietnam Chain. Il existe aussi un maxi-45t tiré de cet album.

 D.It ! : On trouve sur ce disque une longue version très, heu, possédée... de "Cold Turkey"...
 LT : Ouais, on l'a enregistrée en live. A la base c'était une impro avec les musiciens des deux groupes. Ce titre collait bien avec nous. Surtout avec moi...

 D.It ! : J'ai l'impression que les Vets ont aujourd'hui un côté "groupe culte"...
 LT : Avec Nova Express, mon label, je suis amené à correspondre avec pas mal de labels et distributeurs du monde entier, aux USA, en Australie, Grèce, Allemagne etc..., et mes interlocuteurs me demandent souvent : "Tu es le fameux Lucas Trouble des Vietnam Veterans ?". C'est vrai qu'on était connu un peu partout, je m'en rends compte maintenant... Sans avoir les chevilles qui enflent, je ne pense pas qu'un groupe français ait été aussi internationalement coté... Dans le genre qui nous intéresse, naturellement... Il y a dans certains de nos disques quelque chose de mystérieux, d'obscur, voire de cryptique, qui je pense nous a échappé, qui n'a jamais été calculé... Je trouve que ça sonnait vrai et que les gens l'ont bien senti, et le ressentent toujours, d'où une certaine aura...

 D.It ! : Vous avez vendu combien d'albums des Viet Vets à travers le monde ?
 LT : Au total, entre 50.000 et 70.000 je crois.
 

KAISER STUDIO

 D. It ! : D'où t'es venue l'idée de monter un studio ?
 LT : A la fin des années 70, j'organisais moi-même mes enregistrements sur des magnétos 2 ou 4 pistes. Je me suis ainsi habitué à bosser sur du matériel à bandes. Plus tard, avec mes différents groupes, on a enregistré dans des studios assez importants et j'ai commencé à m'immiscer dans la production sonore parce qu'on trouvait que le résultat final ne correspondait pas vraiment à ce qu'on  cherchait... C'est à partir du troisième album des Vietnam Veterans que j'ai réellement commencé à bosser, avec un ingénieur du son qui était le sosie de Frank Zappa, sur les prises de son et le mixage. J'ai continué tout seul sur les albums suivants et j'ai produit ceux des Temple Gates, Silly Things, Vietnam Chain... Un jour, Frank "Juju" Zappa a voulu vendre son studio et j'ai racheté son 16 pistes, ses tables et d'autres trucs. C'est comme ça qu'est né le Kaiser Studio...

 D.It ! : Tu as une formation de technicien ou tu as appris sur le tas ?
 LT : Je n'ai jamais fait la différence entre m'occuper du son et jouer d'un instrument. Je le fais avec la même passion. Pour moi, c'est l'oreille qui compte, et bien sûr le goût et la pratique, mais pas la théorie ni le matériel. On peut faire du bon boulot avec du matos pourri, ou même avec du matos trés sophistiqué si on le connaît bien... Je crois qu'il faut surtout aimer le rock'n'roll et le faire sonner comme on a envie de l'entendre en tant que fan. D'ailleur il faut toujours exagérer...
 En fait, ce qui m'intéressait au départ avec le studio, c'était de pouvoir enregistrer mes groupes et mes propres délires, tranquillement, chez moi. Et comme dans ce pays il est impossible de vivre décemment de sa musique si on veut rester intègre et fidèle à ses principes de rebelle, sans faire partie des "rockers municipaux" subventionnés par les mairies ou l'état, le studio était pour moi une belle alternative. Au début, çe n'était poutant pas rose tout les jours. Maintenant ça va beaucoup mieux, ce qui me permet de pratiquer des tarifs grotesquement bas ou de faire des co-prods avec des groupes intéressants qui n'ont pas beaucoup de fric...

 D.It ! : On trouve quoi au Kaiser Studio ?
 LT : On a deux magnétos 16 pistes en analogique avec bande 1 pouce et une table de 48 pistes. Le mixage est également analogique. Tout est vintage et fonctionne bien. Je hais le numérique, dès que je vois un ordinateur, j'ai envie de le pulvériser à la hache !

