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Dig It! # 45
SOUL-O-GRAPHY
DOLEMITE


THE MCRACKINS
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DOLEMITE

Putain de bordel de merde ! Ce qui devait être un hommage joyeux, plein de gros mots et de déconnades, dédié au héros black le plus lubrique, exubérant et déjanté, s’est transformé en rubrique nécrologique. Rudy Ray Moore est mort.

    
Né Rudolph Frank Moore à Fort Smith, Arkansas, le 17 mars 1927, aîné d’une famille de sept enfants, danseur, chanteur, comédien, MC, DJ, producteur, acteur, scénariste, il a connu bien des incarnations mais restera pour l’éternité Dolemite, le troisième artiste le plus samplé de la planète (les deux premiers étant à vue de nez James Brown et George Clinton).
    Dolemite, un mythe ! Billy Miller, du label Norton raconte comment sa seule apparition, en long costume noir à revers d’hermine, sous un chapeau gigantesque, suffit un jour à le tirer des pattes de jeunes branleurs qui en voulaient à sa peau pâlote : “Dolemite ! It’s Dole-fucking-mite !”. Nathaniel Mayer, autre vétéran de la soul récemment disparu, qui hanta pendant les seventies les bas-fonds de Detroit en compagnie des Errol Flynns, le gang le plus fameux de la ville, se vantait de la photo qui le montrait en compagnie de Rudy : “Là où je vis, si tu montres une photo de toi avec Dolemite, ça vaut de l’or !”. Mais sa réputation a largement débordé les frontières des ghettos. Les Rip Offs et les Groovie Ghoulies ont chanté “Dolemite”. Les Phantom Surfers en ont fait leur invité d’honneur sur leur délirant XXX Party. C’est l’affiche du film du même nom qui orne la pochette de Shaftman, la torride compilation groove du label Crypt. Le titre était bien sûr un clin d’oeil à un autre personnage de la blaxploitation, mais les jouissifs intermèdes pornographiques avaient bien plus de rapport avec Dolemite qu’avec Shaft. Norton, label emblématique du garage rock a réédité et compilé ses premiers enregistrements. Car lorsque le bonhomme devint Dolemite, il avait déjà une longue et tumultueuse carrière derrière lui.

PRINCE

    Après avoir vécu un temps à Paris... Arkansas, il part à Cleveland à 15 ans, pelant des patates et faisant la plonge pour gagner sa vie. Il apprend à danser et commence à apparaître dans des clubs et des shows amateurs. A 17 ans il s’exile dans le Milwaukee et entame sa carrière dans le showbiz, sous le nom exotique de Prince DuMarr. Il se fait embaucher dans la Neil Stepp’s Revue. Son principal numéro est une danse africaine torride avec une fille légérement vêtue au son de tambours tribaux. La revue tourne dans la région, jusqu’en Pennsylvannie et en Alabama. Avec son mentor et prof de danse Billy Nightengale, ils prennent l’habitude de se trimballer la tête ornée d’un spectaculaire turban, à tel point qu’on les prend parfois pour des dignitaires étrangers en visite ! Billy lui apprendra notamment ces étonnants mouvements de la tête genre cobra hypnotisant sa proie qu’il réutilisera dans les scènes de kung fu de ses films. De retour à Cleveland, il commence à chanter des ballades, les mettant en scène dans un style outrageusement dramatique. Son style va se muscler avec l’arrivée du rock’n’roll.
    Fin 1950, il part pour trente-quatre mois de service et participe aux spectacles organisés pour la troupe. D’abord stationné à Fort Campbell dans le Kentucky, on le surnomme The Harlem Hillbilly pour sa façon R&B de chanter la country, puis lorsqu’il est envoyé en Corée, il devient The Human Tornado, assurant des shows spectaculaires pour remonter le moral des trouffions. Il finit son service basé à Berlin, où son habituel couvre-chef lui vaut le surnom qu’il gardera longtemps par la suite : The Turban Headed Prince Of The Blues.
    A Cleveland, il avait rencontré une certaine Caldonia Young, qui prétendait être l’inspiratrice du “Caldonia” de Louis Jordan, et qui avait monté un spectacle comique très populaire. Durant son service, alors qu’il animait un show, et que le numéro suivant tardait à venir, il se lance dans un sketch improvisé inspiré de Caldonia. Tabac immédiat, sa carrière de comédien est née.

HULLY GULLY PAPA

    De retour à Cleveland, il hante le Majestic Hotel, réservé aux noirs, et y côtoie les plus grands : BB King, Fats Domino, Ray Charles, les Drifters, Ruth Brown, Big Maybelle, Wynonie Harris... Alors qu’il visite sa famille qui s’est installée à Seattle, il lance aussi sa carrière discographique en enregistrant quatre singles pour Federal Records, tous parus en 1956 et abritant quelques perles comme “Step It Up And Go” ou “I’m Mad With You” repris par Moon Mullican.
    On les retrouve avec une bonne partie des titres qu’il a enregistrés jusqu’en 1964 sur l’excellent double album Hully Gully Fever sorti par Norton Records en 2000. Avec sa voix dopée à la testostérone (une vraie voix de slip !), il braille du R&B pêchu et narquois, aux arrangements soignés (cuivres et choeurs doo wop à go-go), ou des ballades larmoyantes, pas très loin de l’univers de Richard Berry ou d’André Williams. C’est l’âge d’or du rock’n’roll, inventé par les noirs et exploité par les blancs. Selon Rudy, interviewé par Billy Miller et Myriam Linna pour les notes de pochettes, ce pillage permit quand même à certains de s’en sortir. Quand les mamans blanches virent ces morceaux joués par des blancs inoffensifs comme Pat Boone, Bobby Darin ou Georgia Gibbs, elles permirent à leur kids de ramener à la maison des “Race records”. Little Richard, Chuck Berry, Bo Diddley ou Fats Domino devinrent des stars alors que des dizaines d’autres restaient dans l’ombre. Comme Rudy, toujours en quête du tube qui le ferait décoller...

      Après avoir tourné avec Screamin’ Jay Hawkins, Larry Williams ou Huey Piano Smith (il clamera d’ailleurs avoir participé à l’écriture de “Don’t You Just Know It” bien que non crédité), il part pour Los Angeles en 1959. Il continue à enregistrer : “Josephine” pour Cash Rds, “Hully Gully Fever And The Flu Bug Too” pour Kent, “Hully Gully Papa” (ce sera brièvement son nouveau surnom) pour Case ou “Ralley In The Valley” sur son propre label, Vermont. Adepte du Do It Yourself, il produit et finance les enregistrements lui-même, choisit ses musiciens, démarche les labels sans jamais signer le moindre contrat.
    C’est aussi en 1959 qu’il enregistre son premier disque de sketches, Below The Belt. Il sera suivi de The Beatnick Scene en 62, et A Comedian Is Born en 64, qui rencontreront un succès modéré. Il devient une figure locale, bombardé Master Of Ceremony au Californian Club où se produisent régulièrement Bobby Bland, Hank Ballard, Ike & Tina Turner ou Etta James. Il continue à enregistrer pour Ball Rds notamment avec The Raytones.
    Vers 1961, il est connu sous le nom de Mr Wiggles et monte un show mélant danse, chant, comédie et contorsionnisme (!), présenté sous la flatteuse étiquette “The World’s Most Handsome Man”. Il traîne souvent avec Don Julian, Jesse Belvin, Don & Dewey, Young Jessie, Johnny Guitar Watson ou Richard Berry, la crème de la soul californienne.  Au début des années soixante, il bosse dans le magasin de disques de L.A., le Dolphin’s, qui abrite aussi une émission de radio programmée sur KGFJ. Il présente The Album Of The Hour et interviewe régulièrement James Brown, Little Richard ou Eartha Kitt (RIP). Il aide à promouvoir “Papa-Oom-Mow-Mow” et posera fièrement avec les Rivingtons quand on leur remettra un disque d’or. Il chante aussi avec un groupe vocal, The Seniors, sans grand succés. En 67, il auditionne pour une tournée avec Otis Redding, mais ce dernier renonce à l’embaucher. Une semaine plus tard, son avion, dans lequel Rudy n’aurait pas manqué de l’accompagner, disparaît dans les flots. Signe du destin ! Ce n’est peut-être pas la chanson qui lui permettra de percer.

