CHRONIQUES
DIG IT # 29

TRAVOLTAS
Endless Summer
Radio Blast

     Ces Hollandais de Tilburg sont en constante et réjouissante évolution depuis l'album produit par Marky Ramone il y a quatre ou cinq ans. Ils sont devenus quelque chose comme des maîtres ès "Power/Pop/Surf", une sorte de version européenne des Demonics en plus "Pop carillonnante". Leur LP Endless Summer résonne de belles et grosses guitares, de voix sublimes forgées par de multiples écoutes du Greatest Hits des Beach Boys et déroule des historiettes émouvantes et éternelles où le soleil et la mer effacent le béton et la morosité des grandes villes sous la pluie ("Endless Summer", le morceau qui donne son titre à l'album, aurait fait une évidente B.O. pour le road-surf movie du même nom). Ajoutez-y une désopilante et enflammée déclaration à Liv Tyler ("Je t'ai vue l'autre soir dans un film, tu ne dois pas t'en souvenir... Hé Liv Tyler, si tu sortais avec moi, je t'offrirais bien plus que tous ces prétentieux poseurs du show-bizz), des mélodies facilement entonnables, un entrain rock'n'roll jamais démenti et vous voilà avec un album trois étoiles réécoutable ad lib.
Radio Blast Rds : Hildegardstr.13, 44809 Bochum, Allemagne (www.radioblastrecordings.de)

     Les mêmes Travoltas viennent de repousser les limites des habituels hommages en enregistrant quasiment live et acoustique un CD intitulé Travolta's Party (les frères Wilson avaient pondu un brillant Beach Boys Party dans les mêmes conditions). Soutenus par quelques copains venus faire la claque (et les percussions sur des bouteilles de bières), les Travoltas ont sélectionné et enregistré quelques-uns de leurs titres les plus adaptés au traitement ("Do The Gal-I-Gator", "Endless Summer", "Alright"...) et plusieurs classiques des BB's ("Little Honda", Barbra Ann", "California Girls"...), soit quatorze titres qui ont contribué à rafraîchir notre été (on entend presque le clapotis des vagues du Pacifique léchant le sable californien).
Knock Knock Rds : 394 Hewlett Ave,Patchogue, NY 11772. USA (www.knockknockrecords.com)
 
 

SMUT PEDDLERS
10 Inch
Dead Beat Rds

    Les Smut Peddlers terrorisent la Californie du Sud depuis une dizaine d'années (et trois albums) et leur détermination ne semble pas faiblir si on en juge par leurs derniers méfaits, un 25cm (finement intitulé Ten Inch, rien à voir avec le format du disque, c'est une belle braguette qui orne la pochette...). En gros ça nous fait penser à un cocktail inédit Onyas/Turbonegro. Du Death-Punk'n'Roll en quelque sorte. Le chanteur, soutenu par des choeurs virils, crache à débit tendu, entre prêche virulent et chant incantatoire. Le son de guitare de Sean "The Duck" Mallard est "gros" sans pour autant donner dans le hard'n'heavy, des petits solos vicieux fouaillent les tripes genre "je nettoyais ma gratte et le coup est parti tout seul" et de toute évidence le groupe maîtrise le sujet "fast, loud and violent" sur le bout des doigts. La voix de John Ransom est marquante (on dirait parfois Turbo-Hank) et disserte ironiquement sur des histoires vécues (la psychose de l'hépatite C sur "Rebatron Party"). Petit à petit, quasiment tous les morceaux (huit) de ce 10" acquièrent le statut de hits dans mon immeuble. Un critère comme un autre... Et on entend régulièrement les Smut Peddlers derrière les tarés du show télé Jackass, m'étonne pas.
Dead Beat Rds : PO Box 283, Los Angeles, CA 90078, USA (www.dead-beat-records.com)
 
 

