CHRONIQUES
DIG IT # 52


DIRTY WATER Rds

    Le label londonien se pose un peu plus chaque trimestre comme un équivalent européen du Get Hip ! Rds des années 90 : du vinyle en cascade et une nette orientation "garage international" avec des groupes mexicains, japonais, espagnols, british, etc...
   
    The Routes sont basés au Japon et drivés par Chris Jack (chant et guitares Vox), un Anglais exilé là-bas depuis une dizaine d'années pour l'amour d'une Japonaise nommée... Yoko Ono. Du calme, c'est pas la même. Chris y a monté un gang dédié à ses héros les Rolling Stones, Yardbirds, Pretty Things ou Downliners Sect. Leur premier album (Left My Mind) est sorti en 2007 sur le label irlandais Motor Sounds Rds. Leur deuxième LP (Alligator) vient donc de tomber et il est cette fois plus influencé par le garage américain (Wailers, Count Five, Standells) que par les gangs de la British Invasion, même si l'ombre des Yardbirds plane toujours sur l'affaire. Les morceaux déboulent et s'enchaînent avec une étonnante impression de facilité, à la manière de ces groupes qui ont le p'tit truc magique en plus. Dans un genre pas très éloigné, les Breadmakers nous font le même effet, orgue en plus, même si les Routes jouent globalement plus vite que les Australiens.

    Les mecs des Masonics (Mickey Hampshire, Bruce Brand et John Gibbs) affichent un putain de CV. Depuis plus de trente ans, ils jouent dans les meilleurs combos british, Milkshakes, Wildebeests, Kaisers, Headcoats, etc.... Leur tout chaud In Your Night Of Dreams And Other Foreboding Pleasures (pfff !) est une nouvelle et élégante mise en valeur des multiples talents (compos, chant, guitares) de Mickey Hampshire, sorte d'alter ego de Billy Childish depuis les Pop Rivets en 77, chez qui Mickey était roadie. L'histoire retiendra sans doute davantage le nom de Childish que celui d'Hampshire. Vu le nombre de disques sortis par Billy, c'est sans doute logique mais un peu dommage aussi... Qu'à cela ne tienne, cet album, le huitième des Masonics, tiré à quatre épingles, remettra quelques pendules à l'heure et comblera les amateurs de cocktails 50's Rock et 60's Garage assaisonné Medway Beat. La grande classe.
(www.dirtywaterrecords.co.uk)

AREA PIRATA Rds

    Shaking Street était le titre du deuxième album des Italiens The Sick Rose. Paru en 89, il n'avait jamais bénéficié à ce jour d'une version CD. Le groupe commençait alors à délaisser le garage sixties scolaire de ses débuts et le son y gagnait nettement en puissance. L'orgue a presque disparu, remplacé par une seconde guitare, et ils y reprennent bien sûr le morceau titre, emprunté au répertoire du MC5. Même s'ils ne poussent pas le bouchon aussi loin vers Detroit que les Miracle Workers sur Overdose ou les Chesterfiekld Kings avec leur Berlin Wall Of Sound, les Sick Rose ont efficacement durci la démarche, un peu à la manière des Cynics sur leur mythique troisième LP, Rock'n'Roll. On remarquera une reprise des Real Kids ("Up Is Up") et on appréciera la prime offerte par le label : les quatre titres du 45t sorti deux en plus tôt avec deux originaux et deux covers , le "Nothing" des Ugly Ducklings et "My Time" des Golden Dawn. Ajoutez-y deux bonus tracks inédites dont une version du "Yesterdays Numbers" des Flamin' Groovies et le compte est bon. Seize titres de garage émancipé qui nous rappellent parfois les Norvégiens Cosmic Dropouts quand l'orgue refait ponctuellement surface.

    Killer Klown est un autre groupe italien au long cours (17 ans d'activités suspectes selon la police), assez marrant et plutôt velu, avec grosses guitares et vocaux, heu... disons "sérieusement déterminés". D'ailleurs un groupe qui ne rechigne pas à baptiser un album Born To Rock !!! ne peut qu'être déterminé et sans complexes hein... Et y'a qu'à voir les titres de leurs disques précédents pour en supputer la finesse, Dr Pedophilous (97), Too Junk To Die (99), Satan's Rock (01), etc.... Mais comme rien n'est jamais simple, sachez avant de partir en vous bouchant les oreilles qu'ils avaient le bon goût d'y reprendre Johnny Thuders, les Stones ou Nine Pound Hammer. Le groupe site encore le Garage 60's, les Celibate Rifles ou X parmi ses principales influences et les fans des Dictators pourraient même y trouver du grain à moudre. Dommage que le guitariste se laisse trop souvent aller à flirter avec quelques clichetons éculés. Mais bon, si on n'est pas trop à cheval sur la durée maximum syndicale d'un solo, ça devrait passer. Mention à l'effort rock'n'roll basique et ravageur déployé sur "Outsider Among Outsiders", on dirait Jerry Lee Lewis tabassé par les Pleasure Fuckers. Et comme pour brouiller un peu plus les pistes et perturber nos système de rangements, un morceau live est caché en fin de disque, une sorte de trip interstellaire avec zigouigouis de grattes en roue libre, genre ZZ Top revisitant Suicide. Du boogie galactique quoi. Le groupe assure de son côté faire du "Hard Garage'n'Roll From Outer Asshole"... C'est un genre ça ? Et on ne m'avait rien dit !?!
(www.areapirata.com)

THE SONICS

    C'est logique, après la reformation, le nouvel album... Certes, le groupe de Tacoma ne propose que quatre nouveaux morceaux (le reste est live), mais c'est quand même un petit évènement. Pensez ! Des mecs qui ont quasiment inventé le Garage Sound ! On n'attendait assurément pas que les Sonics refassent souffler des tornades façon "Psycho" ou "Strychnine" capturées en deux pistes comme en 65 par le légendaire Kearney Barton (80 ans aujourd'hui) à l'Audio Recording Studio de Seattle. Ce 8 (25cm ou CD avec deux bonus tracks live) est produit par Jack Endino et Larry Parypa. Les rugissements de Gerry Roslie sont bien sûr moins féroces mais Mister Screamo a de beaux restes et ça s'entend sur "Cheap Shades" le remuant morceau d'ouverture. Et si le "Bad Attitude" qui suit n'a rien à voir avec celui de DMZ, on n'est pourtant pas si loin des bombes garage/punk lachées par Conolly et ses hommes de main en 77. Les riffs de Larry Parypa vont vicieusement tanguer la machine et le gaillard se tire même quelques notables bordées en solo sur "Vampire Kiss". Le sax de Rob Lind n'apparait pas sur les nouveaux titres, mais l'autre frangin Parypa (Andy), s'il n'a pas participé aux tournées de la reformation, a bel et bien repris son poste de bassiste pour les sessions studio. Du coup, le bassiste des tournées, Freddie Dennis, s'est recyclé au micro avec Roslie sur quelques titres.  Du bon boulot finalement, l'image du groupe n'est pas entachée et on se retrouve avec un bel objet (25cm donc) et quatre nouveaux titres de garage rock plus qu'honnête. On n'en attendait pas temps.

    Les titres live offerts en prime (quatre sur le 25cm, six sur la version CD) proviennent appremment de la récente tournée européenne, "Cinderella" est lancé en français par le présentateur de la soirée, le son est excellent et l'énergie déployée suffirait à alimenter l'Allemagne en électricité pendant trois mois.
(www.thesonicsboom.com)

THE MOVEMENTS

    Ces Suédois-là sont sûrement arrivés premiers au concours d'entrée de La Grande Ecole Garage 60's de Gothenburg. Filière "garage avec orgue". C'était en 2001. Depuis, le groupe a sorti trois albums, quelques singles et sillonné plusieurs fois l'Europe, de Saint Petersbourg à Toulouse. élargissant à l'occasion le concept de base, ils ont concocté en 2008 pour le label autrichien Sulatron Rds, un album de "rock spatial" (!), For Sardines Space is No Problem, en hommage au premier Suédois dans l'espace (un voyage sidéral tardif toutefois, puisqu'il fallut attendre 2006...). Et l'an dernier, les Movements se sont même acoquinés avec une équipe de footballeurs bambochards de Tubingen en Allemagne, le Kommando Horst Hrubesch, pour un hommage garage punk ("Come On Kommando !") à Hrubesch, connu jadis sous le tendre sobriquet de "La Brute" dans le milieu guilleret du football. Une sorte de grand écart sereinement assumé.