DOLEMITE

    Alors qu’il bossait encore au Dolphin’s, un clodo du coin appelé Rico y venait souvent faire la manche pour s’acheter de la soupe vu qu’il n’avait plus une dent. Rudy lui filait de l’argent à condition qu’il lui raconte des blagues, des toasts selon la tradition black, des histoires bien grasses, les plus énormes étant les meilleures. Un jour, Rico raconte l’histoire d’un certain “Dolemite”. Les clients présents sont écroulés de rire. Quelqu’un lui suggère de l’enregistrer. Rudy l’adapte, l’utilise dans ses spectacles et finit par la graver.
    A ce moment là, le comique noir le plus en vogue s’appelle Redd Foxx. Il raconte des vannes salaces, mais sous des artifices assez vaseux tel que commenter une course hippique entre un cheval nommé “My Dick” et la jument “Pussywillow” ! My Dick lui colle au train et gagne d’un poil, etc... ! Et les gens font “Oooooh” ! Moore veut un hit, il veut se démarquer. Il décide d’employer les mots en quatre lettres, les mots en F et en MF, les plus crus imaginables ! Ses blagues seront pornos, trash et bourrées d’obscénités ! Elles seront aussi rimées. Certains textes on été publiés sur dolemite.com. Voilà pour exemple la naissance de Dolemite :

    “The day he was dropped from his Mammy's ass, He slapped his Pappy's face
    And said, “From now on, cocksucka, I'm running this place.”
    At the age of one he was drinkin whiskey and gin.
    At the age of two he was eating the bottles it came in.”

    Imaginez ça scandé avec une gouaille de bateleur et accompagné d’un fond musical. C’est du rap avant la lettre ! Hilarant et porno de surcroît, ce qui lui vaut le titre de “World’s first X-rated Comedian”. Il l’a toujours revendiqué avec fierté : “J’ai été le premier comique sur cette planète à mettre des gros mots sur un disque. Totalement cru ! De Richard Pryor à Eddie Murphy, ils m’ont tous copié !”

    Avec sa version de “Dolemite”, Rudy sent très vite qu’il a touché le gros lot : “J’ai amené le disque au magasin et je l’ai mis sur la platine. Un mec a entendu l’intro : “Some folks say that Willie Green, was the baaaddest motherfucka the world had ever seen”. Il a dit : “Donne le moi. J’ai pas besoin d’en entendre plus.” Il l’a ramené chez lui et une heure après, une cinquantaine de personnes se sont pointées pour acheter ce disque où était écrit “Dolemite”.” La légende prétend qu’il lui coûta 253 dollars. Il fut d’abord accueilli par les quolibets de ses contacts dans l’industrie du disque. “Ce disque dont ils se sont moqué, maintenant il est sur Capitol Rds !” plastronnera-t-il dans une interview bien des années plus tard.
    En 1970, Eat Out More Often, qui contient “Dolemite”, entre dans les charts soul, et reste trois mois classé dans le Billboard, rapidement suivi de This Pussy Belongs To Me, ce qui en fait aussi le premier artiste “soul” à avoir eu deux albums classés en même temps !
    Seize autres galettes vont suivre en quelques années, sur son propre label Comedian International (distribué par Kent), toutes enregistrées à la maison, Moore invitant des amis, servant à boire et racontant ses vannes devant un public acquis qui ricane grassement, pendant que des acolytes passent de la musique et enregistrent la fiesta. Il détrône Redd Foxx et devient le nouveau King Of The Party Records. Il reprend des toasts traditionnels (“The Signifying Monkey” ou “Shine And The Great Titanic” au sujet duquel il précisera : “Certains disent qu’il n’y avait pas de noirs à bord du Titanic, mais qui donc s’occupait des bagages ?!”), signe des originaux aux titres évocateurs (“I Can’t Believe I Ate The Whole Thing”) et Dolemite devient son personnage fétiche (“Hurricane Annie Meets Dolemite”, “Return Of Dolemite”, “Dolemite Is Another Crazy Nigger”). En 1972, pour promouvoir Dolemite For President, il s’embarque dans une campagne électorale parodique à bord d’un van peinturluré à sa propre effigie.
    Outre leur contenu sulfureux, toutes ces galettes ont des couvertures bidonnantes montrant Rudy, un concombre dans le slibard, en compagnie de donzelles à moitié à poil dans des poses outrageusement suggestives. Bien sûr, elles sont vendues sous le manteau, planquées derrière les comptoirs. Sans l’appui des radios, et pour cause, mais en écumant les ghettos avec des disques plein la malle, appâtant les disquaires comme les passants, il en écoulera quand même près d’un million d’exemplaires en tout !
  L’histoire aurait pu s’arrêter là, et Rudy “Dolemite” Moore passer à la postérité, du moins chez les amateurs de blagues cochonnes en argot du ghetto, ou les archéologues de la scène black underground la plus zarbi. Un peu comme l’impayable Clarence “Blowfly” Reid, qui à la même époque s’était spécialisé dans les détournements de tubes en vogue (“Shittin’ On The Dock Of The Bay” était le préféré de Rudy !), et qui d’ailleurs s’est ensuite retrouvé invité lui aussi par les Phantom Surfers sur l’album cité plus haut. Mais les nombreux fans de Dolemite en voulaient plus, et Rudy était assez déjanté pour aller encore plus loin.

BLAXPLOITATION

    En 1974, Rudy utilise ses gains récents, environ cent mille dollars, pour porter à l’écran, avec ses amis et dans son propre quartier à Los Angeles, le personnage de Dolemite. On est alors à l’apogée de la Blaxploitation, une appellation que Rudy réfute : “Je n’aime pas le terme Blaxploitation. Dites juste film black. Je n’aime pas le mot exploitation. Je n’ai rien exploité. J’ai fait un film pour une audience qui à l’époque était une audience noire. Je ne nous ai pas exploité.”
    Il est certain qu’à l’instar de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song, le premier film noir (Melvin Van Peebles, 1971), Dolemite est financé par des blacks pour des blacks, mais ce ne sera pas le cas d’une bonne partie d’entre eux, à commencer par le plus célèbre, Shaft, un pur produit d’Hollywood, qui exploita sans vergogne le nouveau filon.
    Durant toutes les seventies, les films blacks vont fleurir, abordant différents genres, polar, action, comédie musicale, drame social, western, humour ou horreur (comme les innénarrables Blacula et Blackenstein !), révélant des acteurs plus tard oubliés : Richard Roundtree, Fred Williamson, Antonio Fargas (réduit à jouer les faire valoir de Starsky et Hutch !) ou Pam Grier redécouverte grâce à Tarentino. Elle fut l’archétype d’un sous genre de la blaxploitation mettant en scène des guerrières sexy  et redresseuses de torts, qui mitraillent et bastonnent à tout va (Coffy, Foxy Brown, Cleopatra Jones etc.).
    En schématisant un poil, dans la plupart de ces films, les blancs sont des salopards et se font castagner, les noirs, bons ou mauvais, sont des durs, souvent des maquereaux ou des dealers. Beaucoup eurent un énorme succès et les bonnes âmes s’alarmèrent. L’accusant de racisme anti-blanc, mais aussi de renforcer les stéréotypes racistes anti-noirs, les principales organisations de lutte pour les droits civils s’associèrent pour former la Coalition Against Blaxploitation qui fit péricliter le genre à la fin des seventies.
    Faut dire que le film fondateur Sweet Sweetback ne fait pas dans la dentelle. OVNI psychédélique et violent, dédié “à tous les frères et soeurs qui en ont marre du blanc”, il fixe une partie des codes du genre. Sweetback, jeune orphelin recueilli par un mac, se fait aussi sec dépuceler par une pensionnaire du claque dans une scène d’introduction (si j’ose dire) d’anthologie. Devenu l’attraction du lieu en baisant en public des jeunes filles consentantes (mais attention “Que des soeurs !” répond-il à une blanche en chaleur), il est embarqué par des flics blancs pour donner le change alors que des émeutes secouent la ville. Sur la route, les flics arrêtent un jeune meneur, commencent à le tabasser et Sweetback finit par intervenir en les massacrant à coups de menottes dans une scène à glacer le sang, même si l’essentiel se déroule hors cadre. Commence alors une longue fuite vers le Mexique, ponctuée de deux cadavres de shérifs, quelques tortures, des scènes de sexe paraît-il non simulées  (Van Peebles complétera le budget de son film grâce à une indemnité pour avoir chopé une blennorragie lors du tournage !) et de passages psychédélico-hystériques au montage nerveux sur une bande-son givrée : “Allez mes pieds courez ! Allez mes genoux, me lâchez pas ! Allez mes pieds, courez !”. La musique fait corps avec le film, jazzy, funky, lysergique, oppressante, basée sur un thème hypnotique que Van Peebles avait joué d’un doigt sur un piano pour des musiciens alors inconnus, Earth Wind And Fire. Fauché, Melvin Van Peebles avait sorti la bande-son du film en guise de promo et de teasing, et avait réussi son coup. La musique deviendra un des éléments majeurs de la blaxploitation, et les plus grands y contribueront : Isaac Hayes (Shaft, Truck Turner...), Curtis Mayfield (Superfly), Bobby Womack (Across 110th Street) ou James Brown (Black Caesar).
    Sweetback court, court, court encore, porté par le mantra “They Won’t Bleed Me” (Ils ont saigné ton père, ils ont saigné ta mère ! Mais ils me saigneront pas !). Bien sûr il franchit la frontière avec l’aide d’un hippie blanc qui accepte de revêtir ses fringues et de perdre la police dans le désert. Un message final apparaît à l’écran : “Attention ! Un sale nègre va revenir pour régler ses comptes !” Injustice, vengeance, violence, sexualité débridée, prostitution, décors sordides, bande-son torride... les piliers de la Blaxploitation. Dolemite s’inscrit dans la lignée, avec quelque chose en plus.

