CHRONIQUES
DIG IT # 23

SIMON CHAINSAW
Simon Chainsaw & The Intruders - 7''EP
Badass Roadshow - Fire Down Below - Crankinhaus Rds
Simon Chainsaw and The Forgotten Boys - CD - Tronador Rds

    Simon Chainsaw, alias Simon Drew, est un "aventurier du rock'n'roll" à ranger dans la même catégorie que Sonny Vincent ou le Jeff Dahl d'il y a une dizaine d'années (ou encore notre Freddy Lynxx national). Du genre à sillonner la planète en enregistrant où l'occasion se présente avec des pointures ou des mercenaires prêts à faire parler la poudre avec qui leur en donnera le loisir. Simon Chainsaw a fait partie du groupe australien (de Sydney) Vanilla Chainsaws de 86 à 95, un gang qui a laissé deux albums, à peu près autant de mini-lp's et cd's plus une poignée de singles (au moins cinq). Le groupe a même tourné en Amérique du Sud, principalement au Brésil, avec un certain succès. Depuis, Simon Drew a gardé une partie du nom et sorti un album en tant que Chainsaw Men (Electric Juju, 1999) sur trois labels différents (dont NKVD et Smoking Troll) ! Il y était accompagné par, entre autres, Steve Gardner, leader/drummer des Gamma Men, boss du label NKVD et de l'excellent 'zine des 80's Noise For Heroes. Depuis, profitant des relations tissées pendant les tournées sud-américaines, Simon est retourné là-bas avec les Exploited et les Intruders de Marky Ramone en tant que guide des bons plans et... "technicien pour les guitares". Et quand Marky est rentré au pays, Simon Chainsaw est resté prendre quelques jours de bon temps au Brésil avec les Intruders. Une séance d'enregistrement fut rapidement programmée et le tout nouveau groupe (Simon plus les deux Intruders Johnny Pisano et Alex Crank plus un batteur brésilien) a mis en boîte trois morceaux qualifiés par Simon de "punk mélodique". Attention, ça n'a quand même rien à voir avec les trucs de chez EpiFat, on est plutôt du côté (encore) Sonny Vincent, ce qui fait une palette large mais principalement... punk et mélodique. La guitare de Simon fait la loi en chef de gang incontesté sur le heavy "Breakin' Out" et l'option "punk'n'roll avec solos dévastateurs poussés au taquet" fait souffler une tempête électrique sur la cover du "Stamp Out Disco" de Razar, un groupe de Brisbane (1978). Ça doit sortir sous peu en 7"EP sous le nom de Simon Chainsaw with The Intruders.

    Autre bruyant chapitre des aventures de Simon, le groupe Badass Roadshow vient de sortir un album sur le label australien Crankinhaus Rds. Là aussi la formation est surprenante, on y trouve le guitariste Al Creed (New Christs, Panadolls), la section rythmique de Sonny Vincent (tiens, again !) sur son dernier album Hell's Kitchen (les mercenaires allemands Stefan G et Bernward K, ils ont aussi accompagné Sonny en tournée), un membre de Turbolove (de Strasbourg) et quelques Allemands qui traînaient dans le studio berlinois juste au moment où Sonny V finissait d'enregistrer Hell's Kitchen. Cette fois, toujours selon Simon, l'ambiance est au  "punk-rock brûlant sur un train d'enfer". Bien vendu Simon ! On n'en est pas loin, faut juste ne pas oublier de mentionner les solos férocement orientés 70's/Détroit et poussés au max... Tellement au max que quand le solo s'arrête y'a comme une baisse d'intensité globale qui nuit au morceau. Mais c'est Simon le boss, et le boss aime les grattes qui rentrent dans le chou... Ce qui n'enlève rien à la perfection du son obtenu, un terrain sur lequel Hell's Kitchen est nettement battu par ce Fire Down Below qui propose, en plus du "punk rock brûlant, etc...", quelques réelles pépites mélodiques qui s'installent sans gêne dans le cervelet pour quelques heures. On résume : une grosse dose de "punk rock brûlant", des mélodies bien troussées, des solos à la Ron Asheton et un son plus gros que le siège social  d'Universal. Dur de faire un mauvais cocktail, même si ça ne donne pas non plus automatiquement un chef-d'oeuvre, avec ce genre d'ingrédients. Vous avez les clés...
 