    L'album Follow The Movements, récemment édité par lers Italiens de Misty Lane / Teen Sound, revient sur les débuts du groupe en proposant, entr'autres raretés, les six titres du premier EP, Drag Me Up, produit par Björn Olsson (T.S.O.O.L.), enregistré en 2002, paru en 2004 et déclaré sold out en 2005. Une période où le groupe, encore assez peu tenté par le psychédélisme qui imprégnera plus tard ses albums, joue vite et fort un rock garage aussi traditionnel qu'efficace, troué de solos de guitares et coloré fluo  par un organiste épileptique. Leur point fort restant toutefois à notre avis le chanteur David Henriksson, aussi à l'aise et enjôleur sur les mélodies pop que braillard quand l'affaire vire au 60's punk, nous rappelant parfois Arne Thelin, le roué pilote norvégien des Kwyet Kings. Pas très éloigné non plus de l'univers des Magnificent Brotherhood par exemple.
   
    Outre ces morceaux fondateurs et plein pot, l'album présente cinq titres inédits enregistrés entre 2008 et 2010  et un autre, "You Don't Know", longue planerie avec sitar, issu des sessions de 2002 évoquées plus haut. L'ensemble permet un survol rapide mais instructif de l'oeuvre de ces scandinaves hors-normes. Et Dieu merci, ils n'y ont pas fourré d'extrait de leur album "spatial".
(www.themovements.com)

SLOVENLY Rds

    Timing parfait ! Juste quand on se demandait ce qui allait bien pouvoir succéder sur nos platines à Arabia Mountain, le très léché dernier effort des Black Lips, Slovenly Rds met sur le marché le premier album des impeccables portoricains Los Vigilantes. Portoricains encore, yep, comme Davila 666. Ce n'est d'ailleurs pas leur seul point commun puisque le guitariste des Vigilantes, Jorge Mundo, alias Jota, a récemment accompagné Davila en Europe et il joue sur leur dernier album, Tan Bajo. Los Vigilantes taquinent le garage sixties, le retournent et le tripatouillent sans complexe pour vous projeter au coeur d'un Battle Of The Bands où les gonzos de Wau Y Los Arghhhs ferraillent avec les Black Lips. Les influences, affleurent, plus ou moins fantomatiques, au détour de refrains immédiatement stockés en fond de cerveau. "A Ella" sonne comme un update lo-fi à trois voix  de "This Train" (ou "My Babe"), et quand le chanteur psalmodie "Eres Tu" on entend plutôt "LSD" et on suppute qu'ils en connaissent un rayon sur les douceurs psychédéliques. Quant à "La Chica", les fans des Cramps y décèleront sans doute un clin d'oeil amusant à "Goo Goo Muck". Et histoire de perpétuer la tradition Garage 60's hispanique, les Vigilantes reprennent le vibrant "Solo Pido Amor" des péruviens Los Yorks. Pour le quota de titres punk sans foi ni loi, le méchant "Amanda", semblant tout droit sortir d'un Killed By Death oublié, ou le bien nommé "Letal", coiffé d'un solo à décoller le papier-peint, devraient faire l'affaire. Au Dig It ! Radio Show, "Ven Vamos" a été récemment élu tube du mois. Un truc imparable, comme si Davila 666 s'attaquait au Reigning Sound.
    Le trio (Javier Garrote - basse et chant ; Pepe Pistola - batterie, choeurs et chant ; Jota - guitare et chant) a déjà un single ("Mi Mama Dijo" - Slovenly) sous la ceinture et figure en bonne compagnie (Peyotes, Davila, Luis & The Wildfires) sur le double 45t Their Hispanic Majesties Request, édité par Norton. Ils y reprennent "Paint It Black" en espagnol ("Un Tono Más Siniestro"). Leur premier album vous fera un excellent disque de l'été. Verdad !

    Ooch ! Ça va vite là... Très vite même ! Du garage punk joué en mode hardcore, dix-huit titres, dont une cover de Minor Threat ("Small Man Big Mouth") en à peine vingt minutes ! Le morceau le plus long fait 1'29  et le plus court 41"... Vous détestez les mélodies et les accroches faciles, les solos de plus de trois secondes et les balades acoustiques ? Alors c'est sûr, les italiens Thee Oops ont enregistré cet album pour vous. Si vous avez des potes fans de Circle Jerks, attirez donc leur attention sur ce Taste Of Zimbabwe qui leur donnera l'impression d'avoir quinze ans à nouveau. Back to 81 ! Le morceau qui sort du lot ("On The Lift") est aussi celui où ils lèvent un peu le pied. Tu m'étonnes... Le guitariste et le chanteur jouent également chez les garage punkers The Rippers.
(www.slovenly.com)

THE MEAN THINGS

    Rangez la porcelaine, les murs vont trembler ! Fuzz toxique, voix teigneuse, orgue acide, tambourin nerveux et rythmique coups-de-bélier... Il émane des albums des Mean Things le même genre de remugles viciés qui s'échappaient des EP's Voxx et Moxie Rds il y a une trentaine d'années, quand les Miracle Workers et les Pandoras jetaient les bases d'un revival garage sixties aussi cryptique que vraiment sale. De la cuisine à l'ancienne. A l'époque au moins on était sûr que parents et enfants n'écoutaient pas les mêmes disques. Après Out Come The Freaks paru sur Lost In Tyme en Grèce il y a deux ans, voici Change Our Ways, deuxième album en vinyle des garagistes rochelais, chez les allemands de Soundlat Rds cette fois. La pochette est réalisée par l'immarcescible canadien Darren Merinuk et la production est signée Lo Spider. Bel attelage indeed ! Recommandé aux amateurs de sensations fortes, aux troglodytes intoxiqués au monoxyde de carbone, aux fans des Untold Fables, Morlochs/Gravedigger V et à tous ceux qui tiennent Leave Your Mind At Home pour le meilleur disque des Fuzztones. Les Mean Things révèrent bien sûr aussi les grands ancêtres et font du petit bois avec quelques covers vintage (des Moving Sidewalks, Wailers, Malibus) tout en commettant un semi-anachronisme, une version du "Sooprize Package For Mr Mineo" de Supercharger, une vieille perversion du guitariste Cherry Boy sans doute, leur reprise empruntant aussi à la version des Mummies. Ils reprennent également le "Do Know You" des Wild Zeros, autre groupe du guitariste. Rien ne se perd... Citons de plus et pour la forme les suédois Crimson Shadows ou Stomach Mouths et vous aurez une idée assez précise du tableau pour en commander un exemplaire illico. Primitive !
(www.soundflat.de)

THE CYNICS

    Toujours agréable de retrouver de vieilles connaissances. Le duo Kostelich - Kastelic (guitare - chant), une nouvelle fois accompagné de mercenaires espagnols aguerris sous la bannière Dr Explosion, Angel Kaplan à la basse et Pibli Gonzales à la batterie, a enregistré son huitième album, Spinning Wheel Motel, chez Jim Diamond à Detroit. Le genre de détail qui vaut ausweis par ici. L'album se compose pour un bon quart de titres rapides avec chanteur en surchauffe et guitares qui déblaient la route sans manières. Le reste du disque est plus apaisé, quelques douceurs sixties encerclent une, heu..., ballade celtique, et Kastelic chante étrangement comme M. Stipe de REM sur le morceau titre. Mention spéciale au rampant "Zombie Walk", assaisonné à la fuzz vibrato, qui aurait fait bonne figure sur Psychedelic Jungle. Greg Kostelich, le guitariste (et accessoirement big boss de Get Hip ! Rds) l'assure, les mots d'ordre sont cette fois "simplicité / trois accords". Diamond a fait le reste, tirant le maximum de ce minimum revendiqué, lachant l'ouragan sur les titres les plus remuants et ciselant délicatement les caresses acoustiques façon pièces de joaillerie.
    La version vinyle utilise le gimmick de "la roue de carton qui tourne dans la pochette" pour positionner les titres en face des fenêtres. Un nouvel album recommandable pour le groupe de Pittsburgh, toujours vert, qui rentre à peine d'une tournée intensive en Espagne, quinze dates en dix-huit jours... Bel exemple de longévité sans tache.
(www.gethip.com)

The Astounding Freak Party
Vol 3. Dance With The Ghoul

    Le troisième volume de la série est présenté cette fois sous forme d'un 25cm (tiré à 300 exemplaires) avec en pochette un Boris Karloff tout droit échappé  du premier film d'horreur anglais (1933), The Ghoul. Détails :