DOLEMITE
THE MOVIE

    Grâce au film, Rudy va révéler à la planète entière de quel bois se chauffe Dolemite. Et les cinq premières minutes en disent long. Piégé par des flics, Dolemite est libéré pour rétablir l’ordre dans le ghetto où son neveu vient d’être assassiné par des dealers et accessoirement reprendre son club que lui a piqué l’affreux chef des dealers, Willie Green, (“The baddest motherfucker the world have ever seen !”). A peine franchi les grilles de la prison, il se dessape et envoie valdinguer ses fringues de taulard à la gueule d’un maton (“Torche-toi le cul avec !”) avant d’enfiler un délirant costard bleu et blanc et un chapeau démesuré qu’il ôte aussi sec dans la bagnole pour s’offrir une orgie avec ses filles qui sont venues le chercher. Poursuivi par des méchants blancs, il les arrose à la mitrailleuse, en fait danser un en lui tirant dans les pattes. “Girls ! This motherfucker’s got rythm !” ricane-t-il avant d’envoyer une fille l’achever à coups de couteau !
    Le patronyme Dolemite serait inspiré du nom donné à des vitamines... Dolemite, c’est LA vitamine ! Un mac lubrique, balèse et méchant comme une horde de teignes enragées, aux fringues incroyablement kitch et flashy, qui manie le Kung Fu, la mitrailleuse et la vanne cinglante avec le même brio. Enfin surtout les vannes... A la différence des hiératiques Sweetback et Shaft, Dolemite balance des répliques d’anthologie qui déclenchent l’hystérie dans les salles. Aux flics qui l’ont piégé en mettant des fourrures et de la drogue dans son coffre, il crache l’intraduisible : “You no business, insecure, rat soup eatin’, junkyard motherfucker !” (le MPAA, comité de censure, restera perplexe, lui avouant qu’à part le mot motherfucker, il n’avait aucune idée de ce que ça voulait dire !). Quand il fait la morale à son pote en train de se piquer dans sa piole miteuse, où l’on aperçoit un de ses disques de comédie, il prévient : “Je suis tellement méchant que je me botte le cul deux fois par jour !”. Au flic qui veut l’arrêter : “Mec, bouge et laisse-moi passer. Sinon tu devras t’extirper ces pompes de ton putain de trou du cul.” Lorsqu’il revient dans son ancien club, il menace les loufiats de Willie Green : “Je veux qu’il vide les lieux dans les vingt-quatre heures et vingt-trois se sont déjà écoulées.” Et tout est à l’avenant, sans compter deux de ses histoires fétiches, “The Signifying Monkey” et “Shine And The Great Titanic” qu’il raconte au cours du film.
    Une pellicule, faut-il le préciser, qui est d’un amateurisme confondant. Dirigé par son ami D’Urville Martin, un des partenaires habituels de Fred Williamson, qui joue aussi le rôle de Willie Green et dont c’est la première réalisation (il signera Disco 9000 en 76), il s’agit d’un navet de première, le Plan 9 de la blaxploitation, avec micros apparents, raccords boiteux, scènes d’action piteuses et kung fu d’opérette !
    Fuck it ! Les scènes déjantées se succèdent. Queen Bee, la copine maquerelle de Dolemite, entraîne ses filles au kung fu (la Chuck Norris School of Martial Arts est créditée au générique, mais ils n’ont pas dû y user longtemps les tatamis !). Le junkie se fait assassiner sous les yeux de Dolemite qui dézingue les trois meurtriers ! La femme du maire, un salaud blanc qui protège Willie Green, est dessoudée par sa maîtresse noire, une copine de Dolemite. Le maire l’étrangle et tente de s’enfuir avec la caisse, avant d’être flingué par un agent noir du FBI, qui pour une raison quelconque semble aider notre héros. Grand moment : la baston entre la bande à Willie Green et celle de Dolemite qui tourne au gore quand le cuistot fait cramer la tronche de son assaillant sur la plaque chauffante, jusqu’à ce que Dolemite arrache les tripes de Willie Green à mains nues ! Des scènes détonnantes qui s’enchaînent au rythme d’une bande-son solide (avec Ben Taylor, Mary Love et les Revelation Funk) qui mèle wah wah graisseuse, soul languide et funk torride. Un navet inoubliable !
    Sans doute parce qu’il pousse les clichés du genre vers la démesure et l’absurde, en arrosant le tout d’un humour irrésistible, quoique parfois involontaire, Dolemite deviendra le héros emblématique de la blaxploitation, oups, des “black movies”. Honni par les critiques, le film est acclamé par le public noir.

DEVIL’S SON IN LAW


    En 76, il produit une suite, The Human Tornado. Tourné en grande partie dans son propre appartement, avec un budget à peine plus sérieux, des acrobaties kung fu légèrement accélérées et un scénario toujours aussi délirant. Dolemite se fait payer pour ses prouesses sexuelles par la femme (blanche) d’un shériff, qui les chope en pleine action, flingue sa femme tandis que Dolemite fuit à poil dans les champs, kidnappe un jeune (gay), file vers la Californie, apprend que deux de ses amies sont captives dans la chambre de tortures du mafieux Cavaletti. Dolemite séduit l’épouse nymphomane et détruit la maison du méchant, qui finira par se faire bouffer les couilles par des rats dans sa propre chambre de tortures ! Il est accompagné de ses complices Lady Reed (qui jouait Queen Bee dans Dolemite) et Jimmy Lynch (qui enregistra plusieurs disques de toasts dans l’ombre du maître). Cette année-là, Rudy apparaît aussi dans The Monkey Hu$tle, dirigé par Arthur Marks (Foxy Brown, Bucktown etc) avec Yaphet Kotto et produit par AIP, une des boîtes qui lui avaient ri au nez quand il leur avait proposé Dolemite.
    L’année suivante, il incarne un autre de ses personnages habituels, Petey Wheatstraw - The Devil’s Son In Law. Le nom vient d’un bluesman de St Louis mort en 1941 qui se faisait aussi appeler “Peetie Wheatstraw, The High Sheriff from Hell”. Flingué par des concurrents, le comédien Petey se retrouve en enfer et fait un deal avec le diable qui l’autorise à revenir dans le monde des vivants à condition qu’il épouse sa repoussante fille ! Evidemment la vengeance sera terrible et Petey tentera de gruger le diable. La bande-son signée du vétéran Nat Dove est un remuant cocktail de gospel et de groove, symbolisé par le tétanisant “Ghetto St USA”.
    Mais la glorieuse époque du cinéma indépendant s’achève en même temps que l’épopée des films blacks. Rudy va en co-produire un dernier en 1979, et réunir une nouvelle fois ses fidèles complices sur The Avenging Disco Godfather, où il joue Tucker Williams, un flic à la retraite qui devient DJ dans un club disco et se lance dans une croisade anti-drogue. On y voit bien quelques hallucinations, un monstre et des fêtards sniffant de la coke sur la pochette de Saturday Night Fever, mais ses partenaires financiers l’ont invité à policer son personnage et les fans sont déçus. Cette fois il ne rentre pas dans ses frais. Pour enfoncer le clou, son distributeur Dimension Pictures fait faillite laissant Rudy sur la paille.