    Anecdote pour archivistes : l'album de Sony (Hell's Kitchen) et celui de Badass Roadshow contiennent tous les deux un morceau intitulé "Supersonic". C'est d'abord un morceau de Badass Roadshow, la version de Sonny n'en est pas vraiment une reprise, il a juste assemblé tous les titres de l'album de Badass Roadshow pour en faire les textes de sa version sur une musique différente. Hommage ou défaut d'inspiration comblé par la set-list qui traînait encore sur la table de mixage ? Va savoir... en tout cas là encore, avantage à Badass Roadshow pour leur version de "Supersonic".

    Dernier épisode de la conquête du monde par Simon "la Chaîne de Tronçonneuse", le CD (enregistré au Brésil et mixé à Berlin en mars dernier) de Simon Chainsaw and The Forgotten Boys est encore un festival de guitares supersoniques. Les Forgotten Boys sont des brésiliens de Sao Paulo qui avouent une raisonnable inclination pour Johnny Thunders. Le disque est sorti en juin au Brésil sur Tronador Rds. Là encore mélodies et énergie sont sur le même hors-bord et le groupe érige un mur du son en treize étapes saignantes qui pérennisent la recette décryptée plus haut, de "Thinking 'bout It" à "Basta, Eu Quero Paz" (une version en anglais et une autre en portugais) en s'appropriant de manière très bien sentie le "Million Miles Away" de Stiv Bators. Même si la prolixité de Simon génère parfois quelques clichés et similitudes entre morceaux, on lui pardonne volontiers en se permettant toutefois de lui conseiller d'en faire à peine un peu moins (il a d'autres projets en cours !) et de se concentrer sur un truc. Le résultat serait sûrement totalement renversant. Mais qui sommes nous pour... etc... ?

    Bon, vous l'avez compris, Simon Chaisaw est une de ces apparitions surprises comme le rock'n'roll en génère de temps en temps, galérien pendant quinze ans et grosse sensation du jour au lendemain, avec plusieurs bons disques sur le marché en même temps et une notoriété qui grandit sûrement. Il prévoit de venir tourner par ici bientôt, j'ai hâte de voir le line-up retenu, y'a sans doute encore de la surprise dans l'air... Simon cherche un label européen pour éditer ces trois disques par ici, on peut le joindre chez :

Corrosion Productions, PO Box 345
Enmore, 2042 Australie
corrosion@simonchainsaw.com
www.simonchainsaw.com
 
 