    Les libations démarrent avec Deche Right On Birds (Are Alive) et "Le Caillou Dans La Chaussure", un blues rapide et instrumental (Dècheman est à l'orgue) balancé les deux doigts dans la prise et rapeux comme une langue d'alligator. Puis, c'est The Magnificent Brotherhood et leur Garage R'n'B pointilleux, avec un harmonica qui donne un agréable petit air de "Dirty Water" à leur "That Warm 'n' Sticky Feelin'". Plus sautillants et résolument ancrés dans le camp groove de cette compil, les belges Adolphe Sex Et Ses Machines font donner la cavalerie de cuivres et claviers sur leur "Big Fat Lovermachine" déclenchant illico une remontée du syndrome "fourmis dans les jambes". Les vétérans autrichiens Jaybirds se prennent pour les Pretty Things et ça fonctionne parfaitement tandis que les Royal Premiers (Nantes) font dans le garage instru remuant avec orgue et saxo à la A-Bones. The Swag (Rouen) enchaîne avec un "Please Get Might and Go" véhément aux airs de "Batman" surspeedé, les Suisses Royal Hangmen bloquent le compteur sur 1966 et déploient une panoplie Vox-Farfisa-Rickenbacker pour un hit garage pop psyché forcément millésimé et absolument torride ("Action !"). Les Kitchenmen, le groupe du bordelais Fredovitch (clavier chez King Khan et pas mal d'autres) et de Frandol l'ex-Roadrunner, balancent un "Digitalin" power pop classieux avec orgue bille en tête naturellement et digression mod swing à (re)grimper sur la commode. Quant à Blew Up !, leur "Liar" boosté à la wah-wah jette un pont entre les Black Lips et les Flamin' Sideburns. Il est tout droit issu des sessions de leur premier album tout chaud. Et c'est à Mr Merveilleux (ex-We Are Wonderful), one man band électro garage hanté, que revient la tache de conclure avec un mantraïque "Anymore" cet échantillon remarquable du garage sound européen contemporain. Avec orgue, ouais. Le disque est tiré à 300 exemplaires... Vous pouvez le commander ici : (www.rigolboch.com)

YOUNG MODERN

    Ce groupe d'Adelaide en Australie a sévi il y a belle lurette (fin 70's), fait quelques premières parties prometteuse (Radio Birdman...) puis jeté l'éponge après un single (un album posthume, Play Faster, est paru en 80), le chanteur John Dowler partant fonder les Zimmermen, avant de faire dernièrement un comeback documenté par un album studio (How Insensitive) et ce Live at The Grace Emily capturé en 2010 à Adelaide.. Les fans de Big Star, des Real Kids et Flamin' Groovies devraient apprécier en connaisseurs. Young Modern, que les Hoodoo Gurus et les Sunny Boys citèrent souvent comme une influence majeure, reprennent ici John Mayall & The Bluesbreakers ("On Top Of The World" - 1966), les Stones ("The Singer Not The Song") et le hit des Zimmermen "Don't Go To Sydney". Les cordes carillonnent jusqu'à plus soif, chaque solo est une jouissive éruption rock'n'roll et les intonations mi-cyniques mi-caressantes de John Dowler sur des mélodies finaudes devraient combler les amateurs de power pop élégante et aiguisée. Un groupe brillant.
    Avec l'album des Hot Knives, le disque de Young Modern marque aussi la résurrection de Grown Up Wrong Rds, le label de David Laing. Disparu à la fin des 80's, Grown Up Wrong est ensuite devenu Dog Meat Rds.

FLAMIN' GROOVIES
Le Feu Sacré !

    Hé hé, à peine commencé, le bouquin d'Alain Feydri vous en livre déjà plus sur San Francisco qu'après 262 épisodes des aventures de Douglas et Malden dans "Les Rues de S. F.". Manque juste la maison bleue de Maxime Le Fox Terrier... avantageusement remplacée ici par les Charlatans, Loose Gravel, les Warlocks pas encore devenus The Grateful Dead, Lovin' Spoonful, Skip Pence, le Jefferson Airplane, etc... Soit le tout Frisco garage psychédélique des 60's.
    Je suis récemment tombé sur une critique du bouquin où la chroniqueuse se plaignait de l'abondance de détails. Comment peut-on ? Et s'il me plait à moi, de savoir par exemple que Ron Greco, le premier chanteur des Groovies, qui ne s'appelaient encore que The Chosen Few, devint plus tard bassiste chez les proto-punks Crime sous le doux pseudo de Ron The Ripper... Ou que Cyril Jordan participa au mixage du mythique "Bummer Bitch" de Freestone (cherchez sur Killed By Death Vol.2 ou Feel Lucky Punk !)... Ces détails, on les apprécie, comme on aime bien sûr autant les indispensables digressions sur quelques personnages haut en couleurs qui influencèrent peu ou prou nos héros, de Freddie Cannon à Gene Vincent.
    Il est comme ça Alain, soulevant la moindre pierre en baguenaudant sur les chemins empruntés par les Groovies et toute la connexion dès le début, du Red Dog Saloon planté en Nevada profond jusqu'aux concerts récents de Loney et Jordan avec les A-Bones en passant par la fameuse soirée sur un parking d'hypermarché à Créteil en 1972. Les experts en Flaminologie y trouveront bien sûr leur compte, les autres saisiront l'occasion de découvrir un univers unique fait de trajectoires parfois biscornues (Chris Wilson en est un bel exemple) en (ré)écoutant Supersnazz ou Flamingo. Et l'aventure continue si on en juge par la reformation londonienne évoquée ailleurs dans ces pages.
    Le bouquin (318 pages), préfacé par Marc Zermati, offre une vingtaine de pages de photos en couleur ou noir et blanc plus une discographie fort utile pour s'y retrouver dans les méandres d'une oeuvre parfois compliquée à suivre (doublons, éditions différentes selon les contrées, rééditions, etc...). Cet ouvrage devrait être exposé sur le comptoir du Syndicat d'Initiatives de Frisco !
(http://julieprod.chez-alice.fr)

LARSEN Rds

    Les Waistcoats sont de retour avec un superbe LP gatefold (We Are The Doctors) sur leur label favori. Ces gars-là sont les rois néérlandais du sixties beat, des experts ès-garage vintage, des maîtres du Nederbiet, des patrons de la mélodie chiadée, des chevaliers du riff cisailleur et, désormais, du... concept album. Un clin d'oeil à Tommy apparemment, au moins sur la face A, et même si ce n'est revendiqué nulle part, ça s'entend. Dans le civil, le bassiste (médecin pathologiste) et le chanteur-guitariste (programmateur informatique) développent ensemble des logiciels médicaux utilisés dans la lutte contre le cancer. Du coup, le concept est très "médical" et, heureusement, bourré d'auto-dérision salvatrice. Le groupe brocarde les médecins omniscients ("We are the doctors, and we know what's best for you") et les infirmières bornées ("The problem is being dealt with medically"). Pas rancunier, le staff médical du St Peter's Center a participé à l'album sur quelques courts intermèdes, jusqu'au directeur, le dénommé Dr Igor Zeppski, qui introduit "The Master" (bien sûr...), un titre qui flirte avec le "Eyesight To The Blind" de Sonny Boy Williamson relifté sur Tommy (la version Clapton). La face s'ouvre par une... "Overture" et se termine sur "I Am Tomorrow", titre rappelant le Pink Floyd période "See Emily Play" et qu'on s'attend à voir exploser à tout instant en "Listening to you...". Et les Waistcoats, en dignes représentants du nederbiet, laissent bien sûr la bride sur le cou à leurs influences fondatrices, le 60's garage hollandais à la Q-65 ou Motions.
    La face B est plus axée mod, Who toujours un peu donc, avec organiste en chef de gang et batteur qui, sous la bénédiction de Keith Moon, défie Thor à chaque roulement. Sur l'intrumental secoué "Opel Kadett" (le millésime 1965, la Kadett B, faisait sans doute partie de la panoplie Mod, tout comme la Vespa), la caisse claire claque façon coups de trique et le groupe se fait redoutable dancin' machine, s'offrant ensuite une ou deux ballades ciselées dans le cristal comme ils en placent sur chaque album, et un génial hit garage stonien "Going Going Gone" qui tourne en boucle au Dig It ! Radio Show depuis le début de l'été.
    Note pour les complétistes : le morceau qui clot le disque est une cover de "Seasons", un titre écrit par George Kooymans, le guitariste des Golden Earrings, pour le groupe Earth & Fire (des Néerlandais aussi, y'avait pas de vent ce jour-là) lors d'une tournée commune en 1970. Excellent disque au final (côté production, on frise la perfection, Mr Djan a fait du sacré bon boulot au Larsen Studio), sans doute leur meilleur. Les amateurs se sont reconnus... Qu'ils ne tardent pas trop quand même, le disque (vinyl only) n'a été tiré qu'à 500 exemplaires.