QUEERS/MANGES
Acid Beaters
Stardumb Rds

     Autant je suis assez peu excité par les groupes pop-punk dits "de la troisième génération" (Darlington, Apers,...), autant j'admire les "maîtres" de la deuxième génération, les Queers, ceux qui dénichèrent un jour la pierre philosophale unissant à jamais Beach Boys et Ramones sur l'impeccable Don't Back Down. L'inusable Joe King est de retour avec la 243ème formation des Queers et il y a encore une fois du beau monde : JJ Rassler l'ex-DMZ, Odds et actuel Downbeat 5, Dangerous Dave (de John Cougar Concentration Camp) et Dustin Watson, batteur de Dick Dale & The Slacktones. Sur ce split-CD (avec les Italiens Manges), ils proposent six covers, fidèles et persos à la fois, de quelques classiques bien choisis : "Chewy Chewy", l'énorme hit bubblegum d'Ohio Express, le "Sunday Morning" du Velvet, une version de "Wipe Out" à imposer dans les écoles de batterie ou le sensible "With A Girl You" des Troggs. Même anecdotique par nature (seulement des reprises...), ce genre de projet touchera pourtant logiquement le coeur de tout amateur d'orfèvrerie électrique et de confortable perfection vocale. Les Manges font aussi six morceaux qui pâtissent forcément et peut-être injustement de la comparaison, même si leur cover (eux ils n'en font qu'une) nerveuse du "Surrender" de Cheap Trick est plus qu'honorable.
(www.stardumbrecords.com)
 
 

ANTEENAGERS MC & FRIENDS

     Damned, si nos contributeurs se mettent tous à sortir des disques en même temps (JSG...), il va falloir créer une rubrique spéciale qu'on confiera à notre correspondant zimbabwéen. Essayons de rester objectif d'ici là...
 Sous une présentation très "do it yourself" (photocopie A4 collée sur pochette blanche), sans nom de label (s'en foutent...) mais avec feuille de présentation à l'intérieur, cet album, paru seulement en vinyle, est le résultat d'un joli complot entre potes. L'idée de Laurent Bigot ("Larry B." pour les dames) était de graver une face avec sept morceaux joués par son groupe Anteenagers MC et une face compilant quelques groupes parisiens amis présentant un titre de leurs répertoires habituels respectifs. Ça s'appellerait Anteenagers & Friends... Les groupes contactés ont évidemment tous acceptés... Sauf que, sans doute mûs par un sens de l'humour à froid et sous l'influence du "lever de coude" bien maîtrisé, ils ont dans le plus grand secret décidé d'enregistrer chacun un morceau... d'Anteenagers MC (ou une de leurs reprises). L'idée est allée discrètement jusqu'au bout (un exploit vu qu'il y avait quand même huit groupes dans le coup !) et c'est un Larry B ébahi qui a découvert la surprise toute chaude sortie de l'usine de pressage. Voilà pour la petite histoire, passons maintenant à l'identité des comploteurs : Les Dragueurs, Blutt (plus Coronados que jamais avec une cover en Français de "99th Floor"), les Terribles (marrants et ultra-swing "Larry" -pour les dames...-), The Wangs ("Down In Amsterdam", reprise instru du titre des Raiders figurant sur le single d'Ant. MC), Opération S (avec l'autre face du single précité, en Français ici) , Frustration, Real Gone Daddies et Men In The Moon.
     Quant aux sept morceaux d'Anteenagers MC, le cocktail est bien dosé, entre nostalgie fin 70's, hommage de fans connaisseurs, humour british et revival new-wave/punk à la Devo-Buzzcocks. Pas vraiment de hits "comme à l'époque" (quoique "What's Wrong With You" et son très réussi côté Stranglers...) mais une série de titres qui échappent à l'ornière "blague pour initiés" grâce à l'option "faits sérieusement sans se prendre au sérieux". Et les reprises choisies (dont le "Dark White" de Music Machine") subissent le traitement sans dommage et prennent même une dimension pas prévue par leurs créateurs. Il y aurait donc désormais une AMC touch ?
 
 