 D.It ! : Tu as travaillé avec un nombre incroyable de groupes, certains ont même fait leur trou comme Dionysos... Tu as toujours des contacts avec eux ?
 LT : Plus vraiment depuis qu'ils ont récupéré les droits du premier album. Les groupes ayant débuté avec moi et qui ont fait leur trou en signant avec des majors s'y sont eux-même enterrés, il n'y a qu'à écouter ce qu'ils font maintenant... J'ai souvent remarqué que les gens qui font de la pop en France (et non du punk, garage ou rock'n'roll) ne pensent qu'à faire carrière à tout prix sans aucune reconnaissance pour les structures qui les ont aidés à leurs débuts, contrairement aux groupes anglo-saxons qui restent généralement sur leur label et participent à son développement... Comme mes amis les Cowboys From Outerspace, de vrais rockers, qui sont et resteront toujours intègres. C'est grâce à eux et à notre travail commun que le groupe et le label fonctionnent bien.

 D.It ! : Tu joues souvent sur les disques que tu produis... Comment ça se passe, tu le proposes au groupe ou ça vient comme ça ?
 LT : Effectivement, je joue sur de nombreux enregistrements faits chez moi. Du coup, beaucoup de gueux et autres esprits chagrins en déduisent que c'est par tyrannie et mégalomanie... hé hé, il n'y a pas que ça... En fait il se trouve qu'au studio, il y a une pièce remplie de claviers d'époque (Hammond, Leslie, Rhodes, Farfisa, plus des vieux synthés, etc...) et il arrive que des groupes souhaitent ajouter des parties de claviers sur certains de leurs titres. Et naturellement ils font appel à moi... Ça leur fait plaisir, et moi je fais tout bêtement mon métier...

 D.It ! : Tes meilleurs souvenirs de séances d'enregistrement ?
 LT : Tous les enregistrements me laissent de bons souvenirs, surtout au moment du chèque, ah ah ah ! Même les groupes les moins "intéressants".

 D. It : Justement, à propos des tarifs ?
 LT : 228 euros/jour. Forfaits pour plus de cinq jours : 198 euros/jour. Gîte pour 3 euros/jour par personne. Voilà pour les tarifs du meilleur studio le moins cher du monde...
 
 D.It ! : T'as quoi sur le feu en ce moment ?
 LT : Je suis en train de terminer le mixage de l'album d'Electric Karma, c'est du glam punk/rock 70', et j'attaque tout de suite après celui des Woodoo Devils qui donnent dans le psycho.
 

NOVA EXPRESS RECORDS

 D.It : On voit apparaître Nova Express Rds en 84 pour un maxi de Hymn avec des musicos qu'on retrouvera 13 ans plus tard dans The Temple Gates... C'était quoi l'idée de départ ? Editer les disques de tes groupes je suppose ?
 LT : En 1984, j'ai joué avec ce groupe de new-wave qui s'appellait Hymn. J'ai créé Nova Express pour sortir un maxi 45t du groupe car on n'avait pas envie de s'emmerder à aller voir les crétins qui bossent dans les majors. C'est comme ça qu'est né le label. Quelque temps après, le groupe s'est changé en Temple Gates, avec les mêmes mecs, en plus garage/gothique dans le son, et on a sorti un 33t chez Music Maniac. Les titres auxquels tu fais allusion et qui figurent sur la compil Kaiser Banquet en 97 avaient été enregistrés à la fin des 80's et étaient prévus pour un second album qui n'a jamais vu le jour. J'ai encore les bandes de ces sessions qui sortiront peut-être un de ces quat' matins... L'idée de départ du label c'était également de sortir les albums de groupes que je produisais à l'époque, comme The Silly Things, les Buckaroos ou les Cosmonautes, puis ensuite lorsque j'ai monté le Kaiser Studio, les disques des groupes qui me plaisaient et n'avaient pas de structure.