    Après les albums hommages à Arthur Alexander et Nino Ferrer, Larsen a concocté un splendide Tribute To Nathaniel Mayer (1944 - 2008) où, outre les increvables groupes maison (Slow Slushy Boys, Teen' Axel Soul Arkestra, The Sweet Things, Saddlebop, Benny Gordini), on croise trois ambassadeurs de Detroit City (Space Heaters, The Detroit Cobras et les Fondas), les Canadiens Sunday Sinners et Black Aces, Las Membranas d'Alicante, les australiennes Booby Traps plus les frenchies Buttshakers (Lyon) et The Other Guys (Nantes). Et comment se tromper avec un terrain de chasse pareil, de "Village Of Love" à... "Going Back To The Village Of Love" ou "I Want Love & Affection (Not The House Of Correction". Tous les morceaux sont signés ou co-signés par Devora Brown, la patronne de Fortune Rds qui enregistrait et éditait les disques de Mayer. Tout comme ceux d'Andre Williams ou Nolan Strong. Un pan d'histoire donc, et accessoirement notre album Rhythm & Soul de l'été.

    Pour accompagner ces deux perles en 33t, le label savoyard sort, sur sa filiale B-Soul, un 7"EP des Deltabonds, les "Action Packed Mockers" de Bourges. Quatre titres au menu, deux originaux de belle facture garage groove avec orgue en couleurs et chanteur remarquable, et deux covers, "Go Go Girl" (de 67, écrit par Allen Toussaint pour Lee Dorsey) et "The Jerk" de Don Julian and The Larks (Money Rds - 64). Ils ont bon goût, mais ça vous le saviez.
(http://larsen.asso.fr)

MA PETITE ENTREPRISE PUNK
Kicking Books

    Ce bouquin grand format (A4 / 140 pages)  à l'ambition pédagogique (l'auteur, Fabien Hein, est maître de conférences en sociologie et ex-musicien punk) vaut surtout pour ce qu'il révèle du parcours habituel et des limites auxquelles se heurte inévitablement un groupe punk frenchy aussi déterminé soit-il (ici les vosgiens Flying Donuts, plutôt attachants). Tout y est, des premières démos bricolées jusqu'aux vaines tentatives de vivre, même frugalement, de leur passion. Et on vous passe les milliers de kilomètres avalés, les centaines de concerts empilés, les innombrables nuits de répèt's et la demi-douzaine d'albums (ou splits) réalisés en mode "do it yourself". Les anecdotes abondent, intéressantes et édifiantes, et le constat est au final un peu déprimant : difficile de s'en sortir si on n'assure pas ses arrières (un p'tit boulot par exemple, ou l'héritage de grand-mère, mais là ça peut prendre du temps). On en apprend beaucoup aussi sur le fonctionnement, toujours sur le fil, des petites structures indispensables à la pérennité d'une scène rock dans ce pays (labels, tourneurs, organisateurs de concerts, etc...). Le côté "universitaire" du bouquin est parfois un peu bourratif mais les interviews du groupe et de ses divers partenaires d'aventure s'avèrent souvent réjouissantes d'humour désabusé. Le livre, bien fourni en photos et accompagné d'un CD best of du groupe (20 titres), est à vous pour 20 €.
(www. kickingrecords.com)

CLOSE UP Rds

    Après un single très remarqué ici en 2009, Les Rivals remettent le couvert avec la même chaleur irradiante et le groove garage soul sixties avec orgue en looping, grattes qui montent à l'assaut en milieu de morceaux et voix dont on se souvient longtemps après. Deux tubes pour juke-box idéal, entre Cynics et Lyres sur "Take You Out" et plus orienté psyché fuzz énervé à la Fuzztones pour "Girrls". On est nombreux à attendre l'album.

    Epique Battle of The One Man Bands en 45T ! Le Sheriff Perkins affronte le Mysterious Asthmatic Avenger et tous les coups sont permis : "lyrics de fesse", "florilège d'insanités" et "yodeling" à tous les étages ! Avantage non négligeable, ce single est garanti "aider contre l'asthme et la diarrhée"... Ça peut toujours servir. Ajoutons que c'est aussi une méthode parfaite pour muscler les zygomatiques et décrasser les tympans. Les one man bands de ce calibre devraient être reconnus d'utilité publique et remboursées par la Sécu !

    Les parisiens Fab Mods évoluent entre mod et power pop punk fin 70's, rappelant parfois The Jam ou les australiens Little Murders et les héros punks historiques à la gachette mélodique facile (du Clash aux Buzzcocks). C'est leur premier album (vinyle), le bassiste a fait partie de A Trois Dans Les WC (WC3) et Too Much, ce qui nous rajeunit... Les mélodies tapent juste, les guitares déblaient en mode ligne claire et la rythmique veille scrupuleusement à rester au-dessus des limitations de vitesse en s'accordant tout de même un droit ponctuel au vagabondage peinard du côté ensoleillé de la rue. Mention au dessin en trompe-l'oeil de la pochette et au texte du fataliste et désabusé "Friends" ("Add me as a friend on your Facebook / Add me as a friend on your space / Add me as a friend on your Facebook / Even if you don't remember my face").

    Madame Betty Ford est morte précisément la semaine où est sortie ce single. Il n'y a pas de hasard. Ils l'ont achevée... Les rennais Betty Ford Clinic font toujours dans l'indie punk sombre et nerveux. Pas trop mon truc. Désolé, Lo Spider est en vacances...
(www.closeupprod.fr)

CURLEE WURLEE

    Cécile et les Garçons are back. C'est leur troisième album (vinyle) après sept ou huit 45t et une quinzaine de contributions à diverses compiles sur Soundflat, Larsen, Wolverine, etc... Le son de Curlee Wurlee est identifiable entre mille et c'est dû évidemment à la voix et l'orgue Vox Super Continental de Cécile Musy, aka Pestoonette et désormais Organella. Teen Axel (Larsen Team, Slow Slushy Boys, etc...) est à la guitare, le batteur Nelson joue aussi dans The Love Preachers et le bassiste Meatbike fait partie des Hara-Kee-Rees et Astronauts. Miss Organella chante alternativement en français, anglais, allemand, espagnol, et il émane une agréable douceur sexy garage des quatorze titres de ce Curlee Wurlee Likes Milk (and don't make a fuzz about it) sorti sur le label de Hambourg Moody Monkey Rds. Il y en a pour tout les goûts, psyché, pop, exotique, instrumental, garage, surf... Marcel Bontempi (Montesas) est passé donner un coup de main et fait un chouette duo vocal avec Cécile sur le garage hit "Lass Es Sein". Arrangements soignés, harmonies habiles et textes marrants (en mode surf sur "Sailor Girl" : "Maman me dit que j'ai tort d'avoir un marin dans chaque port...") complètent le tableau. Joli coup.
(www.curleewurlee.com)

SALOMON NICK
and The Swinger Demon

    Du rock'n'soul toulousain ! Ça faisait longtemps qu'on n'avait eu ce genre de furie rock'n'soul à se mettre sous l'oreille. L'album (I Can't Stop Lovin' You sur Twistin Rds) démarre sur une superbe relecture du "It's Gonna Work Out Fine" d'Ike & Tina (61) avec choeurs optimistes ("Ça va s'arranger"), orgue pousse-au-groove, harmonica finaud et vocaux torrides pour s'achever sur une longue transe gospel sauvage et tribale, "Salomon Boogie", le genre de déflagration surexcitée garantie faire trépider un congrès de paralytiques sous valium. Entre les deux, Nick & son gang (ils sont une dizaine) ressuscitent les torrides soirées à l'Apollo Theater en alternant douceurs soul tout en finesse et tranches de swing remue-ménage (eux ils disent "Twist Garage") boostées par des cuivres vintage, des guitares à la précision tout horlogère, un piano bastringue et toute la panoplie habituelle des groupes qui vous font grimper sur la table sans coup férir. On pense à Solomon Burke bien sûr, au Memphis Beat ou à Nathaniel Mayer... Ils reprennent avec le même bonheur érudit les Contours ("Do You Love Me") ou Etta James ("I'd Rather Go Blind") et on vous les conseille sans réserve pour votre prochaine garage soul party !
(myspace.com/salomonnicktheswingerdemo)

THE RAW CUTS

    Les Raw Cuts sont basés à Lahti, au nord d'Helsinki en Finlande. Ils donnent dans le garage punk speed avec grooosse basse et vocaux querelleurs. Sur scène ils atomisent vertement  "Savage" ou "Sometimes Good Guys Don't Wear White". Le guitariste, Axel Gieseking est allemand, au début des 90's, il fut l'un des premiers à sortir des galettes des Monsters et Lightnin' Beat-Man sur son label Jungle Noise Rds tout en sortant régulièrement son fanzine Somethin' Else. Ses influences psycho se repèrent vite sur les quatre titres de cette démo contondante. La bassiste (pour qui Axel est venu s'installer au froid) tient aussi la guitare chez les finlandais hardcore Sa-Int. Normal que ça déboule vite et fort. Encore un sale coup porté à la calotte glacière...
(www.myspace.com/theerawcuts)