POWERTRANE
Ann Arbour Revival Meeting
Real O Mind Rds

    Et puisqu'on en est à évoquer la quintessence du Motor City Sound, autant faire confiance aux acteurs historiques de l'histoire pour passer un bon moment. Mesdames-messieurs, voici Powertrane, une expérience live et rare, des retrouvailles sur les lieux du crime, la mythique Ann Arbor. Les comploteurs ont tous leur carte d'agitateurs soniques agréés : Scott Morgan (chant/guit), Deniz Tek (chant/guit), Robert Gillespie (guit, alias "Le tronçonneur de Détroit", co-fondateur du Rob Tyner Band, ex-Detroit Wheels), Ron Asheton (il joue sur les cinq covers des Stooges balancées en fin de concerts comme autant de grenades offensives), Andrew Frost (le batteur des Hydromatics), Chris Taylor à la basse et Hyawatha Bailey au chant sur quelques titres (ce gars-là a été élu "fils spirituel d'Iggy" par le tout Detroit-qui-rocke, son groupe habituel s'appelle The Cult Heroes). Les morceaux ont été enregistrés au Blind Pig de Ann Arbor en avril de l'année dernière et le résultat est conforme à l'idée qu'on pouvait s'en faire d'avance : anecdotique certes (parce que live et uniquement composé de reprises) mais éminemment plaisant, avec prévisibles embouteillages de guitares aux carrefours où l'avenue "No Fun" croise le boulevard "Hanging On", soit dix-sept titres piochés dans le répertoire des Stooges, Birdman, Sonic's Rendezvous Band, Rob Tyner Band ou Hydromatics et reliftés par un groupe d'énergiques vieux pirates en goguette. Et comme le son est impeccable (même sur les parties à trois ou quatre guitares), les Detroit addicts ultimes peuvent jeter aux orties certains vieux bootlegs du genre, ce Ann Arbour Revival Meeting en remplace avantageusement une bonne douzaine à lui tout seul. (Real O Mind Rds : PO Box 63516, Philadelphia, PA 19147, USA -- www.realomind.com)
 
 

THE SUPERSUCKERS
Motherfuckers Be Trippin'
 

 Autre grosse claque du trimestre, Motherfuckers Be Trippin’ confirme l’impression générale laissée par leur concert à Bordeaux l’an dernier : les Supersuckers sont un putain de groupe avec une putain de classe qui troue le fion. Houla, pardon, pardon, ça doit être l'effet “motherfucker” et autres “motherfuckin'” qui ponctuent tous les trois mots leurs notes de pochettes... Depuis l’album La Mano Cornuda (à part l’intermède pur country du double LP Must Have Been Live) ils ont mis au point une formule diablement efficace : un gros son riffu, des vocaux chiadés et des guitares flamboyantes sur des mélodies mémorables fleurant bon la country et la pop. Avec des atouts de poids dont le charismatique chanteur / bassiste Eddie Spaghetti et une paire de gratteux redoutables. On pensait que le précédent, The Evil Powers Of Rock’n’Roll, était leur grand-oeuvre, ce dernier opus est peut-être encore meilleur, démarrant en trombe par deux brûlots punk rock et un trip power pop-country, “Pretty Fucked Up”, un de nos tubes de l’été. Le reste enfonce le clou, parfois à la masse (“Fight Song” ou le fulgurant “Damn My Soul”), parfois plus subtilement (“Sleepy Vampire”). Ces cowboys malpolis savent écrire de bons morceaux, ils en pondent même des grands. Espérons qu’ils feront mentir le titre qui ouvre l’album : “Rock’n’Roll Records Ain’t Selling This Year”.
www.supersuckers.com
 
 

THE RIVERBOAT GAMBLERS
Something To Crow About
Gearhead Rds
 

     Une des grandes révélations du moment vient de tomber sur le label de Mike Lavella, Gearhead Rds. Something To Crow About est le premier album bluffant d’une bande de gamins originaire de Denton, un petit bled du côté de Dallas, qui mixe un punk rock hi-energy à la New Bomb Turks / B-Movie Rats / Candysnatchers, des influences garage velues à la Superbees et du street punk mélodique et héroïque. C’est Tim Kerr, l’habituel producteur maison d’Estrus, qui est aux manettes et il les a habilement motivés en leur demandant de jouer “comme s’ils venaient du Texas”. Ils se la sont donc joué texanne, les aiguilles dans le rouge et débordant de cette énergie rageuse souvent palpable dans les productions Tim Kerr. Ils ont épaté les Dragons, autres nouveaux venus dans l’écurie Gearhead, lors d’une tournée commune (voir interview dans ce numéro) et semblent promis à un avenir plein de bruits et de fureur.
Gearhead, PO Box 421219, San Francisco, CA 94142 -- www.gearheadrecords.com -- www.theriverboatgamblers.com
 
 