 D.It ! : Tu sors combien d'exemplaires de chaque disque ?
 LT : Entre 500 et 1000 dans un premier temps. Après on voit... Par exemple, pour les Cowboys, nous fabriquons 3000 CD dès le départ. Ce sont eux, avec l'album Space-O-Phonics Aliens, qui ont fait les meilleurs ventes (3000 ex.). Sinon, nous avons eu pas mal de références qui ont atteint le stade de "Disque de Carton" (10 ex. vendus !). Décemment, je ne peux pas révéler de qui il s'agit, surtout que les disques sont bons ! Il y a trop de disques qui sortent et pas assez de gens pour les acheter. Si la TVA baisse -on peut toujours rêver-, je serai pour qu'on trouve les CD à moins de 8 euros en magasin. Ça résoudrait tous les problèmes de piratage, les mauvaises ventes, l'accès à la musique serait financièrement raisonnable, etc...

 D.It ! : Le ou les disques dont tu es le plus fier ?
 LT : Je suis très fier des albums des Cowboys, le résultat a toujours collé à l'idée du son qu'on avait en tête avant les enregistrements. Il y a également ceux de Hash Over (de la musique sans doute rébarbative pour les lecteurs de Dig It !), Gutter Kids, Hawaii Samurai, Astro Zombies, ainsi que les petits derniers : Holy Curse, Simon Chainsaw et Electric Karma... Et pourquoi pas, le premier album de Dionysos que je trouve toujours  magique et chargé de délires bruts. Rien à voir avec les productions aseptisées suivantes (celle d'Albini a du coûter 150 fois plus cher !...).

 D.It ! : Et des groupes avec lesquels tu ne travaillerais plus, y'en a ?
 LT : Non... A partir du moment où ils payent ! Tout le monde est toujours cool avec moi... Sinon ils savent qu'ils finiraient dans la carrière derrière le studio avec de la chaux sur le bide... Ou bouffés par mes sangliers !

 D.It ! : Un disque que tu aurais aimé sortir mais...
 LT : Je devais enregistrer et produire un album de la reformation des Lords Of The New Church et ça ne s'est pas fait pour des raisons bassement financières. Dommage, la maquette faite dans le home studio de Rat Scabbies était vraiment sauvage, saturée de guitares teigneuses et plus proche des premiers Damned ou Lords que de ceux du milieu des 80. Et c'est toujours sympa d'entendre Brian James te dire : "Allo Kaiser !" au téléphone...

 D.It ! : Le ou les labels que tu considères comme exemplaires ?
 LT : Tous les indépendants, tous styles confondus, ceux qui ont fait leur trou tout en restant indépendants : Alternative Tentacles, Amphetamine Reptile, Sub-Pop, Rough Trade, Factory, Mute, etc...

 D.It ! : Il y a des critères pour faire partie de la famille Nova Express Records ?
 LT : Pour les groupes que j'édite sur le label, le premier critère c'est qu'ils passent par mes mains mutines, hé hé, aussi bien au niveau de l'enregistrement que de la production sonore. C'est la seule chose qui m'intéresse. Le reste, le côté business, promo, etc..., ça me gonfle totalement. Mais je suis quand même bien obligé de me le taper. J'suis passé aux 35 heures... par jour !

 D. It ! : Tu as arrêté définitivement la série des compils de couleurs ? (Orange, Olive, Lapis Lazzuli, Prune, Turquoise, Rubis & Gold)
 LT : Ces compils étaient contraignantes vu le grand nombre de groupes à enregistrer, et donc elles mettaient du temps à sortir... Je préfère maintenant les split CD avec trois ou quatre groupes. Pour moi, le seul intérêt du support CD c'est la durée d'écoute. Pour le même coût de fabrication, on peut permettre à trois groupes de mettre 25mn de musique chacun sur le même disque, sans altération du son... Je pense sortir prochainement  des compils avec les groupes de rock'n'roll qui cartonnent actuellement en France.

 D. It ! : Et le vinyle ?
 LT : C'est pour moi le meilleur support. Mais on n'a hélas pas les moyens de fabriquer du vinyle en plus du CD, et je ne veux pas bosser avec les Tchèques car la qualité de leurs disques est trop naze, et je ne veux pas sacrifier le son pour l'esthétique... Et comme le format CD est primordial pour les distributeurs...

