CHRONIQUES
DIG IT # 27

 
ROCKET FROM THE CRYPT
Live From Camp X-Ray
Vagrant Rds

 Décidément, RFTC entame on ne peut mieux ce nouveau siècle. Après le très bon Group Sounds, ils font encore mieux avec Live From Camp X-Ray (qui n’en est pas un... Live). Pas de morceaux faibles et par contre d’énormes sculptures sonores à base de guitares, cuivres, harmonies vocales sur lesquelles ils ont même ajouté des cordes pour deux morceaux (dont le sublime “I Wanna Know What I Wanna Know”). Si vous appréciez le groupe vous ne serez pas dépaysés avec ce disque, sinon... Que faire pour vous ? Signalons aussi que c’est Long Gone John qui a signé les notes de pochette, un bon moment de cynisme et d’ironie, pour peu que vous arriviez à déchiffrer son écriture hiéroglyphique. (LP/CD - Vagrant rds, 2118 Wilshire Blvd #361, Santa Monica, CA 90403, USA / www.vagrant.com - www.rftc.com)
 
 

THE DATSUNS
S/T
v2 music

 Rififi au pays des kiwis ! Dans la foulée des D4, The Datsuns vont faire remonter en flèche la cote de la Nouvelle Zélande dans le hit-parade des nations rock’n’roll. Pas vraiment le même style d’ailleurs. Leur premier album verse dans un hard-rock punk implacable et échevelé. Même Télérama le dit : “un croisement des Saints et d’AC/DC”. A Detroit on doit traduire par “MC5 meets Ted Nugent”. A Dig It! on s’est sobrement exclamé : “Wow! Putain que c’est bon !”. “Sittin’ Pretty” donne le ton : des guitares flamboyantes, des choeurs magistraux, une voix étonnante qui chevrote, halète, gémit, se contorsionne et s’envole dans des braillées suraiguës à faire pâlir Robert Plant. Et cette attitude caractéristique du punk des antipodes, cette façon de lâcher les guitares qui laisse entendre qu’ils chassent le crocodile à l’opinel pour leur petit déjeuner et qu’il s’agit pas de les faire chier.
 Six titres sur dix ont été enregistrés par Liam Watson, un artiste du son sixties. Pas de surenchère de décibels graisseux, le son est musclé mais sobre, et les guitares pètent quand il le faut (le solo du grandiose et minimaliste “Harmonic Generator”). Ils aiment les riffs boogie hard qui swinguent (“Lady”, “MF From Hell”, “Fink For The Man”, trois extraits de 45 tours déjà épuisés apparaissant sur l’album), et les duels de guitares sanglants ou les longs breaks étouffés et tendus qui finissent en une explosion libératrice (“You Build Me Up”, “Freeze Sucker”, deux monuments). Ouaah ! Du stadium rock épuré et souverain. Un grand disque.

www.thedatsuns.com -- www.v2music.com
 
 

MUDHONEY
Since We've Become Translucent
Sub Pop

 Non contents d’oeuvrer dans une foultitude de side-bands (dont The Monkeywrench avec Tim Kerr), Mark Arm et Steve Turner continuent à mener de front la fructueuse et prolifique carrière de Mudhoney. Since We’ve Become Translucent est le huitième album de ce groupe phare du grunge formé à Seattle en 88. Enregistré par paquet de trois morceaux dans trois studios différents et avec trois ingénieurs différents (dont Johnny Sangster et les Egg Studios de Seattle - la bande des Young Fresh Fellows), plus un titre mis en boîte par Jack Endino en 2000 avec Wayne Kramer à la basse (le hit venimeux “Inside Job”), c’est un curieux collage d’ambiances, du psychédélisme spatial de la longue planante qui ouvre l'album, “Baby Can You Dig The Light” (qui nous évoque les morceaux calmes de Hawkwind tandis que Mark Arm cite Roxy Music), jusqu’aux riffs stoogiens de “Dyin’ For It” et son fulgurant freak-out final. Nouveauté pour les fans : ils ont embauché sur plusieurs titres le saxophoniste Craig Flory qui avait déjà joué avec eux dans un groupe de reprises des Sonics. La présence des cuivres ajoute aussi parfois une touche Rocket From The Crypt (“Where The Flavor Is”). La cohérence vient de leur son cru et intense, et de leur sens de la rythmique torturée mais qui balance. Un album prenant.