MENSEN
Oslo
Gearhead Rds

     Toujours chez Gearhead, le deuxième album des Norvégiens Mensen peut décevoir au premier abord. Une production beaucoup plus léchée et des morceaux moins variés qui font d'abord regretter le côté rugueux et les influences sixties du premier album. (Petit mystère au passage : Nicke Hellacopter crédité comme producteur sur un sticker apposé par le label n’est cité qu’au mixage sur les notes de pochette). Il fallait certainement un léger temps de latence pour ressentir les effets des réactions hormonales provoquées par la voix de la chanteuse... La guitariste n’est pas mal non plus avec ses petits solos incisifs... Et puis les morceaux sont bons, rapides, des petites mélodies acidulées et des refrains qui accrochent, une sorte de croisement Ramones / Blondie dans un garage scandinave... Faut pas attendre la dix-huitième écoute pour réaliser qu’Oslo City mérite une petite visite.
www.mensen-band.com
 
 

THE COMPULSIVE GAMBLERS
Live And Deadly
Sympathy

     C’était le premier groupe rassemblant Greg Cartwright et Jack Yarber, au tout début des années 90, avant les Oblivians. Après le split du trio de Memphis, ils ont reformé les Compulsive Gamblers, sortant deux albums sur Sympathy et menant leurs propres projets chacun de leur côté (les Deadly Snakes ou les Reigning Sounds pour Greg, les Tearjerkers et les Cool Jerks pour Jack). Disparus de la circulation, ils ont resurgi l’an dernier le temps de deux shows à Memphis et à Chicago dont on retrouve les meilleurs passages sur le double album Live And Deadly à nouveau fourni par Sympathy. Nos deux compères ont embauché un nouveau gang limite big band (pedal steel, orgue, trompette), et envoient avec conviction leur mixture roots à base de R&B, pop sixties, soul, rock’n’roll et country. Une magnifique version de “Your Happiness” (avec la voix vibrante de Greg bien mise en avant au mixage), des ballades country désabusées (“Name A Drink After You”), des complaintes soul prenantes (“Sour And Vicious Man”), quelques éclairs rageurs (“Pepper Spray Boogie”) et du R&B fougueux (“Bad Taste” adapté des Bar-Kays), un bon disque donc, qui se conclut par “Quit This Town” et son solo vindicatif. Ils l’annoncent comme leur dernier, mais vu qu'ils ont déjà fait le coup, on peut toujours espérer.
www.sympathyrecords.com
 
 

THE COOL JERKS
Cleaned A Lot Of Plates In Memphis
Sympathy

     On reste à Memphis avec les Cool Jerks de Jack Yarber justement, à ne pas confondre avec leurs homonymes allemands. Pour le coup, c’est même une alliance Tennessee / Mississippi, puisque Jack est rejoint par deux ex-membres des regrettés Neckbones. C’est Sympathy bien sûr qui se charge de leur premier album, Cleaned A Lot Of Plates In Memphis. On reste aussi dans le même registre roots, mâtiné des influences garage punk / Stones / Dolls des deux Neckbones - sur lesquels planent aussi l’ombre tutélaire des vieux bluesmen du Delta -, le tout sur un ton plus vigoureux. On retiendra de grands moments de groove hypnotique (“Can’t Quit”, “Certified Fool” et ses lignes de guitares entremêlées), de R&B lancinant (“Man And A Woman”), de rock’n’roll foutraque (“Let It Go And Rock”, ou “Skip A Beat” dans l’esprit du “Pepper Spray Boogie” des Gamblers), une reprise respectueuse du “You Really Got A Hold On Me” de Smokey Robinson, et l’incandescent “Memphis Blues Again!” qui ouvre l’album. Les fans des Neckbones peuvent aussi traquer l’excellent deuxième album des Preacher’s Kids du guitariste / chanteur Tyler Keith (voir les chroniques Get Hip plus loin).
www.thecooljerks.com
 
 