GODFATHER OF RAP

    Pour se refaire, Rudy Ray Moore va reprendre la route avec son spectacle comique, enregistrant la vidéo Rude en 82, et sombrant doucement dans un relatif oubli. Son seul disque des années quatre-vingts sera un double album compilant certains de ses meilleurs sketches, Rudy Ray Moore's Greatest Hits, paru en 86.
    Pourtant un jour quelqu’un l’aborde en le félicitant pour son nouvel album. Alors que Rudy s’étonne, le mec répond “Mais si, je reconnaîtrais ta voix entre mille !”. Il découvre que les rappers 2 Live Crew ont samplé un extrait de son album I Can’t Believe I Ate The Whole Thing. Dolemite est de retour ! Il collaborera avec Eazy E ou Big Daddy Kane. Snoop Dogg affirme qu’il n’y aurait pas eu de Snoop Dogg sans lui. Dr Dre le sample à mort, Busta Rhymes, Eric B et Rakim l’invitent à leurs sessions... Luther Campbell des 2 Live Crew lui rend hommage dans le Miami Herald en 97 : “Quand les gens pensent aux comiques noirs, ils pensent à Eddie Murphy. Ils ne réalisent pas que Dolemite était le premier, le plus grand des comiques underground. Je l’ai écouté et je l’ai copié.” Comme George Clinton, le boss de la bande Funkadelic / Parliament, ce sont les rappers qui relancent sa carrière. Il devient définitivement Dolemite, “The Godfather Of Rap”, un titre déjà attribué à Gil Scott-Heron pour ses rimes politiques enflammées. Dolemite tient un discours plus vulgaire et apparemment moins engagé, mais il proclamera souvent : “Vous dites que j’ai un langage grossier, moi, je dis que je parle le langage des ghettos.”.
    Le rap est suivi d’une redécouverte de la blaxploitation. John Singleton (Boyz N The Hood) et Spike Lee (Do The Right Thing) renouvèlent le genre. A partir du milieu des années 90, Rudy apparaît dans de nombreux films (Violent New Breed, Fakin’ Da Funk, B*A*P*S...), plusieurs documentaires (The Legend Of Dolemite, American Pimp...), une série télé, des cartoons, rejoue Dolemite dans Big Money Hustlas et figure dans Shaolin Dolemite, un remontage farfelu d’une série télé taïwanaise avec des scènes additives où il devient le moine Monk Ru-Dee !
    Plusieurs de ses disques sont réédités en CD, les films en DVD, lui permettant de renouveler son public (et de se faire un peu de fric puisqu’il a récupéré les droits de ses films). Après avoir enregistré et tourné pour la première fois avec Blowfly (belle affiche !), il sort en 1997 Hipshakin’ Papa en deux versions, “Clean” et “Explicit”. Un an après le double album Hully Gully Papa, Norton réédite This Ain’t No White Christmas, un album de Noël de Dolemite datant de 71. L’an dernier Rudy avait financé un nouvel album de chansons modestement titré The Genious Of Rudy Ray Moore aka Dolemite. Dans une interview assez récente, il racontait qu’il continuait à écumer le pays, jouant ses sketches pour 400 $ la soirée, devant une audience mixte, lui qui n’avait touché que le public noir durant les trente premières années de sa carrière. Une bonne chose pour le business ! Sa table de merchandising était recouverte de disques, de DVD, de photos et de toute une quincaillerie en plastique achetée à 1 dollar pièce qu’il revendait signée et estampillée “accessoires de mac” quinze ou vingt fois plus cher !

    Mais son grand projet ces dernières années était le come-back officiel de Dolemite à l’écran, son premier film autofinancé depuis trois décennies, d’abord titré Dolemite 2000, puis The Return of Dolemite 2001, et enfin The Dolemite Explosion. Apparemment il venait enfin de boucler la pellicule avec l’aide de son vieux complice Jimmy Lynch (un trailer circule sur Youtube), ainsi qu’un album de ballades soul avec sa fille Rusty (Let Me Sing To You Before I Drift Away), quand il est mort paisiblement des suites du diabète, en octobre dernier, à quatre-vingt-un ans bien sonnés. Comme un dernier clin d’oeil, la réédition CD de Dolemite For President est sortie le lendemain de l’élection d’Obama. Dans un pays qui ne voit encore qu’en noir et blanc, sa prophétie s’est réalisée, et la “White House” est devenue Black, quand bien même elle serait tenue par un métis nettement moins drôle que notre lascar. Rudy Ray Moore est mort, vive Dolemite ! Laissons-le rapper son épitaphe :

    “They had his funeral. Carried him down to the graveyard.
    Dolemite was dead, but his dick was still hard.”

Sylvain Coulon

Dolemititude :
www.dolemite.com
Rudy Ray Moore official site :
shockingimages.com/dolemite/main.php
discographie :
http://koti.mbnet.fi/wdd/rudyraymoore.htm
filmographie :
http://us.imdb.com/name/nm0601834/
Interview avec Nardwuar The Human Serviette :
nardwuar.com/vs/dolemite/index.html
Interview dans Backwash :
www.backwashzine.com/rudyray.html





THE McRACKINS


On les croyait brouillés ou barrés en omelette, mais les rois du punk noeufs-noeufs sont du genre incassable. Aussi prolifiques que des lapins en chaleur, ils ont pondu une bonne dizaine d’albums entre 1994 et 2000 - plus de cent mille disques vendus ! - avant d’hiberner jusqu’en 2006 et l’étincelant Bat Out Of Shell, couvé pendant plus d’une année. Un titre débilo-rigolo clin d’oeil à Meat Loaf pour une nichée de pop songs percutantes, fendardes et addictives. Vive le Bubble Punk ! Evidemment, des olibrius grimés en oeufs et en chien qui moulinent des mélodies parfois limite niaiseuses, d’aucuns trouvent ça casse-coquille. Certes, réinjecter du fun dans le rock’n’roll n’est pas un objectif très ambitieux, mais heureusement que certains s’en chargent !
    Dans ce registre, nos trois canadiens sont des maîtres. Après un split CD en compagnie des Jokers en 2007 (San Martin Rds), ils viennent d’en remettre une couche avec un nouvel opus, Eggzit sur Cheapskate Rds. Tous les morceaux sortent du même moule : tempo trépidant, guitares classieuses, choeurs chiadés et mélodies entêtantes. A la fois petits génies et cancres rigolards de la grande tribu Ramones, dont ils ont entièrement repris l’album Too Tough To Die, le trio de Vancouver a survécu au new rock et autres punkeries pour ados. Masquant leurs rides sous une épaisse couche de fard, les revoilà prêts à séduire en douce vos petites soeurs. Nouvel entretien (le troisième dans Dig It!, voir les numéros 12 et 22) avec Bil et Fil, nos oeufs à la rock préférés.

    D.I. : La dernière fois qu’on vous a interviewés, c’était en mars 2001, vous veniez de sortir Too Tough To Die. Que s’est-il passé depuis ?
    Bil : Yeah, ça fait un bail hein ? Et bien, je venais juste de rentrer au Canada après avoir vécu un an en Finlande, à Helsinki, et Bil, Spot et moi avons décidé de nous réunir et de jouer une paire de shows, les premiers depuis cinq ans. Les deux concerts étaient marrants, mais ce n’était pas vraiment les McRackins car nous avons joué comme des humains ordinaires, “démasqués” disent certains, et non pas comme les deux oeufs et le chien que les gens connaissent et apprécient. C’était une grosse erreur et elle ne se reproduira plus, hahahahah. On n’a pas fait grand chose après ça jusqu’en 2005 où on a décidé d’essayer d’enregistrer un nouveau disque. On a vraiment pris notre temps avec l’enregistrement, on voulait faire un album vraiment bien foutu, soigné et surproduit, ce que nous avons réussi je crois. Quand il a été fini, ce qui a pris environ un an, on a commencé à chercher un label pour le sortir. Wynona Rds en Italie s’en est occupé et s’est arrangé avec Teenage Head Music pour nous organiser une tournée de six semaines en Europe en janvier/février 2007. Avant de partir, on est allé en studio pour enregistrer la base de notre nouvel album Eggzit et on l’a terminé en revenant. Pendant ce temps on a aussi mené d’autres projets, avec Fil et Spot jouant dans les Retreads et moi avec les Deltoros, Doormats, Hub City Losers Club et un gang à la Ween appelé Los Testicles.

    D.I. : Les Doormats ou les Deltoros tournent encore ?
    Bil : Ces groupes étaient des projets parallèles montés pour le fun et n’existent plus maintenant. Les deux groupes ont enregistré des albums qui n’ont jamais été édités. A la base, c’était juste un prétexte pour se retrouver, se beurrer la gueule et jouer du rock’n’roll.

    D.I. : Comment Bil a réussi à ramener Fil et Spot dans la basse cour ?
    Fil : Ça n’a pas été difficile : de la bière, de la bière et encore de la bière !

    D.I. : A propos, vous avez bien figuré dans une pub télé pour une marque de bière ? Vous avez touché le jackpot ? On vous a payés en canettes ?!
    Bil : Yeah, c’était il y a longtemps. Fil et moi, on était dans la pub “I Am Canadian” pour la bière canadienne Molsen qui a été diffusée dans tout le pays pendant les phases finales de la Stanley Cup de hockey. On apparaissait juste une seconde et en clignant des yeux tu nous aurais loupés. Quand ils ont filmé notre partie, on a signé des papiers précisant qu’on ne serait pas payés mais on a finalement bien touché le jackpot puisqu’on a tous les deux reçu un mois plus tard un chèque de mille dollars ce qui était totalement inattendu. Il y avait un paquet de canettes vides quand on a craqué ces chèques hahahahaha. Et deux oeufs bien bourrés !!

    D.I. : Et ce film, Downhill Willie ?
    Fil : C’était une comédie autour du ski, tournée à Whistler, BC. Quelqu’un nous a vu jouer et a pensé qu’on ferait l’affaire pour la scène dans le bar. Ça a été une longue journée de précipitation et d’attente pour filmer une courte scène mais c’était très drôle. C’est un sacré navet mais on a pu rencontrer Keith Coogan, fameux pour Don’t Tell Mom The Babysitter’s Dead.