 D.It ! : Comment ça s'est passé avec le troubadour punk australien Simon Chainsaw ? Il est venu deux fois chez toi...
 LT : Ouais, il est venu une première fois en 2002 pour d'enregistrer 3 titres pour la compile Kaiser Bordello. Il était accompagné par les Holy Curse. Ce sont eux qui avaient organisé l'affaire. Comme le résultat lui a plu et que nous sommes devenus amis, il a souhaité enregistrer un album ici, ce qui s'est fait l'été dernier. Le CD vient de sortir et il trouve que c'est son meilleur album...

 D.It ! : Exemple d'un deal type avec un groupe ? Tu leur fais un pack Studio + Label + Distribution ?
 LT : Il existe plusieurs deals... Tout d'abord, au niveau du studio (qui est indépendant du label alors que tout ce qui sort sur le label est fait au studio), n'importe quel artiste peut enregistrer, comme dans n'importe quel studio. J'ai fait tout récemment les Second Rate pour Prehisto Records, ainsi que mon vieux complice Tony Truant pour Next Music et je pense travailler bientôt avec des groupes de chez Lollipop....
 
 Au niveau du label, je reçois énormément de démos de groupes qui cherchent une prod. Comme il y a plein de trucs intéressants et que nous avons des moyens financiers très limités, nous proposons dans un premier temps des co-prods par rapport au studio (moitié prix) si le groupe peut financer la fabrication. Evidemment les disques restent la propriété des groupes, le studio récupérant son avance (moitié) sur les ventes. En fait nous les faisons profiter de l'infrastructure du label, de sa notoriété ainsi que de son réseau de distribution. Nous ne prenons que 10% sur les ventes effectuées par nos soins, ça paye à peine le téléphone... Nous proposons également notre système de split CD, qui comprend 4 jours de studio, 25 mn de musique avec un mastering pro et 100 CD tout beaux tout neufs par participants, et ce pour un financement grotesque...
 
 Quant aux gens avec qui nous travaillons depuis quelque temps et qui fonctionnent bien, on bosse en totale co-production à 50/50. Tout est partagé en deux, aussi bien les dépenses que les profits... Et ça fonctionne super bien (ex : les Cowboys, Holy Curse, Electric Karma...). Ça peut paraître curieux qu'un label fasse payer ses groupes, mais je pense qu'il faut partager les risques : ça motive les participants, tout le monde s'investit et les rapports sont plus sains. Et quand ça tombe, les groupes touchent 50% des ventes, et non des royalties qui plafonnent entre 5 et 12% dans le meilleur des cas... De toutes façons, je ne vois pas pourquoi un groupe de quatre ou cinq personnes attendrait qu'un seul gus, moi en l'occurence, paye pour tout le monde...

 D.It ! : A quoi ressemble ton circuit de distribution ? Tu as sans doute toi aussi pâti de la mise hors circuit d'UMC ?
 LT : On est distribué par Chronowax en France et ils ont l'air bien plus sérieux et plus réalistes que l'étaient UMC. Nous avons moins pâti de la "faillite" d'UMC que d'autres, comme Stéphane de Lollipop et de nombreux autres labels, parce que je m'étais fait payer, en leur mettant la pression, les ventes de 2002. Il y a tout de même les ventes de 2003 qui sont impayées et des centaines de CD bloqués dans les entrepôts Sony où ils stockaient les disques. Mais ça devrait s'arranger prochainement pour tout le monde.

 D.It ! : Les prochaines sorties du label ?
 LT : Les albums de Holy Curse, Electric Karma, Underwire, Psychotic Reaction, Little Green Fairy... Et des compils avec les bons groupes frenchy du moment : Neurotic Swingers, Cowboys From Outerspace, Jerry Spider Gang, Magnetix, TV Men, Hatepinks, Sparkling Bombs, etc...

