CHRONIQUES
DIG IT # 21

 

Buckweeds What's Wrong With AttitudeBUCKWEEDS
What's Wrong With Attitude
Fandango

    Le nouvel album des Belges est sorti à la fin de l’été. Il s’intitule What’s Wrong With Attitude et c’est Fandango Rds, le label de Washington monté par Jake Starr, le leader du groupe Adam West, qui édite la bête. Warning : pensez à faire sérieusement insonoriser l’appart’ avant de glisser la rondelle dans le lecteur (pas de version vinyle pour l’instant) si vous souhaitez continuer à vivre en bonne intelligence avec les voisins. Imaginez une hilarante collision sonique entre Motorhead et Zeke avec un plein container de ”77 punk attitude” en prime. Moins Ramones/Queers que l’album précédent donc, mais beaucoup plus violent. Chaque titre est un hymne, vrai de vrai ! Le speedomètre est constamment dans le rouge, y’a du fun et des filles, des mélodies addictives et des tonnes de "fuck" au détour des refrains , plus un sketch pédagogique à hurler de rire sur les différentes utilisations possibles du mot "fuck" dans la langue de Shakespeare (ou de John Wayne), exemple "riche" : "Fuck the fucking fuckers". Ajoutez-y des titres porno-punk comme "Sittin’ On My Face" ("Comment veux-tu que je te dise que je t’aime si tu t’assois sur ma figure ?") ou des brûlots pied-au-plancher tel "Fuck Shit Up", bande son idéale pour une descente des Jourdain Brothers dans une boum de lycéennes, et vous aurez une idée à peu près conforme de l’ambiance qui règne ici.
     Mhhh... Présenté comme ça j’imagine que ça va en effrayer quelques-uns, alors soyons clair, il vaut évidemment mieux être fan de heavy-punk (70% punk / 30% heavy) pour avoir une chance d’apprécier le traitement comme il convient. Au réveil ça vous garantit une journée pour le moins dynamique. L’amateur exclusif de power-pop ou de sixties sound peut passer son chemin. Tout comme le fan de hard-rock qui ne conçoit un bon disque que bardé de solos récités par un guitar-hero bavard. Il y en a bien quelques-uns des solos, de redoutables même, mais ils dépassent rarement la durée maximum autorisée par le Code Punk (éditions Fuck You, 1977), soit une dizaine de secondes. Ce qui n’empêche pas le groupe de reprendre avec humour et en chœur le célèbre slogan anti-punk des hardos à la fin des 70’s (jetez donc un œil au dos du deuxième album des Oblivians) : "Kill a punk for Rock’n’Roll". J'espère que le côté parodique de l'affaire n'échappera à personne... Et on sait que les meilleures parodies deviennent parfois des classiques du genre qu'ils parodient (remember Nazz Nomad ?).
 
 

JACK MEATBEAT & THE UNDERGROUND SOCIETY
Back From WWIII
Munster

     A vrai dire, l’écoute de Back From World War III, l’album testament de Jack Meatbeat & The Underground Society, relève bien plus de l’expérience mystique que du matraquage de tympans. Cette bande de cinglés finlandais comptait parmi ses membres le chanteur argentin (Speedo) et l’un des guitaristes (Ski) des redoutables Flaming Sideburns. Ils ont enregistré la trame de ces bandes en 96 à Berlin. Le tout a été savamment mixé, remixé et overdubbé à l’infini au cours de diverses sessions qu’on devine épiques, étalées sur près de trois années aux quatre coins de la planète.
 Résultat : un trip lysergico-stoogien dans un bayou exotique et inquiétant, à bord d’un roller-coaster en furie se muant à l’occasion en train fantôme grinçant. Tous les morceaux sont enchaînés, les ambiances planantes explosent sans prévenir, les effets transforment vos baffles en moulinette à cervelet... Pas triste ! Prenez les Hypnotics, doublez leurs rations d’acides, ajoutez un screamer qui se la joue possédé par les esprits du désert, imaginez les ombres tutélaires des Electras, d’Alice Cooper ou de Roky Erickson qui planent en ricanant, et vous n'aurez pourtant qu'une très imparfaite idée du phénomène.
 De toute façon, faudrait l’attirail d’un James Bond de l’acoustique pour discerner tout ce qui se passe entre les sillons. Les fans du Detroit Sound que n’effrait pas la déjante psychédélique peuvent prendre leur ticket en toute confiance. Et pour les autres, l’expérience vaut d’être vécue. Il suffit de monter le son et de se vautrer sur le canapé.
(Munster Records, P.O. Box 18107, 28080 Madrid -- http://www.munster-records.com -- munster@munster-records.com)
 