THE GROOVIE GHOULIES
Monster Club
Stardumb Rds

     Pour fêter l’arrivée de leur nouvelle batteuse Scampi, les super-héros de Sacramento avaient projeté de réenregistrer Appetite For Adenochrome, leur premier album (Crimson Corpse Rds, 1989 - réédité plus tard par Lookout) doté d’un son live en studio ultra-garage et d’un line-up très différent (seul Kepi le chanteur/bassiste est là depuis le début, sa copine Roach n’est à la guitare que depuis Born In The Basement, le deuxième album). Ils ont légèrement revu le concept en ne gardant que six titres du premier LP (“King Kong”, “Don’t Go Out”, “Blood Beach”, “The Blob”, “Do The Bat”, “Lookout”) et en y ajoutant le tube “The Beast With Five Hands” de Born In The Basement, “50 000 Spaceships (Watching Over Me)” et “Running With Bigfoot” extraits de World Contact Day (troisième album, premier des quatre sortis par Lookout), “Devil Town” une cover de Daniel Johnston, tirée du single Graveyard Girlfriend, “Pet Semetary”, la reprise des Ramones, et “The Lizard King”, la seule nouvelle chanson, qui dénonce l’usurpateur Jim Morrison. Le vrai “Roi Lézard” c’est Godzilla bien sûr. Leur son pop-punk minimaliste est toujours un vrai bonheur : mélodies entêtantes, pas de solo, la quintessence des early Ramones, même si le mur de guitare toujours produit par le fidèle Mass Giorgini est un peu moins massif que d’habitude. Au final, Monster Club, leur huitième album, paru comme le précédent chez les Hollandais Stardumb, est à la fois un clin d’oeil aux vieux fans, une belle collection de vieux titres dépoussiérés, et une porte d’entrée idéale vers leur univers punk psychotronique et poétique. Le trio a signé sur Springman Rds pour la sortie US du disque et continue à tourner sans relâche : cinquante dates en Europe cet été.
Stardumb Rds, PO Box 21145, 3001 AC Rotterdam, Pays-Bas  -- www.stardumbrecords.com  -- www.groovieghoulies.com
 
 

THE WOGGLES
Ragged But Right
Telstar

     Peu après avoir reçu le magnifique nouvel album des Woggles, on apprenait la mort de leur guitariste George Montague Holton III, alias “The Human Metronome”, à l’âge de trente et un ans, des suites de complications liées au diabète. Un personnage discret et sympathique qu’on avait hébergé à deux reprises à Toulouse, un guitariste bourré de feeling, au style franc et pêchu assez distinctif. Présent dès les premiers EP, sa maladie l’avait obligé à faire un break, mais il était revenu pour Wailin’..., Fractured et l’album live, contribuant à faire du combo d’Atlanta les maîtres du garage R&B. On se souviendra de lui allongé paisiblement sur le trottoir pendant que sa superbe chemise de scène tournait dans la machine du lavomatic. Ses parents ont demandé à ce qu’il soit enterré avec un tee-shirt du groupe et sa sangle de guitare. Salut, George.
     Ragged But Right est un monument de garage groove, coloré de garage folk, boosté par la verve du screamer, le Professeur Jones, et la chaude guitare du “Métronome Humain”. Enregistré chez Rick Miller des Southern Culture On The Skids, et produit par leur vieux complice Jeff Walls (ex-Guadalcanal Diary / Hillbilly Frankenstein), il est sorti sur Telstar, un label hélas aléatoirement distribué chez nous. L’aventure des Woggles continue, en famille, puisqu’après un interim assuré par Johnny Vignault (qui signe un titre du nouvel album, “When The Sun Goes Down”), c’est Jeff Walls qui a pris le relais. Ils ont d’ailleurs sous ce line-up réenregistré et réarrangé deux de leurs morceaux pour la bande-son du nouveau film de Jim McCarthy, Broad Daylight. Ils apparaissent aussi sur Guitar Ace, le tribute à Link Wray sur MuSick, avec une version de “Deacon Jones”, et ont sous le coude une cover des Small Faces (“Hey Girl”) pour un tribute sur Twist Rds, une reprise d’un extrait de la bande son de Beyond The Valley Of The Dolls, “Find It”, pour une compil’ sur Blood Red Vinyl et un projet d’album de reprises pour Larsen. (Woggles Secret HQ & Action Playset , PO Box 268, Decatur, GA 30031, USA  -- www.hostess.com/woggles )
 
 