  FLAMING SIDEBURNS
Hallelujah Rock'n'Rollah
Bad Afro

     Pour un premier album, pas de doute (et on n'a donc pas été les seuls à le remarquer...), c'est un coup de maître et d'éclat. Certes il y avait bien eu quelques singles et un 25cm, It's Time To Testify, décliné en plusieurs versions (CD, picture-LP, LP, tous avec bonus tracks) et dans plusieurs contrées (Danemark, Espagne, Australie) en forme d'avertissements soniques. Il y avait eu aussi l'hiver dernier cette épique tournée du sud de l'Europe dont un passage mémorable et enflammé par ici... Et puis la très groove contribution du gang au récent split 10" avec les Hellacopters avait aiguisé un peu plus notre impatience d'entendre le groupe cracher son garage/soul sur un vrai long album. C'est donc fait, et bien fait, avec ce Hallelujah Rock'n'Rollah (sur Bad Afro Rds, comme d'hab'), édifiant exemple de la capacité d'un chaudron scandinave en permanente ébullition à produire des alchimies parfaites. Le cocktail est basiquement le même (Sonics/ Wailers + MC Stooges) mais varie les proportions et intègre de nouveaux éléments. Ils ressuscitent le Velvet dans "Flowers" (avec en guests Ian et Ebbott de Sountrack of Our Lives/Union Carbide), un morceau qui narre les démêlés du chanteur avec la Guardia Civil à Bilbao, customisent leurs compos 60's avec cuivres, orgue ET grosses guitares, et reliftent accessoirement Hendrix période Band Of Gypsys en lui octroyant une partenaire survoltée genre Aretha Turner ("Sweet Sound Of Luv"). Chaque morceau enfile trouvailles, surprises et hommages (trouvez "The Passenger"), vocaux en espagnol au détour d'un couplet, réminiscences psyché/Détroit de Jack Meatbeat par ci, attaques de Pacific North-West sound par là, tout ça avec une énergie qui s'avèrera sans doute rapidement fatale à la calotte glacière si la maréchaussée finlandaise n'intervient pas illico. On a rencontré le futur du garage-rock j'crois bien... Reste à savoir comment le groupe réussira à adapter ce nouveau répertoire à une prestation scènique principalement axée 60's jusqu'ici. On ne devrait pas attendre trop longtemps pour vérifier... Bad Afro a également sorti au moins un single avec un extrait de l'album et un inédit. Le guitariste Jeffrey Lee Burns a quitté le groupe (en bon termes) pour s'installer en... Caroline du Nord. Il a donné son dernier concert avec les Sideburns au Free Wheels. Il est désormais remplacé par Johnny Volume (écoutez le solo sur "Loose My Soul" !) qui avait déjà occupé le poste durant la dernière tournée sud-européenne.
Bad Afro : Poste Restante, Frederiksberg
Alle 6, 1820 Frederiksberg C, Danemark
www.badafro.dk
 
 

SHUTDOWN 66
Welcome to Dumbsville High
Corduroy

    Autant les Breadmakers mettaient un point d'honneur à peaufiner des albums léchés 60's/r&b techniquement parfaits (et fort recommandables), autant Shutdown 66 (peu ou prou le même line-up avec quelques changements de postes) la joue teenagers garage 60's énervés sans foi ni loi. Le son de ce premier album (Welcome to Dumbsville High) est teigneux et rouillé à souhait, Nick Phillips (qui tenait la basse des Breadmakers) hurle et sonne tout aussi possédé que ces kids qui crachaient leurs colères et frustrations diverses au fond des garages de Pennsylvanie en 65 en ignorant qu'ils atterriraient sur un Back From The Grave vingt ans plus tard. Fans des Sparkles, Swamp Rats et autres gangs de screamers notoires, laissez-vous tenter par la fraîcheur et la fausse naïveté (mais féroce détermination) de Shutdown 66. Même les amateurs de Detroit Sound y trouveront leur compte avec un "Losing Traction" plus Motor-Sixties que nature. Dommage que l'orgue ne soit pas un peu plus discret, c'est le seul bémol. A part ça, l'exercice de style "teenage garage-punk" est parfaitement réussi. Les Breadmakers sont programmés au WW3 de Benidorm, et comme tout ce beau monde joue aussi dans Shutdown 66 (et Driveway Service !), leur passage sera l'occasion de vérifier l'état d'une bonne partie de l'écurie Corduroy.
Corduroy Rds : Factory 4, 20 Advantage Rd, Highett 3190, Victoria. Australie
http://www.corduroy.com.au/CorduroySite/cord_index.html
 
 

ZEN GUERILLA
Shadows On The Sun
Sub Pop

    Cinquième disque en dix ans pour ce quatuor formé à l'université du Delaware, passé par Compulsiv Rds, Insect, Alternative Tentacles, et qui a depuis rejoint l'écurie Sub Pop. L'album, Shadows On The Sun est pétri d'éruptions soul, blues et gospel portées par des guitares incontestablement "heavy-punk" (bel exemple de ce que le genre offre de meilleur) et un screamer totalement possédé au timbre hanté/trafiqué par de savants bricolages d'effets (la prod est signée Jack Endino, comme le précédent). Leurs reprises (Maiden/Sabbath !) sur le single Safety Pin ne m'avaient pas beaucoup enthousiasmé, par contre les quatorze morceaux de ce Shadows... sont monstrueusement groove-rock'n'roll. Disons heavy-soul-blues (voire country) et c'est vendu. Savoir-faire, énergie et émotion font bruyant ménage et la sarabande électrique semble partie pour l'éternité. Otis Redding duellise avec Jimi Hendrix, le Robert Plant de "Rock'n'Roll" jamme avec les Oblivians période Quintron pendant qu'Hank Williams s'acoquine avec les Groovies. C'est touffu et impressionnant. Mention "attention chef-d'oeuvre" pour "Fingers", le gospel implorant et halluciné (un extrait de concert) qui clôt l'album. Ouais on adore ce disque, j'vois qu'on peut rien vous cacher...
Sub Pop Rds : PO Box 20645
Seattle, WA 98102, USA
 