    D.I. : Vous avez finalement été reconnus dans votre propre pays ?
    Fil : Pas vraiment mais on commence à l’être aux Etats-Unis, ce qui est étrange parce qu’on n’a jamais vraiment tourné là-bas.

    D.I. : L’an dernier vous étiez en Europe, dix ans après votre première virée. Vous avez senti une évolution au niveau des clubs, du public, de l’organisation ou de l’ambiance générale ?
      Bil : Et bien, la dernière fois qu’on est venus en Europe en 1996, Green Day venait d’exploser et le pop punk était la saveur à la mode de la semaine, donc nos shows étaient super et on a joué devant un public très nombreux en Allemagne par exemple et même enregistré un album live en Espagne. Cette fois, le public n’était pas aussi fourni mais c’était toujours très fun. Cette tournée était deux fois plus longue que la première, on a joué trente-cinq concerts en quarante jours dans douze pays différents et des endroits où on n’était pas passé la première fois, l’Italie, la Suède, la Norvège, le Danemark etc. On a eu un groupe danois incroyable en première partie sur toute la tournée, les 20 Belows (remarqués sur la compil hommage aux Groovie Ghoulies, Let’s Go Ghoulie avec une version ultratubesque de “Jet Pack”. Les McRackins figurent sur un autre tribute aux GG appelé When The Kids Go Go Go Crazy - nda). Il y a eu beaucoup de folie et d’alcool sur la route. Ces gars sont devenus de grands amis et on s’est bien défoncé le foie ensemble, hahaha. On n’avait jamais imaginé tourner en Europe une deuxième fois et on a fait en sorte que ce soit fun, fun, fun !

    D.I. : Il paraît que lors de votre premier passage, le van a été intercepté par les flics alors que vous étiez en route pour Toulouse, entièrement déguisés et maquillés !
    Bil : C’est totalement vrai !! Oui, on a été arrêté parce qu’on était deux oeufs et un chien. Apparemment, les douaniers français nous ont pris pour des terroristes envoyés clandestinement par le gouvernement canadien pour dérober du fromage et du vin. Toute notre vie d’oeufs a été un tombereau d’embarras et nous avons terriblement honte de nous-mêmes.

    D.I. : Vous vous attaquez au Japon début 2009. Etant le résultat d’un regrettable accident nucléaire, avez-vous prévu de rencontrer Godzilla ?
    Fil : Il me tarde de rencontrer Godzilla mais je veux surtout rencontrer Mothra. Mothra kicks ass ! (Pour les non-initiés, c’est la mite géante tantôt alliée tantôt ennemie de Godzilla dans les nanars de la Toho - nda)

    D.I. : Il y avait un paquet de groupes pop-punk dans les années 90, mais beaucoup moins aujourd’hui. Vous ne vous sentez pas un peu comme des survivants ?
    Bil : On est définitivement des survivants du pop punk ! Mais encore une fois, on a survécu à un accident nucléaire dans une ferme donc on peut survivre à n’importe quoi. C’est juste une question de temps avant que les choses ne se retournent à nouveau et nous reprendrons notre place méritée sur le trône du pop punk une fois de plus hahaha.



    D.I. : Le son des deux derniers albums est plus impressionnant que jamais. Qui était aux manettes ? Quel est le secret ?
    Fil : Bat Out Of Shell était une odyssée musicale enregistrée sur un an et demi et nos deux producteurs Todd Stefanson et Sandy Hype y ont passé beaucoup, beaucoup de temps. Eggzit était une expérience différente puisque la trame a été enregistrée live, ce que nous n’avions jamais fait avec les McRackins. Nos seuls secrets sont que nous n’avons pas utilisé d’auto tune (sorte de processeur audio qui corrige automatiquement la hauteur d’une voix ou d’un instrument - nda) et que nous aimons enregistrer nus, ou comme on dit chez nous les oeufs, “an out of shell experience” !

    D.I. : Les harmonies vocales sur “Summer Of Life” font penser aux Sparks... Coïncidence ?
    Bil : Oui je suppose, car je ne pense pas avoir jamais entendu une chanson des Sparks. Je crois qu’on était plutôt partis pour un truc à la Beach Boys sur ce titre.

    D.I. : Vous cherchez encore la mélodie ultime ?
    Fil : Bil a trouvé la mélodie ultime. “Summer Of Life” sur Bat Out Of Shell me brise la coquille chaque fois que je l’entends !

    D.I. : On n’a pas eu beaucoup de groupes canadiens sur nos play lists ces derniers temps à part les Deadly Snakes, King Khan ou Bloodshot Bill. Quels sont les gangs canadiens actuels à pister ?
    Bil : Wow, je dois me faire vraiment vieux parce que je n’ai jamais entendu parler de ces groupes. Un groupe à pister à part les McRackins ? Non, aucun hahahaha.

    D.I. : Des nouvelles de vos potes les Smugglers ?
    Fil : Smuggle-qui ? Oh, Grant Lawrence et les Smugglers ! Notre petit pote Grant nous manque. Bien des pichenettes sur l’oreille l’attendent (Euh ? - nda). La première fois qu’on a tourné en Europe, les Smugglers jouaient dans les mêmes endroits une semaine et quelque après nous et on a laissé des petits messages marrants dans les loges pour notre petit pote Grant !

    D.I. : Qu’est-ce qui squatte vos platines en ce moment ?
    Bil : Certains de mes nouveaux favoris sont Jibby And The Jibjubs, Gumper And The Gumps, Spot And The Leg Humpers, et les Bubsters pour n’en citer que quelques-uns. (Mmm, il se foutrait pas de notre gueule là ? - nda)

    D.I. : Un mot sur Joey Ramone, pour qui vous avez enregistré deux morceaux hommages ?
    Bil : Un dieu parmi les dieux, l’homme parmi les hommes, le punk parmi les punks !!!!

    D.I. : Qu’est-ce que vous répondez à ceux qui pensent que vos morceaux se ressemblent tous, comme pour les Ramones ?
    Bil : Je dirais qu’ils ont absolument raison. Je pense aussi qu’ils sonnent tous pareil hahahah. C’est juste notre style et on ne s’éloignera jamais bien loin de la formule, juste comme les Ramones.

    D.I. : Vous avez une brouette de vidéos plutôt cool sur Youtube. Est-ce que ce n’est pas un meilleur moyen de promouvoir le groupe qu’une interview dans un fanzine papier à l’ancienne ?
    Bil : Tu veux dire qu’on a pas mal de vidéos pourraves hahahah. Ouais, je suppose que c’est un bon moyen pour faire parler du groupe mais ça enlève une part de mystère d’une certaine façon. C’est un bon moyen pour les gens de nous voir sur scène car comme tu le sais on ne fait pas tant de concerts que ça. On est les Archies du punk rock. J’aime toujours faire des interviews pour des vrais fanzines imprimés, mais encore une fois je dois être vieux jeu. Ou juste vieux hahahah !

      D.I. : Et les disques des McRackins à télécharger illégalement sur des blogs, tu en penses quoi ?
    Bil : Les téléchargements ne me dérangent pas vu que c’est aussi un bon moyen de découvrir des groupes que tu n’aurais peut-être pas écouté sans ça. La seule chose qui nous gonfle, c’est que pour nos deux derniers albums, on les a trouvés à télécharger sur des sites russes illégaux dès le lendemain de leur sortie. Ils auraient quand même pu attendre quelques semaines hahahahaha. Damn them Ruskies anyway !!

    D.I. : Comment voyez-vous le futur du groupe. Vous ne craignez pas la grippe aviaire ?
    Bil : On voit un futur brillant, si brillant qu’il nous faudra porter des lunettes de soleil. Bien sûr qu’on a peur de la grippe aviaire. Surtout Fil et moi vu qu’on a des parents poulets. Eggzit va sortir au japon en décembre avec cinq bonus, et on a le CD Oddities & Eggcentricities Vol 2 prévu en décembre/janvier sur un chouette nouveau label du Texas, Garage Sale Records, qui contient trente-six raretés sorties en vinyle et sur des compils plus une poignée de pépite inédites. On va aussi faire une paire de split singles avec les Prozacs (Des américains qui apparaissent aussi sur Let’s Go Ghoulie -NDA) et Los Dimaggios, un groupe pop punk très cool de Bordeaux. Ils ont une bassiste qui chante des harmonies délicieuses. Ils ont organisé notre show quand on a joué là-bas l’an dernier. Des mecs vraiment super ! (myspace.com/losdimaggios). Sinon on va prendre tout ça une bière après l’autre !



www.mcrackins.com
myspace.com/themcrackins
www.cheapskaterecords.com

Sylvain Coulon




Voilà près de cinq ans que les Produits Méchants, les Produits Salaces, j'ai nommé Nasty Product, dopent le marché et distribuent à doses régulières des galettes amphétaminées propres à rendre dingo tout vinyl addict qui se respecte. Cinq ans de bruits et de fureur au fond de garages craspecs, dans un cabanon au milieu du désert ou un bar à pute australien... Ce qui nous a évidemment donné l’envie... d’avoir envie, euh, et surtout d’en savoir un peu plus sur le label toulousain (merde ça fait moins "internationale garage du coup" !) On commence par une présentation en règle des protagonistes.