BORED !
Chunks
Full Toss

     Ceux qui s’imaginaient que les triple albums vinyles étaient obsolètes depuis les seventies chevelues en sont pour leurs frais. Les Australiens Bored! ont toujours eu de sacrées tignasses, remarquez, et un son plutôt velu. Et leur discographie est suffisamment touffue pour remplir les six faces de Chunks, un best of que vient de faire paraître le label australien Full Toss. Le groupe est né fin 1986 lorsque Dave Thomas et Grant Gardner ont commencé à jammer ensemble sur des morceaux des Stooges et de Joy Division. Ils sortiront six albums sous différentes formations jusqu’au milieu des années 90. Sur l’un des meilleurs, Take It On You, la basse était tenue par Tim Hemensley, qui partira ensuite fonder les Powder Monkees, et qui est mort cet été, apparemment d’une overdose. Les nombreuses reprises figurant sur Chunks clarifient d’entrée les influences : AC/DC, Rose Tattoo, les Saints, Rocket From The Tombs, les Sex Pistols, Black Sabbath, les Troggs, les Dolls ou le Velvet. Une louche de hard rock, une rasade de punk à l’australienne, un poil de bruitisme déglingué, une sombre intensité, des solos de guitare qui explosent les cadrans, un son agressif et sauvage... On peut les voir comme des précurseurs du heavy punk, voir même du stoner, ils ont en tout cas laissé leur empreinte sur la scène punk des antipodes, des ONYAS aux Datsuns. Trente-huit morceaux et pas grand chose à jeter, si on est un adepte des riffs épais et du punk viril. (Full Toss, PO Box 4171 Richmond East, Victoria 3121, Australie  -- www.fulltossrecords.com)
 
 

THE BLACK KEYS
Thickfreakness
Fat Possum

    Thickfreakness, le deuxième album du duo d’Akron, ne déparera pas au milieu des galettes de T-Model Ford et autres RL Burnside, les vieux bluesmen du delta abrités par le label du Mississippi Fat Possum. Ceux qui se sont envoyés le premier, The Big Come Up, sont déjà au jus : c’est un groupe étonnant, minimaliste forcément, au son clair et puissant, revisitant le blues lancinant des ancêtres et le R&B le plus poisseux avec une batterie au groove efficace, une guitare triplophonique majestueuse et une voix prenante travaillée au bourbon. On les compare souvent aux White Stripes, sans doute parce qu’ils sont deux, peut-être aussi parce qu’ils ont un goût commun pour les riffs blues bien gras. Mais la démarche des Black Keys est plus respectueuse des racines. On notera une version délectable de “Have Love Will Travel”, au milieu d’une bonne douzaine de perles dans l’esprit de leurs débuts.
Fat Possum Rds , PO Box 1923, Oxford, MS 38655, USA  -- www.fatpossum.com-www.theblackkeys.com
 
 

JERRY SPIDER GANG

    Chroniquer le groupe d’un autre Digger, tu parles d’un cadeau. Plus d’une décennie qu’on traîne dans les mêmes rades, j’les ai connus tout p’tits pensez-donc. Et puis c’est des sacrés loulous, imaginez que je les charrie, ils seraient capables de m’obliger à me travestir, de prendre une photo et de la mettre en couverture d’un disque, comme ils ont fait pour Dimi D. Euh, bon... Ça va, c’est pas de la daube. Après avoir écumé l’hexagone et plusieurs contrées européennes, sorti deux albums et avalé plus de drogues qu’un peloton cycliste, ils sont suffisamment sûrs d’eux pour jouer avec leurs influences comme Turbonegro le faisait sur Apocalypse Dudes. Outre les reprises des Saints (“Private Affair”) et de Union Carbide (“Chameleon Ride”), Exile On Mainstream regorge d’hommages appuyés et de clins d’oeil vers Turbonegro justement (“Chemicals”, “Bilbo Drug”, “Casual Sex”), les Hellacopters (“One Day Or Another”), Rocket From The Crypt (“Into The Dark Of The Night”), ou les Stooges (“Conspiracy” - c’est un morceau de Speedy ça non ?). Une production futée, un son heavy punk de la mort, des guitares qui niquent tout, comme on dit quand on a bu un coup de trop en fin d’émission, et des morceaux dont l’intensité grimpe jusqu’à la fin... l’ordonnance rock’n’roll idéale, délivrée par Lollipop sous peu. Le JSG apparaîtra aussi bientôt sur des tributes à Chuck Berry (avec “Come On”) et aux Devil Dogs (“Higher The Heel”).
 