 D.It : Tu arrives à vivre de tes activités Rock'n'Roll ?
 LT : Je réussis depuis quelque temps à participer honorablement au budget familial (heureusement que ma femme travaille !) grâce aux revenus du studio. Par contre nous sommes complétement bénévoles, ma femme et moi (on dirait Colombo...), pour ce qui concerne le label, et jusqu'à présent il m'a beaucoup plus coûté que rapporté !
 

AFTER VETS

 D.It ! : Que s'est-il passé pour toi après l'aventure Vietnam Veterans ? Tu n'as jamais arrêté de jouer ?
 LT : Je me suis consacré énormément au studio. Parallèlement on a monté, avec Mark et Martin, The Late Veterans pour faire une suite au Viet Vets. On avait débauché pour l'occasion Charly Markarian et Ölmer Rose (le bassiste de Temple Gates). Nous avons enregistré un album qui n'est jamais sorti. Quelques titres sont parus sur la compil Kaiser Banquet. On a tourné un peu en Allemagne et en Suisse, mais il n'y avait plus la magie d'avant et le groupe s'est arrêté tout seul en 92...
 
 J'ai monté The Mediums trois ans plus tard avec Caligula Gibus, ex-chanteur des Silly Things qui était parti s'expatrier à Londres (il y habite toujours) et encore ce vieux Charly Markarian, le meilleur guitariste arménien du monde monde (avec Michel des Cowboys !)... Le batteur Laurent Folleat est un pote du coin qui joue également dans Johnny Yen. Ils ont des titres sur la compil Kaiser Bordello. On a sorti trois albums, bientôt quatre, et jamais fait de concerts !... On verra ça un jour. Si nous tournons, y'a Dave Tregunna (ex-Sham 69 et Lords Of The New Church) qui veut absolument tenir la basse... Brian James et lui sont des potes de Caligula Gibus et des grands fans des Mediums, garage-gothique oblige...

 D.It ! : Comment tu choisis les reprises ? Certaines sont pour le moins... originales, Donna Summer ("Love To Love You Baby"), le "Child In Time" de Deep Purple... Mais aussi et plus logiquement le Gun Club...
 LT : Toutes ces reprises sont déjà des morceaux que j'aime, pour des raisons assez diverses. J'étais et suis toujours un grand fan du Gun Club et en 82, après leur concert au Palace, j'avais bouffé avec eux et traîné ensuite avec Jeffrey. Une soirée alcool/opiacés où il m'avait joué en privé son "Mother Of Earth"... C'était un sacré furieux et il rigolait par à-coups comme un malade ! Il y avait également la douce Patricia Morrison, la bassiste la plus belle du monde, qui est mariée maintenant avec Dave Vanian et tient la basse pour les Damned...

 Et "Child In Time" me rappelle ma jeunesse, j'adorais ce titre et on le jouait dans les baluches en 72... C'est comme pour Donna Summer, par nostalgie... J'étais aux Etats-Unis en 75 et ça passait sans arrêt sur les ondes, et surtout dans un claque de Chicago où les entraîneuses/stripteaseuses se dessapaient en dansant et en écartant délicatement les fesses... Pour les Stranglers ("Princess Of The Street"), c'est également en souvenir d'une soirée destroy passée avec Jean-Jacques Burnel au Rose Bonbon...

 D.It ! : Tu as participé à combien d'albums au total ??? T'as dû perdre le compte non ?
 LT : J'ai du jouer sur une bonne centaine de disques... Peut-être plus... Je n'ai jamais vraiment tenu le compte !

 D.It ! : Tes groupes favoris de tous les temps ?
 LT : En vrac et sans trop réfléchir : Saints, Birthday Party, Steppenwolf, Amon Düll 2, Deadbolt, Captain Beefheart, Wire, Only Ones, Gene Vincent, Seeds, Animals, Kim Fowley, Elvis... Il y en a trop, ceux que j'oublie, tous les groupes obscurs de tous les temps, et les incontournables : MC5, Stooges, Pistols, Velvet, Doors, Stones, Yardbirds... En fait, tout ce qui est bon, brut, bizarre et malsain  Mais mon préféré c'est le Gun Club !