 

Bobbyteens  Not So SweetBOBBYTEENS
Not So Sweet
Estrus

    Bubble-gum rock et 70’s Pop se disputent toujours les influences sur le deuxième album des Bobbyteens (au titre en forme d’avertissement: Not So Sweet) qui présente une douzaine de morceaux courts et basiquement R’n’R. Un exemple de disque agréable sur le moment  (c’est déjà ça) mais qui ne laisse pas un souvenir vraiment impérissable (à part "Let’s Get It On" et "Late Night TV"). C’est peut-être l’exacte définition du bubble-gum rock après tout ? En tout cas leurs concerts sont excitants, les témoins sont unanimes.
 
 

Mooney Suzuki People Get ReadyMOONEY SUZUKI
People Get Ready
Estrus

    Premier album et coup de maître(s) pour les cinq New  Yorkais de Mooney Suzuki. On évolue en territoire 60’s groove, gospel et soul avec conclusion en forme de clin d’oeil au MC5 de 68 (). C’est original (à part un ou deux trucs sixties plus académiques) et secouant. Ce People Get Ready est à ranger pas loin du troisième album des Oblivians. Une référence...
 
 
Soledad BrosSOLEDAD BROTHERS
Estrus

    Quand le "broken blues" à la Jack O’ Fire lance une OPA sur  le Velvet de "Run, Run, Run", ça donne un fantastique "Gospel According To John" qui ouvre cet album et  le taux de satisfaction ne tarde pas à grimper à la bourse du feeling en béton. Le premier disque des Soledad Brothers est produit par Jack White, des White Stripes. Comme les White Stripes, les Soledad Bros sont deux. Et comme les Lord High Fixers, les S. B. sont militants : Soledad Brothers, c’est le nom que se donnaient entre eux les anciens détenus de la prison californienne de Soledad, principalement des  militants Black Panthers... Les fans de blues déjanté et minimaliste ou de country déglinguée seront à la fête, y’a même une cover de "Gimmie Back My Wig", un traditionnel popularisé par Hound Dog Taylor, un des must de notre radio show cet automne.
 
 

Von Zippers BlitzhackerVON ZIPPERS
Blitzhacker
Estrus

    Comme sur leurs opus précédents, les canadiens Von Zippers pratiquent un garage solide, mi-punk/mi-60’s. Certaines références aux Lyres ou Cynics attirent l’oreille, la violente cover de "Summertime Blues" (qui figurait à  l’origine sur un 7’’EP tribut à Blue Cheer) la déchire. L'album s'intitule Blitzhacker et est composé de divers singles (rares ou beaucoup moins) et d'extraits de compils pondus par le groupe. Générique mais efficace.
 (Estrus Rds : PO Box 2125, Bellingham, WA 98227, USA)
 
 

B MOVIE RATS
Bad For You
Junk

    On ne découvre cet album qu’avec cette version américaine, alors que les bandes étaient parues l’an dernier sous le titre de Make You Bleed (1000 copies cd only, faut dire) sur le label écossais Twenty Stone Blatt. Les sessions ont en fait eu lieu en 98, entre celles du premier album, Killer Woman, (produit comme celui des Bulemics par l’ami Mariconda), et celles du split album avec les Hellbenders, Distilled. Ils ont depuis changé de visage avec l’arrivée d’un nouveau batteur et d’un guitariste supplémentaire (on n’ose imaginer le vacarme sur scène). M’étonnerait pas qu’ils privilégient maintenant leurs influences hard rock et "classic rock’n’roll" à la Stones/Faces.
 A l’époque en tout cas, leur hard-punk était aussi tranchant que la tronçonneuse de Leatherface. Le chanteur se laisse bien aller à quelques beuglantes à la Rose Tattoo, c’est dans sa nature. Le titre "Strut" résume bien le concept, avec ses couplets à la "Savage" des Fun Things, et son break à la "Let There Be Rock" d’AC/DC. Les racines musclées du punk rock’n’roll seventies alliées au boogie plombé, le tout mené à un train d’enfer... Foutrement efficace. A part une version peu marquante d’un titre de Tony Fate et le répit que procure la reprise pourtant vigoureuse du standard des Faces "Borstal Boys", l’ensemble déboule comme une horde de pitbulls affamés. Un must.
(Junk Records, 7071 Warner Ave. F PMB 736, Huntington Beach, CA 92647-5495 -- www. junkrecords.com)
 