 

ADAM WEST
Right On!
People Like You
 
    Signalons l'arrivée prochaine d'un nouvel album d'Adam West (Right On !) prévu en Europe sur le label allemand People Like You Rds et absolument réservé aux fans de heavy-punk (la voix de Jake y est pour beaucoup). C'est parfait dans le genre, les guitares crissent dans les virages en évitant la plupart des ornières/clichés propres (uh ?) au style, l'influence punk est bien présente (le groupe voue un culte aux Misfits et reprend le "Erotic Neurotic" des Saints), les mid-tempos rocailleux combleront le fan-club d'AC/DC (toujours la voix) et le tout fera probablement office de hit hivernal, entre Blue Cheer et Family, sur Les Bébés Dinosaures, l'émission culte 70's proposée par Sylvain et Tommy Boy sur Canal Sud tous les dimanches soirs. Y'a pire comme destin...
Fandango Rds : 1805 T Street, NW #A
Washington, DC 20009. USA
adamwest@fandangorecs.com

 

  SMASH UP DERBY
Sounds of Self-defence
Screaming Apple Rds

    Où on reparle des Spaceshits. Smash Up Derby était le groupe d'Alex Fascination, guitariste sur le deuxième album des Canadiens. Le groupe n'existe plus, cet album est donc posthume, ils le savaient en l'enregistrant mais avaient décidé de "laisser une trace" (après quelques singles confidentiels, par ici en tout cas). Bien leur en a pris, cet album (Sounds of Self-Defense) fut un de nos favoris de l'été, et, comme le souligne Ritchie Apple, "the hardest rockin' band ever on Screaming Apple ! S'il vous faut des références, allez piocher du côté des Devil Dogs, DMZ ou Oblivians... Quelque chose comme les Spaceshits combinant l'énergie de leur premier album et l'âme du second. Ils arrivent à déguiser le "Gonna Search" des Guess Who en inédit des D. Dogs et pilotent à l'énergie, mais non sans finesse, une machine à carosser de redoutables hits garage-punks vrillés d'éruptions de solos courts et minimalistes fortement poussés dans le rouge. Totalement excitant !
Screaming Apple : Düstemichstr. 14, 50939 Köln. Allemagne.
www.screaming-apple-records.de
 
 

  THE DIRTBOMBS
Ultraglide In Black
In The Red

    Le groupe de Mick Collins et Jim Diamond (dont le travail de studio, des New Bomb Turks aux White Stripes reste irréprochable), sort un album majestueux. Ultraglide In Black se veut un hommage à la négritude et à ses hérauts Soul/Funk. L'album n'est pratiquement constitué que de reprises (un seul original), de Smokey Robinson à Barry White en passant par Sly & The Family Stone (énorme version d’"Underdog") et Curtis Mayfield. Ils reprennent aussi le "Ode to a Blackman" de Thin Lizzy, quand Phil Lynott payait son dû à Robert Johnson et Stevie Wonder. La basse est énorme, le groove imparable et une fuzz omniprésente pervertit la chose à souhait. Un de mes disques de l'année. Notez que l'autre groupe de Mick Collins, les Screws, vient lui aussi de sortir un album de covers, Shake Your Monkey (Hendrix, Stones, Outsiders, John Lee Hooker...).
www.intheredrecords.com
 
 