 D.It : Et de ce trimestre ?
 LT : Groupe du trimestre ? Ha ha ha ! Les Cramps !

 D.It ! : Dernier disque acheté?
 LT : Le nouveau Cramps et le Sonny Vincent en vinyle chez Sneackers ! C'est la seule boutique de disques de rock'n'roll digne de ce nom en Bourgogne. On y trouve les meilleurs skeuds en CD ou vinyle. Ils y font des expos libertaires et anars et on n'y aime pas beaucoup les collabos genre "rock municipal et subventionné"...

 D. It ! : Et pour finir, tu préfères les grosses (cf la chanteuse de Daisy Chain, la pochette de Kaiser Bordello...) ?!?
 LT : C'est Mark qui préfère les grosses, ainsi que les infirmes et les naines. Moi, j'aime les belles femmes brunes, gothiques et sexy. J'en ai chopé des tonnes (mais en plusieurs fois, contrairement à Mark !) et dès que j'en vois une qui est comestible, je suis comme le loup de Tex Avery... Les femmes sont folles de mon corps et ça se comprend ! D'ailleurs, si celles qui lisent cet article veulent découvrir les secrets du bonheur, qu'elles m'écrivent (en joignant une photo) !

Gildas Cospérec
 
TROUBLE-GRAPHIE

 1979 
*EP 45t. Lucas Trouble : "El Verolo"/"Miss Syphillis" (Bain Total Rds) 
*LP. International Compilation 1 (Bain Total/Scopa  Invisible Rds) avec Die Form, Clock Dva, Metabolist. Lucas Trouble :  "La Préparation à la Cérémonie", "Suicide Dance", "La Vallée ". 
*EP 45t. Tango Lüger : "Meurtre à Casablanca"/"Scorpio " (FLVM) 

 1980 
*EP 45t. Magnétique Bleu : "Virgin Boy"/"Nuits " (Scopa) 

 1981 
*LP. Tango Lüger (Invisible Rds Scopa) 
*LP. Lucas Trouble : Le Roy Défiguré (Invisible Rds Scopa) 

 1982 
*LP. DZ Lectric : Be Electric ! (Transformer Rds) 

 1983 
*LP. The Vietnam Veterans : On The Right Track Now (FGL/Lolita ) 

 1984 
*Maxi 45t : Hymn ( Nova Express) 
*LP Compil. 1966 Garage 1970. DZ Lectric : "Venus In Furs". (New Rose) 
*LP. The Vietnam Veterans : Crawfish For The Notary. (FGL, Eva/Lolita) 

 1985 
*Double LP. The Vietnam Veterans : Greenpeas. (Music Maniac Records) 

 1986 
*LP. The Vietnam Veterans : In Ancien Time. (Music Maniac Rds) 

 1987 
*LP. The Vietnam Veterans : Catfish Eyes and Tales. (Music Maniac Rds) 

 1988 
*LP. The Temple Gates. (Music Maniac) 
*LP. The Vietnam Veterans : The Days Of  Pearly Spencer. (Music Maniac Rds) 
*LP/CD. The Vietnam Veterans : The Days Of Pearly Spencer.  Bonus track "The Trip " live 23'53 ). (Music Maniac Rds) 
*LP. Mark "Vet" Enbatta :  Hidden Passions. (Music Maniac Rds) 
*LP. The Silly Things : Dracula. (Nova Express) 
*Maxi 45t. The Vietnam Chain  : "Before I Go". (Music Maniac Rds) 
*LP. The Vietnam Chain : Susmoala Beat. (Music Maniac Rds) 

 1989 
LP. The Music Maniac Gimmick Compilation. Vietnam Veterans : "Wolf", Mark Enbatta : "Winter". (Music Maniac Rds) 

 1991 
*CD. The Buckaroos : Night Ramblers In A Slicker. (L' Art Inédit/Nova Express Rds) 
*CD. The Silly Things : Teen Trash. (Music Maniac/Nova Express Rds) 

 1994 
*CD. The Buckaroos : Gloom From Yestetimes. (Nova Express Rds) 

 1997 
*CD. Kaiser Banquet : Old Cakes, Soft Brains and Dead Pilots (Nova Express Rds). The Late Veterans (aux claviers), The Needs (claviers, maracas) The Temple Gates (claviers), The Silly Things (claviers). 