 

BLOODSHOT BILL
Trash Addict

     Encore un one-man-band, de Montreal cette fois, et derrière ce patronyme digne d’un outlaw du Far-West se cache encore un sacré lascar. Ancien membre des Guilloteens, il mène The Hubcaps, un gang psycho garage qui m’a l’air de dépoter et qui aime gâter son public en agrémentant à l’occasion leurs concerts d’animations délurées : le classique concours de “french Kiss”, le “strip karaoke” (?) et le “kiss my ass for a buck booth” où chacun peut baisser culotte et se faire embrasser le cul pour un dollar (on essayera de guetter leur nouveau CD Crazy Fever). Trash Addict est son troisième CD en one-man-band (guitare / batterie, simultanément et sans overdubs). La batterie fait “tchac poum tchac poum”, la guitare est méchamment distordue, la voix encore plus, il halète, rugit, ricane tel un redneck sous speed de Bilbao un soir de pleine lune. Une bonne goulée de trashbilly country blues, entre Jack Starr, Hasil Adkins et Lightnin’ Beatman. Ames sensibles et tympans fragiles s’abstenir.
www.bloodshotbill.com
 
 

SIN CITY SIX
Home Of The Brave
Locomotive Rds

    Espagne toujours avec le second album des cinq Madrilènes anglo-américains. Après le décès de leur chanteur Lee Robinson, le contre-coup a été rude. Le groupe a mis quelques mois à trouver un nouveau screamer, Rusty, lui aussi un expatrié américain qui vit dans la capitale espagnole depuis une vingtaine d’années. Selon Norah, guitariste, ses textes sont excellents et sa voix profonde et tendue sied parfaitement à la musique des Malasañeros... Un rock & roll assez classique (mais pas ennuyeux pour autant) sur une base bluesy (Hound Dog Taylor, Sonny Boy Williamson) transcendée à la manière d’AC/DC, Aerosmith ou Dictators... Continuité donc, mais avec une classe et un talent toujours intacts. (LP/CD Home Of The Brave - Locomotive Rds)
 
 

RODRIGUEZ
 S/T
Swindlebra Rds

     D’où croyez-vous qu’ils viennent avec un nom pareil ? D’Autriche bien sûr ! Ah Ah ! De Carinthie plus précisément, la province de Jorg Haider ! Mais je ne crois pas que ceux-là soient invités pour animer les réceptions du Grand Wizard facho... Ça déchire à tous les étages, le son est ultra-saturé, compressé à mort, tout dans les aigus, avec comme résultat une puissance de frappe incroyable... Vous trouvez que j’en fais trop ? Foutez-vous ce premier album entre les oreilles et vous sentirez passer l’électrochoc ! Une vraie tuerie garage-punk ! Quelque chose comme des Hives sous dexédrine ou Sweatmaster s'attaquant au répertoire de Zeke. La claque ! (LP/CD s/t - Swindlebra Rds, c/o Uwe Demel, Goethestrasse 22, 89312 Günzburg, Allemagne)
www.swindlebra.de / www.rodriguez.at
 
 

THEE BUTCHERS’ ORCHESTRA
Drag Me Twice
No Fun Rds

 Formé en 96, ce trio brésilien a sorti deux albums au début des années 2000, Golden Hits by the Butchers’ Orchestra et In Glorious Rock & Roll (ce dernier est produit par Dan Kroha des Gories/Demolition Doll Rods). C’est une compilation CD de ces deux albums qui est proposée ici. Si vous aimez les Oblivians, l’early JSBX et plus généralement le garage minimaliste (deux grattes, une batterie) sauvage et teigneux, ce disque est pour vous. Absolument rien à jeter sur ces 29 titres sortis par les Argentins de No Fun Rds récemment installés dans le Michigan. (CD Drag Me Twice. No Fun Rds, Box 8154, Ann Arbor, MI 48107, USA -www.nofunrecords.com
 
 