THE RICHMOND SLUTS
1st LP
Disaster

    Ce premier album éponyme est un des meilleurs trucs que j'aie entendu ces derniers temps. Sur une base assez garage 60's (la présence d’un organiste à temps complet dans le groupe n'y est pas étrangère), les Richmond Sluts collent des mélodies et des guitares qui ne sont pas sans rappeler les New-York Dolls ou les Hollywood Brats. Ces Salopes-là ne viennent pas de Virginie, mais de San Fransisco (Richmond est un des quartiers de la ville j'crois bien) et quelques unes jouaient précédemment dans les Working Stiffs et Brian Jonestown Massacre. C'est Disaster Rds, le label de Duane Peters, chanteur des US Bombs et des Hunns qui a sorti cette excellente chose.
Disaster, PO Box 7112, Burbank, CA 91510, U.S.A.
www.alive-totalenergy.com/Disaster.html
 
 

MENSEN
Delusions Of Grandeur
Gearhead Records

    Bigre ! Voilà qu’un des meilleurs albums du trimestre nous vient encore du grand nord. Delusions Of Grandeur apporte une bonne brouette d’arguments à ceux qui estiment que la scène “gros son” scandinave n’est pas si uniforme qu’on peut le dire. Mensen, c’est un son puissant mais sans fioritures, des influences punks, seventies, mais aussi garage, pop et sixties, des guitares qui ferraillent sans jamais frôler le metal, une voix prenante, une énergie et un feeling terribles. Il suffit d’écouter “Please Stay Away” ou “Twilight Zone” pour réaliser que ces norvégiens ont mis le doigt sur un filon garage-punk-pop à creuser. Quelques morceaux plus teigneux, des mid-tempos envoûtants et une reprise de Dead Moon (“Kicked Out - Kicked In”) devraient convaincre les sceptiques.
    La version vinyle contient une reprise de “Cherry Bomb” des Runaways (remplacée sur le CD par “...” des Stones). Qui plus est, les trois filles et le bassiste se sont appropriés les patronymes des hardeuses californiennes (et puisqu’elles étaient cinq, le nom de Joan Jett a été sacrifié !) histoire de mieux marquer la filiation. Espérons que ça n’en effraie pas certains, ils s’en mordraient les arpions. On vous recommande tout autant leur split-single avec The Meat Joy sur Fandango. Un autre 45t sur Nomad Rds a aussi dû paraître.
 (Gearhead Records, PO Box 421219, San Francisco, CA 94142 -- www.gearheadmagazine.com)
 
 

THE SYMPATHETIC SOUND OF DETROIT
Sympathy

    Voilà quelques décennies que Detroit nous assène le rock & roll le plus cru et le plus flamboyant de la planète et ça ne semble pas prêt de s'arrêter. Depuis le split des Gories, Mick Collins n'a eu de cesse de multiplier les combos et expériences les plus diverses, et comme il a trouvé pas mal d'alliés animés de la même passion pour le garage le plus roots, on se retrouve aujourd'hui avec une des scènes les plus vivantes et prolifiques du paysage. Cette compil en est un bon témoignage, même si, comme le dit Jack White, «On aurait pu sortir un triple album» (c'est vrai que manquent à l'affiche des groupes comme the Go, les Silencers ou les Demolition Doll Rods). Jack, la moitié des White Stripes, est d'ailleurs le principal maître d’oeuvre de la compilation puisqu'il a enregistré tous les groupes, et, c'est bien stipulé, dans les mêmes conditions, ce qui rend le disque encore plus intéressant. A armes égales quoi ! Grande découverte avec les Paybacks (en gros les Hentchmen s’acoquinant avec Wendy Case, chanteuse qui officiait précédemment avec Ten High -au moins un 25cm sur Total Energy- dans un registre plus barbelé) et leur tubesque "Black Girl" ainsi que Ko & The Knockouts (la voix de la chanteuse nous rappelait beaucoup celle des Detroit Cobras, mais en fait il n'en est rien. Quel vivier !). Notons que toutes les versions sont inédites (même si on retrouve la reprise de "Shout Bama Lama" sur le dernier album des Cobras)... Au menu également : Les Dirtbombs, Buzzards (Ex-Dirtys/Detroit Cobras), Hentchmen, Come Ons, Soledad Brothers, Von Bondies, Bantam Rooster, Clone Defects (sublime "Whiskey 'n' Women) et bien sûr les White Stripes. En résumé et pour faire court, INDISPENSABLE !
(www.sympathyrecords.com)
 