  1998 
*CD. The Mediums : Psychocycles (Nova Express Rds) 
*CD. Lucas Trouble : Heavy Friends (Nova Express Rds) 

 1999 
*CD. Kaiser Cabinet The Strange Cabinet of Herr Doctor Kaiser (Nova Express Rds) 

 2000 
*CD. The Mediums : Astro Domine Psychotrops (Nova Express Rds) 
*CD. Astral Quest (Nova Express Rds) 

 2002 
*CD. Lucas Trouble : Crimson Cabaret Terminal Haze (Nova Express Rds) 
*CD. The Mediums Gothic Carnival (Nova Express Rds) 
*CD. Lucas Trouble Meets Univybe In an Electro Cave (Nova Express Rds) 

 2003 
*CD. Lucas Trouble : Soup Of Eyes And Tears (Nova Express Rds) 
*CD single. Lucas Trouble : "El Verolo" + 2 (Nova Express Rds) 

Nova Express : 21 chemin des carrières, 71150 Chagny.  (kaisernova@aol.com)

 
 
 
 up! (Retour en haut!)


THE NEW STRYCHNINES

    L'histoire mérite d'être racontée : En 2000, quelques activistes de l'association The Experience Music Project drivés par Scott McCaughey (Young Fresh Fellows, Minus 5 et cinquième REM en tournée) décident d'organiser un festival regroupant quelques "vieilles gloires" du rock local. Et comme on est dans la région de Seattle, les vieilles gloires en question ont pour nom Wailers, Kingsmen, Viceroys ou Sonics. Excusez du peu. Les reformations aboutiront (Wailers et Kingsmen en profiteront même pour faire quelques concerts supplémentaires, aux USA ou en Europe)... sauf pour les Sonics. Les frangins Parypa étaient pourtant d'accord mais Gerry Roslie a repoussé toutes les propositions... Faut dire qu'il y a entre eux un solide contentieux depuis l'époque (fin 70's) ou Gerry avait utilisé le nom des Sonics pour un album pitoyable (Sinderella, ouais, avec un "S")... Exit les Sonics.
 
 S'accrochant obstinément à son idée, Scott McCaughey a décidé de former lui-même "les nouveaux Sonics", ou plutôt The New Strychnines, un gang ayant pour unique mission de s'attaquer au mythique répertoire du groupe, de "The Witch" à "Maintaining My Cool" en passant par "Cinderella", "Boss Hoss" et autres "He's Waiting" ou "Strychnine" évidemment. Il a appelé quelques potes et l'affaire fut rondement menée. En quelque semaines le gang était opérationnel. Outre McCaughey lui-même aux claviers, les New Strychnines ont tout d'un bottin rock'n'roll du Pacific Norhtwest : Au chant Mark Arm, (Mudhoney), à la basse Steve Turner (id), à la batterie Dan Peters (id), à la première guitare Tom Price (Gas Huffer), à l'autre gratte Bill "Big Kahuna" Henderson (Girl Trouble) et au sax le pote Graig Flory.
 

 Le "super groupe" a ainsi joué au fameux festival (organisé pour l'inauguration d'une sorte de musée du rock régional) entre les Wailers et les Viceroys et, fort du succès obtenu, a décidé de poursuivre l'expérience pour quelques shows supplémentaires. C'est alors qu'ils ont commencé à recevoir des coups de téléphone d'un certain Rockin' Rod, leader d'un obscur garage band répondant au nom de... The Strychnines, auteurs d'un ou deux singles il y a quelques années, qui se plaignait de l'emprunt du nom (!) et exigeait de venir chanter quelques morceaux avec eux en les menaçant d'un procès s'ils refusaient. Gonflé ! Pour éviter les problèmes, Scott et sa bande ont donc fait leur concert suivant sous le nom de The New Original Sonic Sound, avant de revenir rapidement au nom originel.