THE NORVINS

    Excellent combo de french sixties garage, c'est leur deuxième album chez Soundflat Rds et comme sur le premier, fuzz et orgue ripaillent à chaque détour de couplets et ils décrochent leur certificat d'authenticité sixties haut-la-main. Si vous aviez aimé le premier (Time Machine) y'a pas de raison que ce Yoga With Mona vous déçoive. Pour fans des Lyres, Chesterfield Kings, etc... Reprise du jour : "It's A Crying Shame des Gentlemen.
(www.myspace.com/thenorvins)

THE HAPPY THOUGHTS

    Ce groupe de l'Indiana, anciennement maison "Eric & The Happy Thoughts", a visiblement mis la main sur quelque vénérable grimoire rongé par les souris où est consignée pour l'éternité la recette du "punk power pop" parfait tel qu'élaboré sur les singles et albums Bomp de la fin des 70's. Le label de Chicago Hozac Rds ne s'y est pas trompé qui sort le premier album du groupe drivé par Eric Lagrange (ex-Cave Weddings). On ne s'y ennuie pas une seconde entre clins d'oeil aux Ramones ("One More Fish"), envolées mélodiques à la Paul Collins Beat ("Hang Around"), choeurs bubblegum marrants ("Indiana Girls"), puissance rythmique et éternelle simplicité rock'n'roll qui fait remonter de vieux souvenirs estampillés Buddy Holly ou Bobby Fuller. Une révélation !
(http://hozacrecords.com)

JACK & LOS DESTRIPADORES

    Jack et Les Détripeurs ? Day Trippers... ? Va savoir... Assez admirateurs en tous cas de Roky Erickson pour rappeler à tout le monde que "Roky's Not Dead" ("He's just lookin' kind of rusty"). On espère que le psyché mind d'Austin n'est pas trop supersticieux... Premier EP (Guity Noise Rds) pour ces Toulousains fans des Cramps, des Groovies et de Roky donc. Les solos déchirent la tripaille et le groupe enfourne le charbon sans plus de manières. Bonne carte de visite.
(www.myspace.com/jackandlosdestripadores)

THE NIGHT BEATS

    Et puisqu'on en est à évoquer ce bon Roky, profitons en pour attirer votre attention sur cet étonnant groupe de Seattle qui sort son premier album hallucinogène sur Trouble In Mind Rds. On dirait une mise à jour de l'univers des 13th Floor Elevators exécutée par les jeunes garagistes allemands Die Ersten Menschen. Le chanteur rappelle Clay Reeds des Subsonics et le trip semble tout indiqué pour les amateurs de sensations psyché-garage texanes. D'ailleurs deux des membres du trio sont originaires du Lone Star State. Ils en ont apparemment domestiqué la lysergique moelle 60's.
(www.troubleinmindrecs.com)

THE MEOWS

    Ces Barcelonais jouent désormais dans la cour des grands. De leurs débuts garage pop Stones/Beatles un peu académiques en 99, ils en sont à sonner aujourd'hui comme les Flamin' Sideburns, DMZ ou les Saints, voire carrément Motor City sur "One More Dance". C'est leur quatrième album (No Tomorrow Rds) et il mélange allègrement et sans complexes le garage 60's à grosses guitares, la soul groove agitée et le Detroit Sound à solos barbelés. Soit tout ce qu'on aime, avec un son parfait, une énergie foudroyante et un chanteur dont l'anglais ne souffre pas d'un accent ibère trop marqué. Ce All You Can Eat est un de mes favoris du trimestre. Reprise du jour : le "Good Things" de Paul Revere & The Raiders.
(www.notomorrowrecords.com)

GHOST HIGHWAY Recordings

    Dans sa série de 45T Tribute To The Oblivians, le label espagnol propose sur ce quatrième volume des versions de "Strong Come On" par Tetallica (!),  "You Fucked Me Up, You Put Me Down" par Jimenez Los Santos et un magnifique lifting de "Do The Milkshake" par Los Platanos. Le précédent Vol. est encore disponible, il présentait les Paniks ("Ride That Train" et le Fabuloso Combo Espectro ("Big Blak Hole"), pour les deux autres, c'est moins sûr... Mais ils finiront bien par compiler tout ça en album un jour.
(myspace.com/ghosthighwayrecordings)

OX

    Le N°96 du magazine de Solingen propose en 124 pages couleur des tonnes d'articles et interviews : Flogging Molly, Gang Of Four, Adolescents, Yvonne Ducksworth, Peter Pank, The Broilers, Swans, David J et Peter Murphy (Bauhaus), Eric Sandin (NOFX), Mick Harvey, Gasoline Boost Rds, The Tranzmitors, etc... Plus la nécessaire rubrique en anglais de Lindsay "NBT" Hutton et les centaines de chroniques en tous genres, disques, DVD's, bouquins et 'zines. Et comme d'habitude, un CD est glissé à l'intérieur avec deux douzaines d'extraits de nouveautés (Dwarves, Adolescents, Turbo Ac's, Dann Webb And The Spiders,etc...). 4€90 chez :
(www.ox-fanzine.de)

THE HIGHER STATE & FRIENDS

The Higher State ("I'll Always Be Around" - 7"EP - Get Hip Rds : Marty Ratcliffe (ex-Mystreated) et Mole (ex Mystreated, Stewed, Embrooks) continuent à distiller leur garage psyché folk-pop tiré à quatre épingles avec éclats de soleil incorporés et Rickenbacker carillonnante. Apparemment le producteur a obtenu haut la main son master en joaillerie fine. Belle reprise de "Transparent Day", un des meilleurs titres du West Coast Pop Art Experimental Band, en face B.
(www.gethip.com)

Paul Messis (The Problem With Me - LP - 13 O' Clock Rds) : Après trois 45t, ce garçon basé dans le West Sussex anglais a enregistré (sur du huit pistes analogique) un album sous l'égide de (et accompagné par) Marty et Mole de The Higher State. Pas étonnant donc d'y déceler comme un air de famille, même production léchée pour un folk pop garage mélancolique tendance ligne claire. Quelques morceaux plus rapides, presque garage, évitent heureusement l'engourdissement progressif.
(www.13oclockrecords.com)

The Wild Kat Tamers (Long Time Dead - CD-EP - State Rds) : Famille Higher State encore, avec Mole à la batterie, pour un disque comme il en sortait jadis chez Meteor à Memphis, mitonné ici par des seconds couteaux flamboyants (ex-The James St Demons) enivrés de rockab' et de 50's R'n'B. Ils reprennent entr'autres "Let's Have A Party" de dame Wanda Jackson et le "Button Nose" de Benny Joy auquel les A-bones firent jadis un sort. Des vrais, des authentiques !
(www.staterecords.com)

    Voilà, c'est tout pour cette fois, merci de votre fidélité, on se retrouve bientôt pour le N°53. D'ici-là vous pouvez écouter la bande son de cette rubrique, c'est le Mighty Dig It ! Radio Show sur Canal Sud 92.2 à Toulouse et sur le Web chaque jeudi à 21h30. Passez par le site de la radio : www.canalsud.net
   
    Vous pouvez aussi télécharger les podcasts de l'émission sur le site de Dig It ! chaque semaine (www.chez.com/digitfanzine). Si vous souhaitez recevoir directement chez vous les liens pour ce faire, envoyez nous un message et on vous ajoutera à la liste. Et c'est d'accord, Lo Spider passera vous faire le ménage quand il aura deux minutes...

Gildas Cospérec


VOODOO RHYTHM

   
Petit rappel aux étourdis : voilà le meilleur label de la planète, point barre ! Et ces trois nouvelles galettes n’infirmeront en rien ce jugement péremptoire.