JET CITY FIX
Play to Kill
King Bee/Infect Rds
 
     En v'là du lourd en v'là ! Les six garnements de Jet City Fix ont été allaités à Motley Crüe et Guns & Roses et adorent le punk (Social Distortion en tête). ça donne un hard-rock&roll mélodique, avec des passages poppies digne du pire groupe pour midinette... Et malgré tout, trois ou quatre morceaux de très bonne facture, comme l’énervé “The Fix” ou le boogie punk (Aerosmith meet Electric Frankenstein) “Fire It Up”. Sur scène leur débauche d’énergie est énorme et spectaculaire. Ah ah, ce bassiste qui prend des poses de pitbull en rut, c'est quelque chose ! (CD Play to Kill, sur King Bee/Infect Rds, Box 1201, Tacoma, WA 98401, USA)
www.infectrecords.com /www.thejetcityfix.com
 
 

GHETTOBLASTER VOLUME 2

     “Ghettoblaster”, c’est le nom de la meilleure bière de la Motor City Brewing Works, une brasserie qui en 1995 a été la première à ouvrir à Détroit depuis la prohibition. Or, le brasseur en chef, John Linardos est aussi musicien et vieux pote de Jim Diamond, le producteur sorcier du nouveau son de Detroit depuis une bonne dizaine d’année. Ghettoblaster c’est aussi une compilation montée par nos deux acolytes pour célébrer les noces du houblon et du rock'n'roll. Cinq ans après le premier volume, ils proposent un nouveau tour d’horizon de la scène trépidante et protéiforme de Motor City en une bonne quinzaine de groupes, jouant un ou deux titres chacun, enregistrés lors d’une série de concerts à l’intérieur de la brasserie elle même. “Avec Ghettoblaster Volume One on avait apporté la bière dans les studios, avec GB II on a installé le studio dans la brasserie” résume sobrement (hmm) John. Les groupes ont joué au milieu des cuves de fermentation, entourés de 20 000 litres de bière, environnement rêvé pour une fiesta R'n'R.
 
     Les valeurs sûres sont au sommet de leur art : The Dirtbombs (leur nouvel album Dangerous Magical Noise, est prévu en octobre sur In The Red), The Hentchmen, The Come On’s (on attend avec impatience leur EP sur Larsen : The Come Ons Play Selections From The Serge Gainsbourg Songbook 45, des covers de “Je T'aime... Moi Non Plus” et “Sous Le Soleil Exactement”), The Paybacks ou Bantam Rooster (Tom Potter, le guitariste / chanteur du duo prépare un album solo, Party Planet Rising qu’il devrait sortir sous le nom de The Detroit City Council sur Acid Jazz Records).
 Parmi les confirmations : Ko & The Knockouts, Electric Six (leur label ne voulant pas d’un original, ils offrent une cover de “I’m A Demon” de Roky Erikson - “I am a demon and I love Rock’n’Roll”, ça rappelera quelque chose aux fans de Sweatmaster), et surtout The Sights, les héros de cette compil’ puisqu’ils ont droit à quatre morceaux : “Send Your Loving To Me”, garage R&B musclé, “Don’t Want You Back” power pop énergique à la Badfinger / Big Star qui cache deux autres titres, une reprise des Small Faces (“What You Gonna Do”) et un titre bluesy intense qui évoque les White Stripes.
     On a aussi droit à de belles découvertes comme Bogue (des garagistes teigneux adeptes du Diddley beat, qui viennent d’enregistrer sous la houlette de Tom Potter), ou The Alphabet avec “You Can Radiate”, un tube psychédélique ensorcelant, véritable appel à la lévitation. En plus de notre copine Noëlle Lothamer à la basse et aux vocaux sensuels, le line-up comprend l’hyperactif John Nash qui joue aussi avec The Witches et The Volebeats et vient de rejoindre Electric 6. Leur CD démo quatre titres confirme qu’on tient là un brillant alliage pop / psyché / folk, qui évoque le Velvet, Syd Barrett ou Big Star. Au sommaire encore, The Buzzards (gang éphémère formé par Screamin’ Joe Burdick, ex-chanteur des Dirtys), Outrageous Cherry (de la pop délicatement ouvragée), They Come In Threes (pop encore, plus psychédélique), The Witches (avec un titre aux faux airs de “Lust For Life” et une sorte de blues swampy - plusieurs disques à leur actif), Slumber Party (des filles qui sonnent comme le Velvet avec Nico) et les presque vétérans - plus de dix ans d’activité - The Volebeats, pop sixties aux effluves country. (www.motorcitybeer.com)
 



 
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