 Les New Strychnines ont donné plusieurs concerts dans les mois qui ont suivi. Les vrais Sonics, ayant bien sûr eu vent de l'affaire, sont venus au troisième concert des New Strychnines et les frères Parypa ont été tellement excités qu'ils ont postulé pour faire une première partie des New Strychnines avec le groupe dans lequel ils jouent pour occuper leurs weekends.

 Et finalement, sous la pression des chanceux ayant assisté à leurs shows, les New Strychnines se sont décidés à passer par la case studio, ce qui n'était absolument pas prévu au départ. Il en résulte un album (The New Original Sonic Sound) sans doute anecdotique (d'ailleurs pour couper court aux critiques sur l'utilité d'un tel projet, Mark Arm conseille : "Avant d'acheter notre disque, procurez-vous les albums des Sonics") mais fatalement et furieusement rock'nroll et étonnamment fidèle au son original. Il a été mis en boîte par un vieux pote du groupe, Kurt Bloch (des Fastbacks et YFF, déjà responsable du son des Supersuckers, Devil Dogs ou Nashville Pussy entr'autres) et le bougre a réussi à faire sonner la session (seize titres) de façon très semblable à ce qu'avait réalisé Keaney Barton pour les Sonics en deux pistes il y a presque quarante ans au Audio Recording Studios de Seattle.

 Après une édition US (sur Book Records) sous le nom des New Original Sonic Sound pour les raisons évoquées plus haut, l'album vient de voir le jour en Europe (et sous l'appellation définitive de New Strychnines cette fois) sur le petit label de Madrid Rock'n'Roll Inc dont le boss Francisco a toujours été un adorateur déclaré des Young Fresh Fellows en général et de Scott McCaughey en particulier, d'où la connexion. La pochette est différente de la version américaine et le disque bénéficie de solides cautions en forme de liner notes hommage aux Sonics signées par quelques grands fans du groupe devant l'éternel : Peter Buck, Howlin Pelle (The Hives), Andy Shernoff, Roy Loney, Nick Vahlberg (Nomads), Deniz Tek, Greg Prevost (Chesterfield Kings), Billy Childish, Mike Stax, Jello Biafra, Steve Turner, etc... Extraits :

 Deniz Tek : "... Quand j'ai entendu les Sonics la première fois, ça m'a fait un choc, je ne pensais pas qu'on puisse faire un truc aussi intense".
 Andy Shernoff : "Trois accords sur un rythme sauvage + des hurlements de malades = Real Rock'n'Roll !!!".
 Roy Loney : "La première fois que j'ai entendu les Sonics, je roulais dans ma '57 Chevy et "The Witch" est passé à la radio. J'ai failli en perdre le contrôle de ma caisse et me foutre dans le décor".

Rock'n'Roll Inc Rds :
PO Box 57116, 28224 Pozuelo, Espagne
francisco@munster-records.com
Gildas Cospérec
 
This One's For The Fellows !

 Le vingtième anniversaire du premier album des Young Fresh Fellows (The Fabulous Sounds Of The Pacific North West) a été dignement fêté par le label Blue Disguise Rds qui vient d'éditer un hommage, ou plutôt un "salut" comme ils disent, au gang de Scott McCaughey (This One's For The Fellows, sous-titré "A 20 Song Sonic Salute to The Young Fresh Fellows"). Pour célébrer la sortie de l'album, une fiesta s'est déroulée le 7 mai au Crocodile Cafe de Seattle. Plusieurs groupes participant au disque ont évidemment joué. Les Young Fresh Fellows aussi. Sur l'album figurent entre autres The Presidents Of The United States Of America, The Silos, Robyn Hitchcock, Carla Torgerson & Amy Stolzenbach, The Figgs, Johnny Sangster, The Black Panties, The Groovie Ghoulies, Charlie Chesterman (ex-Scruffy The Cat), The Makers, The Mono Men (avec Scott McCaughey), etc...

infos : www.bluedisguise.com

 
 up! (Retour en haut!)


 digitfanzine@chez.com
 up! (Retour en haut!)
 
Index!