    Nat’ : Nat’ et Wlad, ensemble depuis dix-sept ans, trois enfants... Moi je m’occupe plus des pochettes, du “design” et des envois et Wlad répond aux mails et s’occupe des échanges, etc...

    Dig It : Ça vient d’où Nasty Product ?
    Wlad : “Nasty People” c’était le titre d’une chanson de Sex God Missy, un groupe de Perp’. J’adorais ce morceau et je trouvais que ça sonnait bien.
    N : Mauvais Produit ça faisait un truc bien pourri... C’était cool !
    W : Et en plus on évitait le plan gnagnagna Records... “Know your product”.

    D.I : D’où vous vient, au départ, ce besoin de monter un label ?
    W : C’est une suite logique. Depuis l’âge de 12-13 ans on écoute de la musique. Après ça, j’ai monté des groupes pour en jouer et enfin un label pour boucler la boucle... ça fait des années que j’y pensais avec en modèles tutélaires LGDC Production (Les Gardiens Du Canigou), le label monté au début des nineties par Lionel des Beach Bitches, et Zombie Dance Rds à Toulouse avec l’équipe de Dig It ! tous ceux-là s’étaient renseignés sur les pressages en Tchéquie, etc... En bons psychopathes du disque, l’idée nous a tout de suite séduits, Marco (Fatals), Eric (Kung-Fu Escalator / Plutones) et moi. En fait historiquement, c’est Eric qui m’a attrapé et qui m’a dit “On le fait ? On veut le faire, on le fait maintenant!”. On a tous mis des thunes sur la table et on a sorti le Toxic Farmers et le Fatals. Par la suite Eric a quitté le navire. Bien sûr ça le faisait délirer de sortir les titres sur lesquels il flashait, mais tous les à-côtés le gavaient un peu. Après les dix premiers il a lâché l’affaire

    D.I : C’est quoi votre histoire personnelle pour  en arriver là ?
    N : Ben elle rejoint à un moment l’histoire du rock’n’roll à Perpignan.

    D.I. : Justement, Wlad, quand je t’ai connu là-bas tu portais un pantalon écossais à zips et une crête...
    W : Ouais... Chez moi on n’écoutait pas de musique. Y’avait même pas la télé. On vivait à la campagne du côté de St Nazaire, le trou du cul du monde ! Les seuls trucs qu’il m’était donné d’entendre, c’était de la musique de kermesse. La première approche que j’ai eu avec le rock c’est grâce à mon oncle qui avait 17 ans (7 ans de plus que moi) et qui en 1982 revient de Londres. Je suis en complète admiration, ses fringues, ses disques... Là il me fait quelques compils K7 psycho et punk, style Life Is A Riot et Blood On The Cats. Six mois après, on va dans le magasin branché de St Nazaire et j’achète le premier Béru et un GBH ou un Exploited... Et là, c’est parti ! A cette époque j’aime quand ça frite, à l’anglaise... Puis à 15-16 ans j’aime les trucs un peu plus profonds, Dead Kennedys, Black Flag, Germs, Circle Jerks... pour en arriver vers 17-18 ans à des trucs plus noisy, Amphetamine Reptile, SST, Sonic Youth. A cet âge, je descends à Perp’ et je tombe sur Lionel et Guillaume (futurs Beach Bitches) avec qui je suis au bahut.

    D.I : Et toi Nat’ ?
    N : C’est un peu le même délire avec quelques différences. Moi, mon père fait de la clarinette et contrairement à Wlad, on écoute beaucoup de zique à la maison, les Beatles, les Stones, Coltrane, etc... On baigne dans tout ça. Et vers 12-13 ans je me mets à écouter les Bérus, La Souris Déglingué... Et là les parents ne sont plus d’accord, “c’est pas de la musique, ça !”. Je continue à faire du saxo au conservatoire et par la suite j’entame mon “retour aux racines”. J’écoute Tom Waits, les Beatles et les Residents
W : Ouais, c’est la seule personne de Perp’ qui écoute les Residents !
N : Et je m’aperçois aussi que ce qu’on écoutait à la maison, c’était pas si mal. Bref... Et là je rencontre Wlad...
    W : Enfin On se rencontre parce que tu loupes ton bac à Paris et que tu décides de descendre à Perpignan...
    N : Ouais, mais en fait on s’était rencontré avant. On avait volé une caisse ensemble, pour le fun, après avoir bu quelques coups.

    D.I. : Hem, passons... Là Wlad tu joues déjà de la musique ?
    W : En fait j’ai commencé vers 16 ans, en première, quand je rencontre deux-trois mecs bien chaotiques. On se faisait chier à boire de la bière sur l’escalier des Beaux-Arts de Perp’ et puis un jour, on décide de monter un groupe. Evidemment personne ne sait jouer de la musique. Je choisis la basse, car c’est l’instrument qui me paraît le plus simple, pas besoin de faire d’accords, etc... On discute et au bout du compte je me retrouve à la batterie. On répète le dimanche matin, c’est moins cher ! ça dure trois ou quatre semaines puis on arrête. Par la suite je me fais la main dans plein de groupes plutôt nuls, jusqu’à Radio Monster Attack où on retrouve Nat’ à la basse, remplacée par Will (futur Beach Bitches, Fatals, Plutones) ; Eric et Laurent Cortes... Un groupe à texte, “Anal Fun”, “I Don’t Like Schumacher”... une petite ritournelle pour le gardien de but teuton qui a éclaté les dents de Battiston en demi-finale de la Coupe du Monde 1982 en Espagne. On répète à St Cyprien dans un local qu’on s’est construit dans un box de garage.
    A la même époque, les Gardiens du Canigou sont en stand-by. Ils cherchent des gens motivés pour continuer l’histoire. Ils me recrutent et j’embarque Will. Les Beach Bitches sont nés. On répète de façon intensive, trois heures tous les jours, mais c’est vrai qu’on a du retard à rattraper.

    Les Beach Bitches ont existé entre 1994 et 2000. Partis sur des bases garage punk cryptique avec un organiste éblouissant (voir leur 25cm Monkeyfuck de 97), ils évoluent vers un punk rock’n’roll racé dans la lignée des groupes Crypt (New Bomb Turks, Devil Dogs, Teengenerate...) pour leur premier LP Female Jungle. Par la suite et avec un fonctionnement erratique ils enregistreront un nouvel album en 2000, Soul Shake Power, condensé des influences précédentes baignant dans un jus groovy...

    A la fin, ça tournait un peu en rond. On avait fait tout ce a quoi on pouvait prétendre à cette époque et en plus on jouait trop... On a même joué deux fois pour la Fête de la musique ! Après ça j’ai débarqué à Toulouse pour mes études. Mais au bout d’un moment j’ai quand même réintégré le groupe pour un un an et demi, on a enregistré Soul Shake Power et tourné avant que ça ne s’arrête de soi-même... Tout le monde passait à autre chose.
    Entre-temps j’avais joué dans les Human Potatoes avec Will...
    Par la suite, Eric déboule sur Toulouse sui vi de Marco et Mickey, mon frère. On monte une première mouture du Kung-Fu Escalator où je tiens la gratte avec Marco et mickey est à la batterie. Puis l’affaire se stabilise avec Eric et Marco aux guitares et je reviens à la batt'.
    Will débarque lui aussi à Toulouse et on forme le Batista Corpse Revisited, avec Marco. Le Batista deviendra les Fatals après qu’on aie rencontré Vince en provenance de Québec. (... ça suit ?)

    D.I. : Aucun regret par rapport aux Fatals ?
    W : Non. Je crois que j’ai fait ce que j’avais à faire. C’est vrai que c’était un peu frustrant d’arrêter juste avant la première tournée US, surtout en sachant que le meilleur était sûrement à venir, mais je voulais accorder du temps à ma famille, à mes enfants. Les Fatals m’en prenaient beaucoup. Je ne pouvais pas donner plus. J’étais un peu trop obnubilé, je ne savais plus gérer...

    D.I : Aujourd’hui, tu joues quand même dans pas moins de quatre groupes !
    W : Pas vraiment... Avec les Plutones on a fait 4 répèts en six mois et 4 concerts. C’est plus une réunion de bons potes qu’un groupe à part entière... D’ailleurs on l’a monté pour ça à la base (Ils ont quand même sorti deux 45t, un sur Nasty et un split avec Los Raw Gospels chez P.Trash) Pour ce qui est du Kung-Fu Escalator, ça se maintient. A voir (Ben c’est tout vu le groupe a splitté !)...
    Blew-Up! c’est le parfait équilibre entre investissement et retour sur investissement. Bons potes, ça joue vite et bien...