   
Aucun doute, The Pussywarmers sont bien les héritiers des Dead Brothers, surtout quand retentissent les toniques pom pom pom du trombone ou du tuba de l’ex-Dead Bros Christoph Gantert, mais ils représentent bien plus encore : les architectes d’un univers musical chatoyant, nostalgique et bigarré, où les personnages truculents d’un film de Fellini se pochetronnent dans un cabaret enfumé de Metropolis avant de finir la nuit dans une fête foraine sur les plages de la Jamaïque.
    Leur deuxième opus The Chronicles Of The Pussywarmers s’ouvre sur un calypso lascif et joyeux (“Me And My Girl”), se poursuit par du jazz dixieland entraînant (“I Had A Dream”, clarinette, banjo et cuivres rutilants au programme), avant de virevolter entre danse italienne trépidante (rappelons qu’ils viennent de Lugano dans le Tessin, partie italophone de la Suisse), valse éthérée (“Chanson D’Amour”, en français s’il vous plait), fanfare de foire (“La Marcia Dell’Amor Negato”), trompette wah wah (“La Nen La Bambele”, en allemand ce coup-ci), banjo évanescent et craquements de 78 tours (“21 Marzo”), tango bizarre (“Broken Mirror”), tranches de vie mélancoliques (“Stolen Heart” ou “The Throne”), le tout enluminé de montées étranges, hypnotiques et presque oppressantes, de mélodies irrésistibles à siffloter sous la douche (“With Thee” ou “Send Me Some”, entre autres), d’instruments improbables (orchestron, euphorium, râpe à fromage !), dans un boxon créatif, drolatique, émouvant, burlesque, dépaysant, déroutant et finalement étonnamment cohérent. Vu que ces énergumènes dégagent une stimulante énergie positive sur scène, même les garageux les plus sectaires et les punks les plus hirsutes finiront bien par craquer ! (http://thepussywarmers.com)

    Les Juke Joint Pimps, le duo de Cologne, ont revêtu les défroques de prêcheurs allumés de leurs alter-egos The Gospel Pimps pour ce deuxième album, Boogie The Church Down, qui navigue entre le blues rugueux et lancinant qui les caractérise et du gospel possédé capable de foutre le feu à toutes les églises de la création. Le disque débute dans le blues oecuménique, alliant l’électricité de Chicago à l’âme du Delta, sans lésiner sur les giclées de slide et d’harmonica poisseux, additionné de quelques virées boogie qui vous colleront des fourmis dans les pattes, avant d’entrer dans la transe avec notamment un “Blues Power” redoutablement mantraïque. Bon Dieu, avec des loustics de cet acabit en chaire, on irait à la messe tous les jours ! Enfin, façon de parler...
    Parmi les autres grands moments, on peut citer les choeurs psychédéliques imitant la sirène des flics sur le paranoïaque “I Feel Guilty”, le lent et envoûtant “I Need My Baby”, le jovial “Juke Joint In The Sky” clin d’oeil sans doute à “Convoy In The Sky”, le délicieux “Sweetest Hymns” entre psaume insolent et worksong, et le vindicatif morceau final “The Pimps Don’t Like It” :
    “Je vous entends parler d’un nouveau groupe / C’est le meilleur groupe de tous les temps / Mais vous téléchargez leur musique gratuitement / Et les musiciens ne gagnent pas un rond / Well, les Pimps n’aiment pas ça...”
    OK, les gars, message reçu... Histoire de les amadouer, citons-les une dernière fois : “Les anges chantent les hymnes les plus doux / Mais je préfère les Juke Joint Pimps...” Nous aussi ! (www.juke-joint-pimps.com)

    Imaginez les kings du garage-cajun-blues-country-zydeco-rock’n’roll-délire-transe-fiesta, Mama Rosin, et la crème british du wild rock-garage-blues-rockab’-R&B-country-etc, Hipbone Slim & The Kneetremblers, réunis dans un studio londonien pour y enregistrer un album en commun. Yes, Voodoo Rhythm l’a fait ! Après avoir jammé ensemble lors d’un festival blues en France, les deux combos ont filé aux Gizzard Studio de Ed “Shadoogie” Deegan pour mettre en boîte les douze titres de Louisiana Sun.
    Sur chacun d’eux, les groupes ont systématiquement échangé leurs batteurs, mélant le beat louisianais (via Genève) à celui de la Mersey, les autres musiciens intervenant de manière diverses. Résultat réjouissant : la guitare à la Creedence de “Voodoo Walking”, les giclées de mélodéon sur le boogie “Gettin’ High”, le rockab’ “The Cat Never Sleeps” ou le countrysant “Paint The Town Red”, la quête désespérée du haricot de “London Zydeco”, le piano à la Fats Domino de la ballade “Trouble Ain’t So Never Far Away”, le soleil de Californie transposé en Louisiane, la lutte contre les vilains banquiers de la City, le blues poisseux de “Swamp Water”, ou encore un trip en bateau à Trinidad qui se finit en biture. Les fans des deux groupes y trouveront certainement leur compte. (myspace.com/mamarosinmyspace.com/hipboneslim)

www.voodoorhythm.com

MOI J’CONNAIS & FRIENDS

   
Suite des aventures de Cyril et Robin alias les frères Souchet qui, non contents de driver Mama Rosin, étoffent le catalogue de leur label Moi J’Connais à la vitesse d’un alligator fondant sur un gigot saignant (voir plus loin pour les chroniques de leurs deux dernières sorties).

    Pour leur nouveau single, les Mama Rosin se sont fait un petit plaisir en revisitant avec fougue un des hymnes de la musique cajun, “La Porte En Arrière” de D. L. Ménard, surnommé le Hank Williams Cajun, avant de péter les plombs en face B sur un “Jetter Two Step Outerspace” totalement barré, enregistré sans doute lors d’une mémorable orgie de psylocibés flambés au moonshine.

   
Mais ce n’est rien comparé à Pietre Preziose E Oro Fino, plus clairement sous-titrée Old Music And Folk Songs From South Italia, qui se pose comme les Pebbles, voire même les Back From The Grave du folk italien ! Un véritable travail d’anthropologie complété d’un livret savant qui vous détaille les musiciens et les instruments utilisés, tamburello, doppio flauto, triccaballache, maranzanu et autre putipu, sur ces douze chansons enregistrées pour la plupart dans les années soixante-dix entre Campanie, Calabre, Pouilles et Sicile.
    Cette invraisemblable collection de sérénades, chants de travailleurs, tammuriatas ou tarentelles (la danse censée guérir des piqûres de tarentules, à l’honneur dans le film Tous les  soleils sorti récemment) se caractérise par des vocaux survoltés et des tempos hypnotiques. Deux longs délires sortent du lot : “Ballo Per Madonna Dell’Arco”, une giuglianese (danse traditionnelle de Giugliano, petit bled au nord de Naples comme chacun sait), hommage érotico-alcoolisé à la Madonne, une bacchanale d’enfer menée par trois chanteurs en transe, des percus diaboliques et du flûtiau possédé, bref, du Fife and drums d’anthologie, et “Tarentella Di Casatori” (qui est en fait une tammuriata typique précise le livret), un duel vocal torride sur fond de castagnettes et de tambours, du rap percutant avant l’heure qui n’est pas sans rappeler les grandes heures de nos Fabulous Troubadours locaux. Avec des compilations de ce tonneau, Moi J’Connais va se poser en réincarnation déjantée du très respectable label Le Chant Du Monde qui enchanta les folkeux francophones.

    Beaucoup plus calme, The Jay Bird Blues de Sevdah Dragi Moj est une plongée fascinante dans la Sevdah, musique nationale des bosniaques dont les racines datent de l’époque de l’empire Ottoman, des chants traditionnellement réservés aux femmes. Ce 25 cm contient une demi-douzaine de ritournelles romantiques, aux fortes saveurs orientales, magnifiées par les nappes de guitares délicates, planantes ou plus sautillantes de Robin, et la voix pure et ensorcelante de sa copine Dunja Stanic. Enregistré dans sa yourte (!), il bénéficie d’arrangements minimalistes, sous forme de quelques percus et autres échos psychédéliques et d’un son cristallin, “un son assez rond inspiré par un peu Suicide, un peu Pierre Omer” précise Robin qui signale le lien entre “Mejra Na Tabutu” et le “Body Combat” des Black Lips. Prenant !