 

ALPHA MOTHERFUCKERS
Bitzcore

    A.F.P. 01.04.98 : "Suite à l’écoute intensive et immodérée d’Apocalypse Dudes, le récent album de Turbonegro, la rédaction de Dig It ! a perdu tout discernement dans l’appréciation du groupe norvégien”... Jusqu’à en écouter avec délectation leurs premières éructations death-punk sur Hot Cars & Spent Contraceptives... Alors vous pensez bien que l’annonce par Bitzcore d’un tribute aux Denim Demons, avec en plus la présence de Nashville Pussy, Supersuckers ou autres Dwarves provoqua en nous une émotion comparable à celle d’un demi bien frais après l’ascension de l’Alpe d’Huez (?!? Je mate trop la télé en ce moment...).
    Et l’objet est enfin là, magnifique dans son écrin d’or et de saphir... «Bon c’est pas fini ces conneries de sectes à la con !» (comme il parle bien mon père, ouvrier chez Rousselin Frères et Associés, plomberie-zinguerie-chauffage depuis plus de vingt cinq ans !). Donc... Outre le fait que les gens de Bitzcore se soient sentis obligés de nous faire partager les visions très personnelles de Satyricon (black-métal) ou Toby Dammit (totalement indéfinissable) on a surtout une excellente affiche qui accorde une place prépondérante aux morceaux d’Apocalypse Dudes : "Age of Pamparius" par Nashville Pussy et son intro à s’y méprendre, ou la version reliftée minimale et étrange de "Are You Ready for Some Darkness" par Bela B & Denim Girl, et Ass Cobra : excellente cover de "Denim Demon" par Therapy? (hé ouais, de grands fans...) et deux versions différentes de "Sailor Man" par Null$kate$nylterne avec adjonction de cuivre et les Real McKenzies (avec une cornemuse !). Hormis ceux déjà mentionnés, on retrouve Queens of the Stoneage, Hot Water Music, Zeke, Peepshows, Puffball, Ratos de Porao, etc...
    Le double vinyle est accompagné d’un poster et le Cd d’un Cd bonus avec dix groupes (dont les Cellophane Suckers et Scared of Chaka). Bitzcore annonce la sortie d’un deuxième volume, uniquement disponible via le site turbonegro.com.
Bitzcore rds, PO Box 304107,
20324 Hamburg, Allemagne.
www.turbonegro.com
 
 