    D.I : Et Memphis Murder ?
    W : On en parlera plus tard. Pour l’instant on s’amuse. On a fait 7 morceaux en 7 répèts, ça à l’air de fonctionner, mais on n’est pas encore un vrai groupe (hmmm, là aussi c’est déjà terminé !).

    D.I : Revenons à des trucs un peu plus généraux... Vos goûts ?
    N : moi perso, soul, primitive, psyché...
    W : Blues, noir... tout pareil en fait, les Deadly Snakes, les Bassholes, 68 Comeback, Jack O’Fire, les Golden Boys, Chrome Cranks, le Velvet et pas mal de trucs psychés...
    N : Tout ce qu’on a écouté avant nous influence aussi.
    W : ... on aime beaucoup les mélanges. On kiffe le vieux son fifties à la sauce actuelle, ça va du cajun, de Robert Johnson à tout ce qu’on a cité auparavant... Et les Oblivians !

    D.I : Et le lo-fi dans tout ça ?
    W : Je dirais oui et non. Evidemment c’est très souvent ce qui nous remue, mais on aime aussi des trucs plus produits. On aime le son naturel, organique.
    D.I : Est-ce que tout cela détermine directement vos choix ?
    W : Euh, les influences pas forcément, mais le son oui... Le feeling surtout. Je crois que de ce point de vue il y a une certaine unité dans ce qu’on a sorti.
    N : Si y a un truc qui nous flashe, on le sort.
    W : Comme je dis souvent, si Britney Spears nous envoie un truc qui nous troue le cul, on le sort !

    D.I : Et y'a des critères pour rentrer chez Nasty ?
    W : Faut juste que ça nous plaise...

    D.I : Vos disques se présentent tous, ou pratiquement tous sous la même forme. Est-ce qu’il y a une ligne de conduite chez Nasty, un cahier des charges ?
    N : Ouais, on peut dire. Les pochettes noir et blanc photocopiées, c’est gratuit au boulot de Wlad, et puis le 7”, car le reste c’est beaucoup trop cher à expédier.
    W : On est un label qui se veut promotionnel. Donc on vend les disques pas chers. On souhaite rester accessible à tout le monde, on s’en fout de faire de la marge... Ce qui nous intéresse c’est de nous rembourser pour lancer une autre production, et puis surtout se faire plaisir. Plus ça va, plus on veut sortir des trucs qui nous donnent une certaine visibilité comme le Limes ou le Haunted George... Et puis aussi contribuer à la scène Rock’n’roll. “What are you doing to participate ?”.

    D.I : Au milieu de tout ça, le maxi de King Custer McCarthy & The Magnetix fait un peu tâche, du moins pour le format...
    W : Les Magnetix nous ont filé un CD  du truc alors qu’on jouait au Christmas Blast Festival avec les Fatals. On a trouvé ça trop bon. Impossible de choisir deux morceaux pour faire un 45t. En plus c’était la même session, y avait une unité de son... Donc on a gonflé le budget et on a sorti le tout. La musique au final l’emporte sur la raison !
    Ceci dit, ça a plutôt desservi le “groupe” car le format est difficile à dealer. Du coup des gens ont hésité à l’acheter.
    N : Mais bon, c’était sympa de recevoir un disque avec une vraie pochette. C’était un peu Noël quand même !

    D.I : Tiens, si on faisait un petit tour des produits Nasty ?

The Toxic Farmers

    W : Les Toxic Farmers, c’est l’essai. Un groupe qui n’existe plus et donc un disque qui ne porte préjudice à personne. Une sacrée session qui date de 96, enregistrée au Studio de la Trappe à Toulouse. Mickey à la basse et Guillaume des Beach à la guitare et au chant.

    D.I : C’est pas un peu suicidaire de démarrer un label par le 45t d’un groupe défunt de Perpignan ?
    W : Non. Les morceaux tuent et restent efficaces. Et puis au moment où l’on crée Nasty, faut avoir un truc à sortir très rapidement. C’était les Human Potatoes ou les Toxic.
    D.I : Super version de “Blue Christmas” d’ailleurs...
    W : Ouais, je crois qu’on t’entend casser quelques canettes et brailler comme un putois.

The Fatals

    D.I : Mmhh... Passons aux Fatals... C’est le premier single du groupe ?
    W : Ouais. Il fallait un disque pour promouvoir le groupe et du coup le label a pris tout son sens. On a vendu tous les exemplaires de ce 45t, mais après-coup, avec les sorties des deuxième et troisième et le buzz autour des Fatals... Pour te dire, certaines copies sont parties à 150€ sur E-Bay ! Enfin le son concocté par Piero (Mighty Gogo Players, Jack of Heart) était excellent.

Sonic Chicken 4

    N : Là on est super fou ! C’est des potes ! On est bien fier en plus d’avoir participé à les faire connaître... Un groupe qui est aujourd’hui sur In The Red, et dont on a sorti le premier disque.
    W : Celui-là on l’a fait en co-prod avec Profêt Rds, le label de Piero.
   
The Mighty Gogo Players

    W : On reste dans l’histoire de potes avec un autre groupe ultra-talentueux de Perp’...

Kung-Fu Escalator

    W : C’est encore un disque enregistré par Piero. Même si on habite tous à Toulouse à l’époque, ça reste très influencé par l’esprit de Perpignan.

Love Killed My Brain

    N : Encore une histoire de famille.
    W : Une compil qui réunit le Kung-Fu, les Fatals, les Sonic et les Mighty Gogo. Un 45t de ballades...
    N : Ouais, l’idée c’est : la ballade, ça tue !
    W : Avec un clin d’oeil aux Country Teasers, à 68 comeback. Et puis on trouvait ça bien de se réunir sur un thème...

    D.I : Personnellement je le trouve très réussi avec un visuel killer et de super morceaux.
    W : C’est rigolo, Alicja Trout de Contaminated avait bien craqué sur le concept et voulait faire un Love Killed My Brain #2 avec uniquement des groupes de Memphis. Malheureusement ça n’a pas abouti. De notre côté on avait aussi pensé à une suite avec des morceaux du Rebel, d’UltraLove (Guillaume Beach et Nadège) et de King Custer & The Reactor Dungs... Ou bien une revanche avec uniquement des morceaux super enervés... C’est le premier disque qu’on sort à 500 exemplaires.

Just Me... ...My Pleasure And I

    W : Le King Custer & The Magnetix, on en a déjà parlé toute à l’heure... Mooli il tue tout !

The Magnetix

    W : On l’a sorti en co-prod avec Sentenza Rds qui l’a réédité par la suite avec une pochette en négatif. Au départ Eric n'aimait pas trop l’enregistrement, nous on était à donf', Billy Wrong (El Vicio, SC4, Sentenza) aussi, même si ça changeait beaucoup par rapport  à leur 25cm Flash. On est les premiers à choisir entre les 8 morceaux proposés et on a du mal à se décider entre “Time After Time”, “Fiend of Time” et “New Dance”. Au final on est super content. C’est d’ailleurs le premier 45t chez Nasty que tu enregistres. Il reste à ce jour notre record de vente, tout écoulé en 3 semaines ! Le son est particulièrement percutant, peut-être parce que celui-là n’a pas été pressé en Tchéquie, mais en Italie, chez Beppe, par l’intermédiaire du label Shake Your Ass... Limite mafia tout ça !

The Sonic Chicken 4

    W : On aurait aimé sortir celui-là en double 45t mais finalement on n'a eu droit qu’à deux morceaux... Les deux autres sont d’ailleurs aux oubliettes. DOMMAGE !

Limes

    W : C’est un vrai coup de coeur d’Eric pour Shawn Cripps et sa musique.
    N : ... une vraie reconnaissance pour nous que le groupe veuille être sur Nasty.
    W : Au départ on souhaitait sortir un LP avec le premier album Tarantula et les huit morceaux disponibles à l’époque sur internet...
    N : Super-groupe quand même avec Shawn, Jack O’, Nick Diablo et Harlan T Bobo (félicitation d’ailleurs pour le mariage à Argelès...)

Haunted George

    N : C’est une découverte Myspace... Et ouais ça n’a pas que du mauvais !
    W : On le fait en co-prod avec Sentenza et on sort le premier 45 de Steve George Pallow sans même se douter au départ qu’il s’agit du gars des Beguiled, Necessary Evils...
    N : On a choisi les morceaux sur internet et il a fait lui même la pochette. Disque fantastique !
    W : Le disque pour faire peur aux enfants!
On est très fier de celui-là aussi, surtout que l’album des Beguiled sur Crypt a été le premier disque que nous avons acheté ensemble.
   