 

SONNY VINCENT
Hell's Kitchen
Munster

    Sonny Vincent est increvable. Alors qu’on l’annonce de retour sur les routes européennes au printemps avec les punks hispaniques Safety Pins en backing band (ça promet), voici que sort un nouvel album studio enregistré avec la paire d’Allemands joyeusement allumée qui assurait une rythmique robuste, et un suivi parfois chaotique de ses improvisations scéniques lors de son dernier passage à Toulouse. Hell’s Kitchen, sous sa couverture sardonique, et malgré un son un peu inégal, est un efficace dosage de punk éternel et mélodique, de résurgences stoogiennes (encore), de mid-tempos barrés et de décharges corrosives dans l’esprit du mémorable EP avec Wayne Kramer. On y trouve aussi un tube pop magnifique ("Real Cool Girl") et une reprise de "Search & Destroy"des Stooges (toujours). Mixez tout ça avec des guitares qui se cabrent comme des broncos un soir d’orage, et vous obtenez une nouvelle œuvre à la hauteur de la réputation du bonhomme. La classe ! Il sera à Toulouse le 9 mars.
(Munster Records, P.O. Box 18107, 28080 Madrid -- http://www.munster-records.com -- munster@munster-records.com)
 
 

SEWERGROOVES
Guided By Delight
Low Impact Rds

    Bigre, voilà un grand disque. Des rumeurs non confirmées jusqu’à présent annonçaient le split des Sewergrooves, supposément lié à la signature des Hellacopters sur Universal. On sait que les deux groupes suédois partagent le même batteur, et qu’il sera peut-être difficile à ce dernier de poursuivre avec un side-band (faudrait aussi que Universal autorise Robert à sortir des disques ailleurs que chez eux). Même si la frappe de brute et le sens du break imprévisible de Robert 'Copter ajoute à leur charme, l’originalité des Sewergrooves réside bien plus dans le jeu de guitare fiévreux et la voix plaintive de Kurt Dräckes (un ex-Purge, groupe de New York, qui par ailleurs a son propre side-band).
 Leur deuxième album, Guided By Delight (toujours sur Low Impact) est une nouvelle preuve du caractère assez unique de ce trio. Ils revendiquent l’héritage du hard seventies, de Thin Lizzy, des Wipers ou de Urge Overkill. Ils impulsent à leurs morceaux l’intensité du Detroit Sound, lorgnant particulièrement vers le Sonic’s Rendez-Vous Band (comme les Hellacopters), mais n’hésitent pas à frayer avec le psychédélisme heavy, placent une ballade confondante, mais se dégottent une pédale qui-fait-craquer-sérieux-la-guitare sauvagement écrasée sur deux titres ravageurs. Un album prenant, difficile à classer, même si les fans des Hellacopters se retrouveront en terrain familier. Trois 45t ont dû sortir dans la foulée sur Estrus, Gearhead Rds et le label français Pitshark Records.
 (Low Impact Rds, Box 475, 701 49 Örebro, Suède -- http://drink.to/lowimpact --
Sewergrooves : http://hem.passagen.se/sewer)
 
 

TURPENTINES
By Popular Demand
White Jazz

    Deuxième album pour ces Suédois, toujours sur White Jazz. Ils me faisaient penser à un croisement entre la power-pop américaine et le gros son scandinave sur leur premier, American Music for American People, et ils enfoncent une nouvelle fois le clou avec ce By Popular Demand. L’album est produit par Chips K, l’homme de Sator qui officie depuis de nombreuses années pour les Nomads. Tiens parlons-en de ceux-là... Comme la plupart des groupes scandinaves, les Turpentines leur doivent beaucoup, sauf qu’ici ça s’entend vraiment. Ecoutez donc "Tough Luck Mary-Ann" ou "Useless Memory". Ils adorent aussi Rocket From the Crypt (l’emprunt à "Born in 69" des RFTC est flagrant dans "Ain’t My Decision"), les Hellacopters ou Union Carbide Prod. ("500cc"). On notera aussi leur choix de reprises, toujours de bon goût : "Gimme the Shakes" des Dogmatics sur leur premier 33, "Too Much Too Soon" des Bishops sur un single Bad Afro et maintenant "The Girl from Baltimore" des Fleshtones, dans un traitement très... euh, personnel. Si vous avez aimé le Veni, Vidi, Vicious des Hives, vous devriez apprécier By Popular Demand même s’il n’est pas tout à fait du même calibre.
(www.houseofkicks.se)
 