THE NERVEBREAKERS
Hijack The Radio !
Rave Up

    Le volume 15 de la série “American Lost Punk Rock Nuggets” engendrée par le label romain Rave Up Rds est consacré, après les Testors, Dogs et autres Features, aux rois de la scène underground texanne de la fin des seventies, les fantastiques Nervebreakers.
    Formés en 73 à Dallas, ils ont écumé le nord du Texas, tourné sur la côte Ouest, ouvert pour les Ramones, les Pistols ou Clash, ne laissant à la postérité qu’une discographie ténue : un EP quatre titres, Politics, deux 45t et un album en 80, We Want Everything (réédité il y a quelques années par Get Hip). Haut fait de gloire : ils ont été l’un des backing bands de Roky Erikson (un album live sur New Rose enregistré à Dallas en 79). Leur leader, Thom “Tex” Edwards poursuivra une carrière chaotique, enregistrant avec les Out On Parole (l’indispensable album de reprises country délinguées, Pardon Me, I’ve Got Someone To Kill encore sur New Rose en 89), les Loafin’ Hyenas (de la country plus venimeuse, un album, toujours sur New Rose, en 90), et d’autres ramassis d’allumés comme The Toe Tags ou The Swingin’ Cornflake Killers (!), apparaissant aussi en guest sur des singles des Fireworks ou Lithium X-Mas.
    Avec les Nervebreakers, T. Tex Edwards ne se prenait pas encore pour un Hank Williams sous acide, et ses cow-boys jouaient un cocktail déjà bien corrosif de garage et de punk séminal. La face studio de la compil rassemble le premier 45t (“Hijack The Radio!” un tube jubilatoire à la Wayne County, et “Why Am I So Flipped ?” qui rappelle les Samoans), deux extraits de Politics (un autre tube “My Girlfriend Is A Rock”, repris plus tard par Metal Mike, et l’étonnant “My Life Is Ruined”, complainte country tex-mex virant New York Dolls) ainsi que deux inédits enregistrés en 77, dont “I Love Your Neurosis”, garage rock mélodique à la Slickee Boys. L’autre face est live, sept morceaux pêchus enregistrés à Dallas en 80, parmi lesquels deux reprises (“Steppin’ Stone”, “Strange Movies” des Troggs) et d’autres tubes (“What Do You Want From Me ?” ou le teigneux “I’ve Got A Problem”). Hautement recommandé, et complément idéal à l’album Get Hip.
 Aux dernières nouvelles, T. Tex Edwards enregistre toujours pour des labels sans doute locaux, comme Honey ou TexHex. Il bosse au Continental Club d’Austin, et s’y produit tous les lundis, de 18h30 à 21h, pendant l’happy hour. Ambiance garantie ! (Rave Up Rds, Via Montecuccoli 13, 00176, Rome, Italie -- http://web.tiscalinet.it/raveup
-- Nervebreakers : www.ussrlabs.com/index.htm)
 

 
THE ONYAS
Heterospective
Dropkick Records

     Planquez la gnôle, ils sont de retour. Le trio australien fête ses dix ans d’existence avec un nouvel album et une sorte de vrai-faux tribute bizarre (Ego! Ego! Ego!), les deux sur Dropkick, label affilié à Corduroy et tenu par le bassiste du groupe.
 De sacrés loulous ces ONYAS : la version punk des rednecks des antipodes, buveurs de XXXX et braconnant le kangourou les soirs de pleine lune. De vrais poètes. Célèbres pour leurs prestations scéniques chaotiques et imbibées, qui parfois tournent à l’émeute lorsqu’ils ne contrôlent plus leur libido. Dix années durant, ils ont piétiné tout l’héritage du punk australien, des Victims aux Cosmic Psychos, en passant par Bored! ou les Saints, allant traîner de temps en temps sur les plates-bandes des Nine Pound Hammer et des New Bomb Turks.
     Pour leur nouvel album (le troisième), finement intitulé Heterospective, et pourvu d’une pochette au goût sûr, ils ont réenregistré une douzaine de titres issus de singles et de compilations largement épuisés. Un choix judicieux qui démontre que ces rigolos ont quand même accouché de morceaux tueurs. Pas finauds certes, plutôt vindicatifs, rapides, à la limite du dérapage, mais avec des refrains sloganesques et de sacrées giclées de guitare. Le son est mammouthesque, les morceaux déboulent quasiment live, la voix assure, la wahwah fuse... Du grand art. Un peu bulldozer comme effet, mais foutrement jouissif.
Dropkick Rds, 38 Advantage Rd, Highett Vic 3190, Australie -- www.dropkick.com.au -- www.corduroy. com.au/onyas/)
 
 