    Jamais à court de projets, Robin a aussi empoigné sa guitare et son banjo sur le premier album de Aunt Debie, alias Deborah Di Benedetto, une jeune genevoise qui fut son élève à l’Ecole de Pratique Instrumentale de la ville. Entièrement auto-produit et auto-financé (Debie s’est même chargée de la pochette), ce CD est une belle surprise, un nouveau retour aux sources country old school, folk antique et blues des origines.
    Pas mal de reprises et d’adaptations : “Motorcycle” de Daniel Johnston déjà revisité par Robin avec Mama Rosin, ici dans une version suave agrémentée de clochettes célestes, “Going Up The Country” façon rockab’ enlevée, le vieux traditionnel “John The Revelator” ou “Circular Ballade”, interprétation lente et prenante du gospel “Will The Circle Be Unbroken”. Ajoutez une petite perle psychédélique hantée par des bruitages spatiaux (“Red Candy Apple”, lévitation assurée) et quelques mélodies printanières à sifflotter au soleil levant, portées par la voix fragile et vibrante de tata Debie. Thierry Van Osselt du groupe Chapter a tenu la batterie et enregistré ces dix titres qui démontrent encore l’inépuisable richesse des racines de la musique américaine... et l’incroyable talent des suisses à les transfigurer ! (myspace.com/auntdebiemusic)

    Les Mama Rosin reviendront bientôt sur le devant de la scène puisque Robin nous annonce la sortie d’un 25 cm en octobre (Sao Paulo Session), suivant de près le Sailor Blues des frères Souchet déjà vanté dans notre dernier numéro (ils ont trouvé un label) et précédant leur attendu nouvel LP enregistré chez Jon Spencer. “Ça sonne bizarre, oui, mais la proposition est venue de lui !” prévient Robin.

www.myspace.com/moijconnais

BAD REPUTATION

   
Deux nouveautés dans nos cordes chez ces éclectiques parisiens à commencer par les belges Driving Dead Girl, actifs depuis 2003, qui après un premier album en 2006 (50.000 Dead Girls Can’t Be Wrong distribué par Bang!), suivi de quelques remaniements, viennent de livrer son successeur titré Don't Give A Damn About Bad Reputation (leur nouveau label appréciera !).
    Amis du gros son, des voix graves et distanciées à la Sour Jazz, des refrains sloganesques et des solos ferrailleurs, tendez l’oreille... Gaffe aux acouphènes quand même quand ils lâchent la wah wah ou balancent du boogie à la AC/DC (“The Girl From The Room Sixteen”). Ils ne dédaignent pas non plus le heavy groove (“Off”, son refrain tubesque et ses hou ouh ouh hou ouh irrésistibles), les moments de déjante et la noirceur  romantique des rockers maudits. Même s’ils en rajoutent un peu parfois, il y a quelques titres imparables dont le “Don’t Wanna Talk About This Girl Anymore” qui plante d’entrée le décor. Cela-dit, avec leur côté mal peigné à la Cellophane Suckers, les bonus tracks tirés du premier album sont encore meilleurs. (www.drivingdeadgirl.be)

    The Love Me Nots ? On les aimait beaucoup sur le premier album, un peu sur le suivant, euh... Je vous laisse deviner pour celui-ci. The Demon And The Devotee n’a rien d’abominable mais leurs influences garage sixties classique commencent à tourner en rond et leur nouvelle orientation new wavo-popisante, un brin commerciale, n’est pas franchement convaincante. Cette chanteuse déterminée nous titille encore le cortex et les refrains sont souvent accrocheurs, mais entre des ballades limite lounge, un son d’orgue cheapos et une gnaque disparue, on a fini par lâcher prise. (www.myspace.com/luvmenots)

www.badreputation.fr

DM BOB & THE DEFICITS

   
Holy cow ! Ça c’était un sacré groupe ! Les gars de Off Label Records, basés à Bäumenheim, dont les deux premières références étaient des singles du cinglé Dad Horse Experience, ont eu une riche idée d’exhumer ces inédits au risque de raviver la nostalgie. Au fil d’une poignée d’albums magiques sur Crypt ou Voodoo Rhythm, le louisianais Deutshmark Bob et ses acolytes allemands Suzie et Tank Top nous ont régalés pendant sept ans de bonheur d’une potion garage/blues/country/hillbilly/cajun râpeuse et goûtue dont la recette s’est hélas perdue avec leur disparition.
    They Called Us Country contient treize titres irrésistibles, plutôt country donc, enregistrés entre 99 et 2002, l’année du split, dont pas mal de reprises. Lee Hazelwood est à l’honneur avec “Dark In My Heart” et le fendard “They Call Me Country” (écrit pour son protégé Sanford Clark en 68), ainsi que le méconnu Glen Sherley, avec deux versions enlevées de “FBI Top Ten” et “Step Right This Way”. Un sacré loulou celui-là, qui passa la moitié de sa vie en prison, composa “Greystone Chapel” et fit partie des taulards qui entendirent Johnny Cash chanter le morceau à la prison de Folsom en 1968. Libéré en 71, il tourna un temps avec la troupe de Cash, et fut viré car jugé trop dangereux, avant de se suicider en 78.
    Le trio rend aussi hommage à Buck Owens, pionnier du Bakersfield Sound (“Yearn’n Burn’n Heart”) et au héros du rockabilly louisianais Al Ferrier (“I’m Not Drinking More”). Beaucoup plus surprenante est leur version sinueuse et jouissive de “Satellite Of Love” de Lou Reed. Trois traditionnels et deux originaux complètent cette sélection au son cru et organique, au swing alcoolisé et imparable, dégoulinant d’authenticité, de feeling et d’énergie, qui vous contraindra à taper du pied, lever le coude, ricaner bêtement, pleurer dans votre bière tout en agitant votre stetson en beuglant.

www.dmbob.de
www.offlabelrecords.de

JEFF LANG

   
Mon ordi ayant agonisé pendant l’écriture de ces chroniques, j’ai perdu entre autre l’album Chimeradour de Jeff Lang, un australien multi-instrumentiste (banjo, mandoline, batterie, guitares diverses - une impressionnante collection est à découvrir sur son site - ou encore chumbush, sorte de banjo à douze cordes originaire de Turquie). Spécialiste de la slide et roi incontesté du “Disturbed folk”, il est l’auteur d’une bonne douzaine d’album depuis 1994. Son petit dernier, paru sur Safiko Rds et produit par Mark Opitz (qui a oeuvré avec AC/DC, Cold Chisel, les Hoodoo Gurus ou Kiss !), est dans mon souvenir un voyage chatoyant sur fond de ballades ciselées et de plages homériques où s’entrecroisent guitares virevoltantes, percus primitives, choeurs célestes et instruments du fond des âges (oui, il y a du didgeridoo !). De quoi transporter les fans de Delaney Davidson ou Rolf Harris comme ceux du Led Zeppelin III !

www.jefflang.com.au

ROSETTA WEST

    C’est la découverte du trimestre. Ce trio de Wheaton, Illinois est à créditer d’un premier opus en 1996, suivi de X Descendant sur Alive Rds en 2004, dont la pochette s’ornait de l’étiquette “Savage and Psychedelic Blues”. Raccoon, totalement auto-produit et paru cette année reste teinté de psychédélisme même s’il n’est pas un sommet de sauvagerie. Il est surtout indéniablement envoûtant. Vu leur productivité, on subodore qu’ils n’ont pas vraiment de plan de carrière et leur mélange de blues, de folk et de garage, planant ou heavy, sur fond de percus primitives est relativement unique.
    A vrai dire, des morceaux comme “Red Light” ou “I Don’t Care” rappellent assez ce gang de drogués chevelus des seventies, l’Edgar Broughton Band, peut-être à cause de cette voix rocailleuse, le côté hippie planqué dans les bois, à la fois lysergique et roots, les neurones dans l’espace intersidéral et les pieds plantés dans la glaise. C’est aussi très net sur le tribal “Desperation”, la voix planant sur des percussions genre coups de bûches sur troncs d’arbres de la forêt primaire. Les frangins Broughton aimaient ce genre de plans. Mais l’univers de Joe, Orpheus et Nathan s’étoffe aussi de ballades éthérées et émouvantes, de perles folk acoustiques et guillerettes, d’instrus étranges entre heavy blues et Link Wray, de psyché groove envapé, ou de moments plus électriques et intenses comme le tubesque “Suzanna Jones”. Laissez-vous tenter !

myspace.com/rosettawest

THE MELVINS

   
Agrémenté d’une pochette somptueuse pour les uns, épouvantable pour les autres, les malheureux, Cover Songs est un pirate venu d’Allemagne paru l’an dernier. Faut dire que rayon reprises, les Melvins, des vétérans précurseurs du grunge et du stoner, sont de véritables spécialistes. Pas toujours très respectueux d’ailleurs, car au contraire de la plupart de leurs collègues des genres cités plus haut, ils ne manquent pas d’humour. En tout cas les fans n’avaient que l’embarras du choix pour monter cette compilation qui démarre fort avec “Arnie”, une petite connerie des rappeurs punks déjantés Warlock Pinchers qui dégénère immédiatement en une flamboyante interprétation de “White Punks On Dope” des Tubes (non créditée d’ailleurs). Les fans des Ramones risquent eux l’apoplexie à l’écoute de ce “Today Your Love...” funèbre et ralenti. Que dire du “Venus In Furs” du Velvet qui dure quinze secondes avant d’exploser en vol sur deux minutes de bruitages délirants frôlant l’inaudible.
    Il y a aussi des versions beaucoup plus sobres bien que virulentes de “Rocket Reducer #62” du MC5, “Return Of The Spiders” d’Alice Cooper (tiré du deuxième album Easy Action quand ils enregistraient encore sous la houlette de Frank Zappa), “Lexicon Devil” des Germs ou “California Uber Alles” des Dead Kennedys (et pour cause, Jello était sur scène avec eux pour les surveiller). “Jerkin’ Crocus” de Mott The Hoople est aussi relifté de manière musclée et assorti d’un break chuchoté inattendu.
    En guise d’enclume sur le gâteau, ils exécutent une version brontausaurienne du terrifiant “God Of Thunder” de Kiss. Aaargh ! Plus lourd, ta platine traverse le plancher... C’est bien ce qu’ils tentent avec “Leech” de Green River, où ils déterrent le Black Sabbath de la grande époque, avant d’achever l’auditeur à coup de menhirs sur deux bluettes de Flipper, “Love Canal” et “Someday”. Encore un délicat moment de poésie dans ce monde de brutes.