The Plutones
   
    W : On avait envoyé quelques titres au label madrilène Big Black Hole qui était fortement intéressé et en même temps on nous demandait deux morceaux pour une compil sur Bordeaux (qui ne s’est pas faite) ... ça a un peu tendu le gars de BBH qui voulait de l’exclusif. Du coup Eric a dit, “ok on le sort nous même”... Pas l’idée du siècle. Au final c’est le disque le moins désiré, le mal aimé... Mais ça colle bien aux Plutones, ça !

    D.I : Il est vraiment ultra-trash ! A la limite de l’audible...
    W : Le lo-fi, c’est surtout quand t’as pas les moyens ou le savoir pour sortir le son... C’est vrai que je préférais la session où tu nous a enregistré, pour le split avec les Raw Gospels. En plus c’est le 45t qui a le plus de décalage entre le mix et le son du disque que tu reçois.
   
The Golden Boys

    W : Encore une découverte internet de Nat’. C’est elle qui a tout fait pour celui-là.
    N : Ouais, et on a bien craqué sur le 45t Perpetrator aussi. J’ai donc contacté Matthew Hoopengardner, un super type et il nous a envoyé deux titres. Par la suite, on a pris un peu de retard à cause du Plutones, mais il nous a juste rétorqué que ce serait comme le bon vin qui se bonifie avec le temps... C’est lui qui a fait la pochette avec notamment ce dos où l’on voit  son collègue James Arthur (ex-Necessary Evils), en pleine forme avec un petit chien.

The Touch-Me-Nots

    W : Une histroire de couple... Le seul regret qu’on a c’est de n’avoir pas pu sortir le morceau “Door #3”, qu’on retrouve sur leur 10” chez Yakisakana.   

El Vicio

    N : Retour aux sources.
    W : Blues à souhait, enregistré par toi. Du pur Nasty, complètement déjanté... De l’artisannat, fait à la maison.

    D.I :  Roulé sous l’aisselle ...
    W : Ouais, et tout en premières prises live ! Ahhh, si le rock pouvait toujours être aussi simple !

Movie Star Junkies

    W : Sur leur myspace on découvre des morceaux pas mal branlants, mais quand même intéressants.
    N : Puis tu les fais jouer à Toulouse et là, waouhhhh !
    W : On rentre en contact avec eux et puis quelques mois après, ils nous envoient deux titres terribles. Supers mecs en plus... Des brothers...
    N : On les aime, LOVE !

The Feeling Of Love

    W : Le deal le plus rapide du monde. On a reçu un CD dans la boîte aux lettres, y  avait 14 titres assez variés avec pas mal de trucs no-wave, et au milieu deux morceaux blues à la Bob Log. Impossible de ne pas sortir ceux-là. Donc on contacte Guillaume le soir-même, et c’est parti mon kiki.
    N : Par la suite on l’a rencontré en chair et en os lors de sa tournée avec les MSJ. Très bon gars aussi

The Magnetix

    D.I : Décidément...
    W : Magnetix, le retour ! Frustré d’avoir dû abandonner “New Dance” pour le 45t précédent, on cherche à le ressortir, avec un morceau de la nouvelle session. Aussitôt dit, aussitôt fait avec “Something About You”, morceau carrément psyché, et une nouvelle facette du groupe. Surprenant et super réussi !

King Custer McCarthy

    W : Moolinex alias King Custer vient passer une semaine de vacances à Toulouse. On se colle trois palettes de bières et des kilos de saucisse et on répète pour au final enregistrer quatre morceaux créés pour l’occasion... Bonne rencontre humaine avec un sacré putain de taré.

    D.I : Et vous comptez réitérer ce genre de sessions ?
    W : Ouais, on en a déjà faite une avec Billy Wrong d’El Vicio. C’est pas encore sorti. ça nous branche carrément de perpétuer ces rencontres estivales. On n’a pas encore d’idée sur le prochain élu, mais ça ne saurait tarder.

Pussycats

    N : C’est Andy le batteur qui nous a contacté car il est fan de Nasty. Il nous a signifié qu’il serait super fier de faire partie de l’écurie. Alors on lui a dit d’envoyer un truc et que si ça nous plaisait, on le sortirait à coup sûr.
    W : On a vraiment flashé sur le premier morceau, “Japanese Wedding” et les deux autres étaient dans le package.

Jack Of Heart

    N : C’est un gros coup de coeur et puis encore un retour aux potes, Perp’, etc.
    W : C’est le premier disque fait spécialement pour nous... Peut-être le truc le plus original sorti depuis longtemps, avec le côté Velvet qui manquait à Nasty.

   

    D.I : Qu’est ce que vous ressentez à chaque nouveau disque ?
    W : De l’angoisse.
    N : C’est Noël ! On est toujours aussi enthousiaste. J’ouvre le paquet et j’appelle Wlad pour qu’il rentre et qu’on s’écoute le truc à deux. C’est comme une naissance.

    D.I : Et de quel rejeton vous êtes le plus fier ?
    W : Celui à venir.
    N : Celui qu’on n’a pas encore fait... Peut-être  le premier Sonic chicken 4. On est super fiers d’avoir lancé le truc et de les voir maintenant sur In The Red.
    Mais on les aime tous. Ils sont tous différents, comme des enfants... Le Limes est excellent et c’est la première expérience avec des ricains.

    D.I : Comment ça se passe au niveau business ?
    W : Les ventes étaient bonnes à l’époque des Limes, Magnetix, Haunted George... Mais depuis ça s’est écroulé. Les distributeurs ne prennent plus rien. en plus avec l’euro si fort par rapport au dollar et l’augmentation des tarifs de la Poste, c’est vraiment difficile de faire vivre un label.
    Mais ce qui m’emmerde le plus, c’est qu’on vend 70% de nos disques en dehors de France. Peut-être n’est-on pas dans le bon créneau ? En tout cas c’est dommage.
    N : Pourtant on a contacté pas mal de boutiques, mais aucun retour. A part Dangerhouse à Lyon et Beast Rds à Rennes.
    W : Je ne sais pas de quel disque je suis le plus fier, mais je sais que ce dont je suis le moins fier, c’est de ne pas vendre en France... PARTICIPER, c’est ça le truc et c’est décevant de ne pas partager ça avec ses congénères.

    D.I : C’est quoi votre circuit logistique ?
    W : On presse en général chez Gramofonove en Tchéquie sauf pour le premier Magnetix et le Jack of Heart (MPO à Paris). 300 exemplaires en général. On fait les pochettes en photocop’, à mon boulot, puis on envoie 15 disques en promo et on donne 10% au groupe. Pour ce qui est de la distrib’, on est en deal avec Sonic Rendez-Vous pour l’Europe, Incognito, Soundflat, P Trash, Yakisakana, Profêt, Sentenza et aux States, Florida’s Dying et Goner.

   
D.I : Et vous avez des modèles de label ?
    W : Comme je le disais au début, l’envie est venue grâce à LGDC prod. Sinon, il y a Yakisakana, même si on sort pas tout à fait les mêmes trucs. En tout cas ils nous ont donné un sacré coup de main. Y'a Rob’s House à Atlanta aussi. Eclectique sans se prendre la tête :  Jack of Heart, Demon’s Claws, Weakends...
    N : ça à l’air facile pour eux.
    W : Ouais, ils paient moins cher et le marché est plus grand. en plus la Poste US est plutôt avantageuse.
    N : Sinon, évidemment y a des labels qui font triper comme Crypt, In the Red, Sympathy...

    D.I : Et le disque que vous auriez révé de sortir ?   
    N : faisable ou dans l’absolu ?
    W : ben faisable, le morceau “Door #3” des Touch Me Nots ; “This land is so good” des Pyramids, un morceau jamais encore sorti ; les deux premiers El Zombie ; les premiers Limes ; l’ultime session des Bellas... On a proposé, il n’y a pas eu de suite... Sinon, on aurait adoré faire l’album de Jack of Heart qui doit sortir sur In The Red.
    N : ...Parce que ça nous rend marteau ! Même si c’est ingérable.
    W : Et dans l’absolu, le premier 25cm des Oblivians sur Sympathy... Ouais, en fait tous les Oblivians !

    D.I : Vos projets ?
    N : C’est plus ou moins le stand-by. On vient d’acheter une baraque, y'a pas mal de travaux et ça monopolise beaucoup de thunes
    W : On va faire un Nasty-thon ! Actuellement on est plutôt en déficit. ça tourne pas suffisamment pour sortir ce qu’on veut. Comme on vend quasiment à prix coûtant, faudrait qu’on écoule chaque fois la totalité des disques.
    N : ...Et il nous reste du stock.
    W : La prochaine sortie prévue, c’est un single des Hormones.

    D.I : Sinon des envies ?
    N : Continuer à sortir des trucs qui nous font flasher.
    W : Sortir un Migas Valdes, faire un festival, fêter les 5 ans de Nasty... Un Blew-Up !

    Lo’Spider

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