Sub Pop Records, PO Box 20367, Seattle
Wa 98102, USA -- www.subpop.com
 
 

THE WATZLOVES
Rockin Country Gumbo
Voodoo Rhythm

 Notre duo accordéon / batterie préféré (euh, il y en a peut-être d’autres) a connu de sérieux remaniements depuis le premier album. Silky Thoss, chanteuse, compositrice et accordéoniste, a perdu Guido, le batteur, parti se consacrer à son autre groupe The Cool Jerks. Baptisée par son label “la Jimi Hendrix de l’accordéon” (c’est mieux que la Yvette Horner du zydeco), et par ailleurs artiste-peintre reconnue (elle a exposé jusqu’en Chine !), Silky a rapidement recruté son boyfriend, autre artiste protéiforme, et vieille connaissance, Robert “Deutsch Mark Bob” Tooke, crédité à la batterie et à la guitare, ainsi que leur compère de Hambourg, l’ami Jacobus qui y va de son trombone et de quelques parties de slide. On reste en famille puisque Bob avait produit un titre du premier Watzloves, tandis que Silky et Jacobus apparaissaient sur l’album Cajun Creole Hot Nuts de DM Bob & The Deficits.
 Un line up un peu plus conventionnel donc, des morceaux plus cadrés et une orientation plus nette vers le zydeco et la country. Je me prends à regretter les délires spatiaux, les tyroliennes et les polkas du premier album, mais Rockin Country Gumbo contient ce qu’il faut d’effluves dansantes et juteuses de la Louisiane et de complaintes à vous briser le coeur. Quant à DM Bob & The Deficits, ils ne jouent plus, mais un album country devrait voir le jour sur Voodoo Rythm (qui annonce par ailleurs pour bientôt des LP/CD des Monsters, The Come’n’Go et Die Zorros). Bob Tooke a de quoi s’occuper : en plus des Watzloves, il a formé un nouveau groupe, il se produit aussi en one-man-band et le reste du temps il continue à peindre des taureaux. (www.dmbob.de)

Voodoo Rythm, Jurastrasse 15, 3013 Bern,
Suisse -- www.voodoorhythm.com
 
 

THE DONNAS
Spend The Night
Lookout Rds

 Cinquième album pour les Californiennes, et ma foi, c'est un très bon cru. Elles ont bien digéré leurs débuts bubblegum et leur virage hard-rock et nous offrent avec ce Spend The Night un disque abouti de grande facture. Heavy-pop qu’on pourrait qualifier l’objet ! Bourré jusqu’à la gueule de hits (“Take It Off”, “Too Bad About Your Girl”, “Dirty Denim”, etc...), un chant affirmé et sensuel, une guitariste qui en remontrerait à n’importe quel guitar-hero suédois et des arrangements toujours subtils. Et quelle production ! Allez hop ! DISQUE DU TRIMESTRE ! Non mais ! (LP/CD - Lookout rds - 3264 Adeline st. Berkeley, CA 94703, USA / www.lookoutrecords.com - www.thedonnas.com)
 
 

TRIGGER
Distort & Explode
Nicotine Records

 En Suède, et dans la grande famille du heavy punk à la Hellacopters, le trio de Gothenburg vient de dégainer son deuxième album après Fortysevenhours (Mimo/Zuma) en 2000. On retrouve sur Distort & Explode ce qui nous avaient titillé sur leur split CD/LP Action... Go! en compagnie de leurs concitoyens Rickshaw (Devilsshitburner), à savoir des pointes de psychédélisme, les choeurs glam, un son brut, de bonnes guitares et quelques refrains mémorables. On y retrouve aussi leur reprise de “Unforced Peace” de Roky Erickson (et ses “ouh ouh ouh” irrésistibles), et une version longue de “Sister” généreusement fournie en déchirades de guitare. Curieusement, nos trois lascars avouent aussi une fascination commune pour Janis Joplin, qui se traduit par une cover de “Coo Coo”, un titre des débuts de Big Brother signé du bassiste Peter Albin. Flûte et riffs celtiques, ils ont inventé le heavy folk-rock. Ce n’est pas encore leur grand-oeuvre mais ils pourraient nous surprendre encore.

Nicotine Rds, Via Viola 96, 15057 Tortona (AL), Italie -- http://www.nicotinerecords.com
 
 

STREETWALKIN’ CHEETAHS
Guitars, Guns And Gold
Munster

 En attendant le chant du cygne du gang de L.A., le double album Gainesville, on patientera avec Guitars, Guns And Gold, une compil d’inédits et de raretés sortie par Triple X aux Etats-Unis et Munster en Europe. Treize titres qui démontrent après l’excellent Waiting For the Death Of My Generation la diversité de leur punk rock débridé : teinté de metal avec “Small Town Killer” ou leur version de “Sanctuary” de Iron Maiden (ouch ! - période Di Anno pour les initiés), plus pop avec “The Night Billy Wanted To Fly” ou leur cover de “Kamikaze” des Boys, velu et menaçant sur “I Wanna Die For Christmas” (enregistré chez leurs potes The Bellrays et uniquement disponible sur cassette jusque-là), légèrement new-wave sur “Generator”, swing et garage sur la version live de “Dirty Mockingbird”... Ajoutez une reprise de X et quelques moments déglingués (“Carnival”) et vous tenez un disque varié et hautement recommandable.
 On reparlera sous peu de Frank Meyer. Outre l’album à venir des Cheetahs, leur guitariste / chanteur vient d’enregistrer son premier album solo (Sunday Morning Breakfast) et de former un trio prometteur appelé Sweet Justice, avec son vieux complice Todd Westover (Bellrays / Doorslammer / Toothpick Elbow) et le bassiste Bruce Duff (Jeff Dahl / ADZ entre autres).

www.thestreetwalkingcheetahs.com
www.munster-records.com



 
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