THE DICKIES
All This And Puppet Stew
Fat Wreck Chords

    Guetter les nouveaux disques des Dickies revient à se transformer en la soeur Anne du célèbre conte. N’ayant pas vu passer le 25cm de reprises Dogs From The Hare That Bit Us, ça fait sept ans qu’on marine depuis l’inégal Idjit Savant (et son tube intersidéral “Roadkill”). Mais All This And Puppet Stew, que vient de publier Fat Wreck Chords, nous récompense enfin de cette admirable patience.
    Après presque un quart de siècle de déconnades punks et de ritournelles power pop, la troupe est toujours menée par le duo Leonard Phillips Grave (le Caruso du punk) et Stan Lee (le, euh... Satriani du punk). Ils auraient mis cinq ans pour enregistrer ces nouveaux titres (à dose homéopathique sans doute, ce ne sont pas des stakhanovistes de l’enregistrement), et c’est peu dire que c’est arrangé et produit au quart de poil, mais ils ont privilégié l’efficacité à une créativité farfelue qui leur a parfois joué des tours. La plupart des morceaux sont courts et rapides, les solos ciselés, les harmonies vocales toujours aussi délirantes, le politiquement correct joyeusement saccagé (“Whack The Dalaï Lama”). Ils retrouvent parfois le speed et l’orgue sautillant de leurs plus belles heures (“I Did It” ou “Free Willy” disponible en 45t avec un autre bon titre de l’album). Même des plages à priori anecdotiques (“Donut Man”) finissent par insidieusement s’incruster dans vos neurones. Le sommet est atteint lors d’une reprise météorique et vocalement acrobatique de “Nobody But Me”.
    Une bonne leçon pour tous les jeunots de leur label, on espère la prochaine avant 2008. En attendant vous pouvez compléter votre collec’ ou découvrir les maîtres du goof punk grace aux récentes rééditions de leurs deux premiers opus (sur Captain Oi, avec des bonus tracks) et de la compilation Roir, We Aren’t The World.
(Fat Wreck Chords, P.O. Box 193690 San Francisco, CA 94119-3690 -- www.fatwreck.com -- www.thedickies.com)
 
 

THE YUM YUMS
Singles'n'Stuff
Screaming Apple
 

    Jetez donc une oreille sur ce CD regroupant vingt-six titres plus ou moins rares des Norvégiens Yum Yums. Le groupe est un des plus sérieux clients de la filière power-pop  brillante, incisive et musclée, ligne claire ET grosses guitares sur tempos rapides, ils avouent comme influences initiales les Real Kids, le Paul Collin's Beat, les Pointed Sticks et les Barracudas. Le disque (Singles 'n' Stuff) est une compilation de leurs singles ou CD/EP's (sur Safety Pin, Sneakers, Screaming Apple, Universal Norvège), agrémenté de bonus-tracks des différentes versions de l'album Sweet As Candy (sorti en Allemagne, Japon et Norvège) et de morceaux parus sur des compils australiennes, françaises ou allemandes. Y'a même un inédit en norvégien. Le tout est scrupuleusement annoté par Morten le chanteur-guitariste (ex Cosmic Dropouts, Vikings, etc...). Ça va du morceau écrit sur un coin de table et enregistré en vingt minutes ("Girls Like That" sur le premier EP Screaming Apple) au tube ciselé par la star des producteurs locaux Kyrre Fritzner, le Spector norvégien, avec la bénédiction et le gros budget de Universal Music, le morceau ("Be With Me"), fut et est toujours un hit sur les radios du pays. Tout comme "Crazy Over You", qui a été choisi par le Loto en soutien musical de ses pubs TV. Les reprises sont marrantes et réussies ("Bird Dance Beat" des Trashmen, "Chewy Chewy", hit bubblegum 70's d'Ohio Express, "Digging On You" des Romantics, "Baby I'm So Lonely" des Baby Demons/Sator ou "I Can Pretend" des Barracudas, même s'ils ne semblent pas très fiers de celle-là), le son est toujours impeccable et chaque titre est un hit avec des "catchy hooks" partout comme disent les Ricains, c'est incroyable, une vraie machine à tubes propulsée par un batteur (Tomas Dahl, qui fut en parallèle chanteur guitariste des Wonderfools) qui se paye aussi le luxe de réaliser des choeurs parfaits. On devrait faire écouter les Yum Yums dans les écoles de power-pop'n'roll. Fans des Real Kids et des Plimsouls, considérez ce CD 26 titres comme un investissement conseillé et indémodable contenant la dose nécessaire de rock'n'roll et l'indispensable estampille "garagy".
Screaming Apple : Düstemichstr. 14,
50939 Köln. Allemagne.
www.screaming-apple-records.de



 
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