www.melvins.com

THE MUTANT PRESS

   
Remember Jerome T. Youngman alias The Mutant Press ? Ouais, je sais, on vous pose la question tous les six mois... Un phénomène qui a usé ses fonds de culotte (en cuir) dans la même école que Ted Nugent, jammé avec Canned Heat ou les Mothers Of Invention, accompagné Madonna pour un show télé, produit plus de deux cents disques de hip hop, de rap et de punk dans son studio à Detroit, semé des tombereaux de groupes lors de ses pérégrinations du Michigan à Hollywood, de New York à Honolulu. Installé à Austin aux dernières nouvelles, il continue à expédier des CD faits maison avec une régularité à toute épreuve.
    Le dernier en date, Kill For Peace, est dans la veine (normal pour un ex-junkie) des quinze ou vingt précédents, et s’ouvre sur une nouvelle relecture du “CIA Man” des Fugs, son groupe fétiche - avec les Stooges probablement - accompagnée de deux autres reprises des folkeux allumés new-yorkais, dont la comptine nihiliste et hypnotique “Nothing” (“Monday, nothing / Tuesday, nothing / Wednesday and Thursday, noooo-thing...”). Il en a réactualisé les paroles puisqu’on y entend des sentences comme “George Bush is a murderer”. Entre minimalisme ramonesque et synthés de bazar, gros riffs velus et new wavo-post punk, boîte à rythme et batterie primaire, planent toujours la voix plaintive et le côté sombre du repenti qui peut quand même se réjouir d’avoir échappé au Krokodil. Et cette irrépressible et réjouissante tendance à l’absurde et la subversion. Deux versions du “Hey Good Lookin’” de Hank Williams en prime, lente ou rapide, il y en a pour tous les goûts !

www.mutantpress.com

ARNO DE CEA & THE CLOCKWORK WIZARD

   
Il restera à jamais au rock’n’roll ce que Richard Clayderman et André Rieu sont à la musique symphonique... dixit les notes de pochette ! Voilà des gars qui savent se faire une bonne promo. Arno de Cea, celui de Stef et Arno, s’est entouré “d’un batteur malentendant et amnésique” qui a sévi avec Antena Tres et Oharu, et “d’une bassiste arthritique” échappée des Jelly Bears pour former ce super groupe surf dont le premier essai Surf It Up!, tranchant à souhait, vient d’être édité par l’Atelier Machette.
    Essentiellement instrumental, il se heurte forcément aux limites du genre, et certains préféreront se le découper en tranches. Mais il est difficile de trouver dans les bacs du surf aussi classieux, virtuose et inventif, voire carrément épique. Du vigoureux “Punition Aquatique” à l’exotico lounge “Trauco Del Mar”, du rafraîchissant “Small Ode To A Big Chaos” (enrichi de quelques paroles et d’une mélodie qui rappelle “Le Petit Gonzales” !) au revigorant “Susan Lynne”, en passant par le dynamique morceau vocal “Surfisied”, la reprise de Eddie & The Showmen (“Squad car”) et celle d’Erik Satie (!), ces treize plages vous offriront à moindre frais un dépaysement assuré.

www.myspace.com/arnodecea

POUR LA ROUTE

  
  The Brokendolls, basé du côté de Vérone, vous assèneront votre ration de bon gros hard rock avec éructations d’ogre en colère assurées par un certain Ros The Bos, toute similitude avec le grand Ross The Boss des Dictators n’étant absolument pas fortuite... J’en connais qui se sont laissés abuser. Va falloir lire les notes de pochette à la loupe maintenant ! Enregistré en Suède, du hard boogie pas trop finaud et beaucoup moins drôle que les Backstreet Girls par exemple. Leur deuxième tranche de riff gras intitulée Two Fifty Nine est une co-production entre Tornado Ride Rds et Nicotine Rds. (myspace.com/brokendolls)

    Ces derniers en rajoutent une dose fumante avec les redoutables Urban Waste, des vétérans du hard-core, contemporains de Reagan Youth ou des Bad Brains, cités par le chanteur d’Agnostic Front comme son influence majeure, qui sortent leur premier véritable album trente ans après avoir dévasté New-York et ses environs ! Recycled contient son lot de hard-core punk trépidant, de snot punk venimeux (“Resting In Peace” ou “Drug Bust” et ses choeurs de zombies en colère), quelques vieux tubes réenregistrés (le mantra débile “American” ou leur hymne “Urban Waste”), une cover des Ramones (“Havana Affair”) et un morceau inspiré de... Jacques Brel. Que demande le peuple en panne de cotons tige ? (myspace.com/urbanwastenyc - www.nicotinerecords.com)

    A la lecture du papier promo, on comprend que n’entendant plus que de la daube à la radio dans leur foutu pays, The Vendettas de Melbourne ont décidé de sauver le rock australien, qui cependant devrait pouvoir aisément se passer de leur aide. Leur première tentative, Burn, parue sur le réputé label indie Phantom alterne du hard rock canal historique (Angel City et compagnie) pas désagréable d’ailleurs, et du heavy punk aux relents Hellacoptériens, guitares poilues et refrains mélodiques, plutôt efficaces à l’occasion, mais gâchés par trop de breaks inutiles, des tentations metalloïdes et une production sans âme. (www.thevendettas.com.au)

    Robin, reviens ! Il est devenu fou ! Après quelques singles de garage foutraque fendard et furieux, Batman a largué son acolyte pour s’acoquiner avec une charmante donzelle et virer vers du garage pop bordélique chanté en allemand sur fond de boîte à rythme cacochyme et de synthés exubérants singeant des cuivres de pacotille. Bercé par la voix certes délicieuse d’Amazing Angie, notre dangereux justicier est devenu aussi inoffensif qu’une poule édentée. Mention à “Cucciolone Classico”, une chansonnette qui laissera l’auditeur partagé entre consternation et hilarité. C’est peut-être le but remarquez... On se consolera avec cette magnifique carte autographiée où nos deux héros enfin réunis terrassent sur une plage une terrifiante bouée en plastique. Tiré à 360 exemplaires par Bachelor Rds et Red Lounge. (myspace.com/holymaccaroni)

    Où l’on reparle de Death, le gang des frères Hackney qui sévirent à Detroit entre 70 et 76, évoluant du R&B vers le gros son et un cocktail unique de proto-punk et de black rock, après avoir assisté à un concert d’Alice Cooper. En 2008 Drag City Records de Chicago avait édité leur fantastique album perdu, peu après avoir découvert que leur seul single pressé à 500 exemplaires en 1976 se négociait à 900 $ sur Ebay (il contenait l’héroïque “Politician In My Eyes” revisité par les Dirtbombs). L’année suivante deux des frangins montaient l’inévitable reformation. Voici venu le temps des fonds de tiroir.
    Spiritual - Mental - Physical ne contient malheureusement que trois “vrais” morceaux : le saignant “Views”, l’allumé “The Masks” où entre deux riffades musclées, ils recyclent la mélodie de “Got To Get You Into My Life”, la percutante chanson d’amour de Paul McCartney dédiée à une certaine Marie-Jeanne, et le hargneux “Can You Give Me A Thrill”, du protopunk brut de décoffrage qui lévite au final sur une ligne rock’n’roll ultra-répétitive. On peut à la limite y ajouter le brouillon “People Look Away” même si la voix est quelque peu noyée sous des guitares inspirées par les Who. Le reste est du pur remplissage. Ouaip, un EP aurait largement suffi. Attendons maintenant l’album de reformation. (myspace.com/deathprotopunk)


Sylvain Coulon

digitfanzine@gmail.com  
 
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