 

Jerry Spider Gang  Dope Takin' KamikazesJERRY SPIDER GANG
Dope Takin' Kamikazes
Shark Attack Rds

    Vous le savez déjà probablement, ici on aime bien le Jerry Spider Gang, et pas seulement parce que Lo’ Spider, leur chanteur-guitariste et éminence grise a rejoint le Dig It crew depuis quelque temps. Pourra t-on nous accuser de copinage pour autant ? Pas sûr, on serait même du genre à être plus exigeant que d’habitude. N’empêche qu’il a bien fallu se rendre à l’évidence, le premier album (après un 10"/CD sur Safety Pin) des Toulousains est plutôt réussi, suffisamment en tout cas pour les placer dans le peloton de tête des combos frenchy capables de s’exporter et de concurrencer sans complexes l’hégémonie scandino-ricaine dans le domaine du riff velu et barbelé d’inspiration Detroit City. Certes le paysage a déjà été abondamment exploré (pas si souvent en France d’ailleurs), mais il est abordé ici avec une énergie et un savoir-faire étonnant. Le groupe a cassé sa tirelire et joué la carte "gros son" : une semaine de studio à Bordeaux sous la houlette d’un habile producteur (Olivier Joffrin, déjà responsable du son des Greedy Guts et quelques autres) et un mix attentif sur plusieurs semaines ont suffi au Spider Gang pour cracher ce Dope Takin' Kamikazes (on confirme...) parfumé à la dynamite. La signature des Hellacopters sur Universal Music (propriété du groupe Vivendi depuis peu, pas très rock’n’roll...) vous a laissé perplexe ? Ce CD du Jerry Spider Gang (chez Shark Attack Rds) est pour vous. Pour peu que les Stooges, le MC5 ou Radio Birdman (ou le Sonic’s Rendez-Vous Band, ou les Ramrods...) ne soient pas confinés au fond de votre discothèque depuis deux siècles, évidemment. Et les quelques légères erreurs de mixage (l’intro du premier morceau) ou les citations "historiques" superflues (le riff de "TV Eye" pointe parfois son nez, c’était déjà le cas sur leur disque précédent) ne constituent pas des bémols suffisants pour que les fans du genre passent à côté d’un des bons disques du moment. La version vinyle est prévue chez Safety Pin très bientôt. Un EP doit tomber ces jours-ci, on y retrouve entre autres une version vigoureuse du "Bermuda" de Roky Erickson extraite des mêmes sessions. Le Spider Gang apparait aussi sur un 7” EP compil édité par Lollipop Rds (en compagnie des Gasolheads, Machine Gun Kelly, Jerky Turkey, etc...) et on les retrouvera sur l’hommage aux Flamin’ Groovies et sans doute celui à Turbonegro.
 
 

NEW YORK DOLLS
Norton Records
 
    On est en 73, Marty Thau vient de dégotter un deal avec Mercury Rds pour ses flamboyants poulains les New York Dolls. Seulement, comme chez Mercury ils veulent savoir où ils mettent les pieds, le groupe doit d’abord montrer de quoi il est capable et enregistrer une bande  de "démonstration", une démo quoi. Les Dolls sont entrés en studio et ont quasiment mis en boite tout leur répertoire de l’époque. Soit 21 morceaux, il manque juste "Hoochie Coochie Man" et "Endless Party". C'était les premiers enregistrements avec Jerry Nolan à la batterie. Les bandes dormaient dans un tiroir chez Marty Thau, les voici éditées en CD par Norton Rds (les notes de pochette sont signées par M. Thau). Les morceaux sont légèrement différents des versions "officielles" et le son  est plus brut (mais excellent, rien à voir avec les tonnes de bandes des New York Dolls au son pourri qui circulent) que sur le premier album. Idéal pour les Dolls. Pour une fois que des raretés des NYD sont conseillées à tout le monde, et pas seulement aux fans de chez fans, profitez-en sans retenue.
 



 
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